Censure

21 mois à la tête de Matam : Badra Cheickna Koné expose ses résultats

À Matam, l’heure était à l’évaluation ce mardi 24 mars 2026. Le président de la délégation spéciale, Badra Cheickna Koné, a choisi le palais de la culture communale pour faire le point sur son passage à la tête de la municipalité. Une rencontre qui a mobilisé autorités locales, cadres administratifs et responsables techniques.

Durant son intervention, le responsable communal a revisité les principaux chantiers engagés, tout en mettant en lumière les défis persistants auxquels la commune reste confrontée.

Matam, une commune aux caractéristiques bien établies

Pour planter le décor, Badra Cheickna Koné a d’abord rappelé les fondamentaux institutionnels et géographiques de la commune qu’il administre : « la Commune de Matam est l’une des treize (13) communes relevant de la Ville de Conakry, créée par l’ordonnance N° 019/SGG/PRG/90 portant organisation et fonctionnement des Communes en République de Guinée. Elle couvre une superficie de trente-cinq (35) km² et s’étend sur une longueur de huit (8) km. Elle est limitée : à l’Est par la commune de Gbessia ; à l’Ouest par la commune de Ratoma ; au Nord par la commune de Dixinn et Kaloum ; et au Sud par l’océan atlantique. Conformément au résultat du RGPH4, la Commune compte désormais une population estimée à 177. 271 habitants dont 91 281 femmes et 85 990 hommes, repartis dans les 24 quartiers et 103 secteurs.»

Héritage financier : des insuffisances pointées du doigt

Revenant sur ses premiers constats à la prise de fonction, il a décrit une situation financière marquée par des faiblesses structurelles : « à l’analyse de la situation financière de la Commune lors de notre prise de fonction, il est apparu une faible mobilisation des ressources et une opacité dans la gestion des recettes partagées avec l’État (taxes, redevances et impôts), conformément aux articles 484 et 492 du Code des Collectivités Locales. Cette situation limitait fortement la capacité de la Commune à répondre aux besoins essentiels des populations.»

Dans ce contexte, des dispositifs ont été introduits pour assainir la gestion financière et améliorer la mobilisation des recettes : « face à ce constat, une commission de suivi a été mise en place afin de renforcer la mobilisation des ressources et d’assurer une meilleure traçabilité des recettes. Cette initiative visait à instaurer une gestion plus transparente et à accroître les moyens financiers disponibles pour le développement local.»

Fiscalité locale : des obstacles persistants

Malgré ces efforts, certaines recettes restent difficiles à recouvrer, notamment la Contribution Foncière Unique, identifiée comme un levier clé : « la Contribution Foncière Unique (CFU), qui constitue une taxe stratégique pour la Commune, demeure une équation complexe en raison des contraintes liées à son recouvrement effectif. »

Le président de la délégation spéciale a également évoqué des pertes financières liées à des mécanismes extérieurs à la commune : « la non-rétrocession de la quote-part issue du marché de numérisation des extraits de naissance par la société Multi-Glory, depuis le lancement des opérations en janvier 2021 jusqu’au mois d’avril 2025 (date de la gratuité des actes le 15 avril 2025), a privé la Commune de ressources importantes. Mais aussi , la taxe de publicité à travers l’OGP.»

Marchés communaux : un contrôle limité

Sur la gestion des infrastructures commerciales, il a précisé que la commune ne dispose que d’un champ d’action restreint : « seuls deux marchés communaux (Bonfi et Coléah) sont actuellement gérés par la Commune. Les autres marchés, y compris le Grand Marché de Madina, relèvent du portefeuille fiscal du Gouvernorat, conformément au statut particulier de la Ville de Conakry.»

Performances budgétaires : entre prévisions et réalisations

Le président de la délégation spéciale a ensuite présenté les données budgétaires, révélant des taux d’exécution relativement modestes : « courant l’année 2024: les prévisions étaient de 37 821 690 935 pour une réalisation de 20 255 546 572 avec un taux de d’exécution de 53,56%.

Celui de 2025 avait une prévision de 40 168 198 676, dont une réalisation de 21 648 083 298 qui a obtenu 53, 89% d’exécution

Et 2026 prévois 71 980 500 026 dont la réalisation et exécution sont encours. »

Réorganisation administrative et gouvernance locale

Dans le registre des réformes internes, plusieurs actions ont été entreprises pour moderniser l’administration et renforcer la gouvernance locale participative : « sur la période de l’exercice 2024 plusieurs activités majeures ont été réalisée par la délégation réparties en six (6) axes prioritaires notamment :Institutionnalisation de la Maison des Jeunes de Touguiwondy en Maison de la Culture ;Création du Logo de la commune ;Achat d’un groupe électrogène pour la mairie ;Mise en place de commissions de travail pour renforcer la coordination ;Réorganisation et redynamisation des services propres et de l’administration de certains marchés ;Assainissement du fichier des contractuels ;Règlement définitif de la prime de séparation des agents compressés ;Réorganisation et redynamisation des conseils de quartiers, avec le choix de nouveaux conseillers ;Mise en place de structures d’appui à la gouvernance locale participative : COGEP, COSAH et CCFF. »

Sécurité urbaine et cadre de vie : des actions ciblées

Le bilan présenté inclut également des initiatives en matière de sécurité et d’assainissement, deux priorités pour la commune : « redynamisation des activités du service de la Garde communale ;Recrutement et formation de nouveaux agents de la Garde communale ;Relance des activités du CLSPD ;Identification des zones criminogènes dans la commune ;des encombrants physiques ;Organisation et régulation des lignes de taxi-moto ;Restructuration du Service Communal d’Assainissement et du Cadre de Vie (SECAV) ;Entretien régulier des Zones de Transit Technique (ZTT) ;Sensibilisation citoyenne pour un changement de comportement ;Embellissement des voiries et axes de circulation ;Organisation des cadres de concertation avec les acteurs autour du nettoyage et l’élimination des points noirs le long des routes.»

Infrastructures : des réalisations concrètes

Dans le cadre des investissements, plusieurs projets ont été menés, touchant à la fois les secteurs de la santé, de l’éducation et des équipements publics : « construction de latrines publiques à Bonfi et à Matam centre ;Rénovation et extension en hauteur (R+1) du centre de santé de Madina ;Rénovation, extension en hauteur (R+2), reconstruction de la clôture et aménagement en pavés de la cour de l’école primaire de Hermakono Mosquée ;Construction d’un bâtiment administratif R+1 comprenant 16 bureaux pour le personnel communal ;Construction de la Maison des Jeunes de Bonfi en hauteur (R+1) ;Reconstruction en hauteur de la Maison des Jeunes de Hermakono. »

Un bilan présenté à l’approche d’échéances importantes

Au-delà de l’exercice de reddition de comptes, cette sortie publique intervient dans un contexte préélectoral. À moins de 72 heures de l’ouverture du dépôt des candidatures pour les élections communales, cette présentation prend une dimension stratégique.

Elle traduit, selon ses initiateurs, une volonté de transparence et de continuité dans l’action publique locale, alors que les regards sont désormais tournés vers les prochaines échéances électorales.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com