Il y a des communications qui informent. Et d’autres qui maquillent. La récente sortie médiatique de RUSAL appartient sans conteste à la seconde catégorie.
À grand renfort de chiffres et de formules bien calibrées, l’entreprise annonce avoir débloqué 3,3 milliards de francs guinéens pour indemniser 58 retraités de RUSAL-FRIGUIA. Le tout enveloppé dans un discours lyrique sur la ‘‘reconnaissance’’, la ‘’valeur humaine’’ et la ‘‘responsabilité sociale’’.
Le directeur général, Alexey Sakhachev, enfonce le clou : ‘‘RUSAL honore toujours ses engagements.’’ Une phrase forte. Presque trop.
Car enfin, de quoi parle-t-on réellement ? D’un geste exceptionnel ? D’une politique sociale innovante ? Non. Simplement du paiement d’un dû. D’un droit. Rien de plus.
Transformer une obligation légale en exploit moral : voilà le cœur du bluff.
Pendant que l’entreprise soigne son image dans les médias, la réalité, elle, se respire – au sens propre – dans l’air de Fria. Une poussière d’alumine qui s’échappe, envahit les habitations, s’infiltre dans les poumons, recouvre les champs. Une pollution persistante, dénoncée, documentée… et pourtant tolérée.
Pourquoi ? Parce que remplacer des équipements défectueux coûte cher. Visiblement plus cher que de financer une campagne de communication.
Et que dire du mépris affiché face aux recommandations des autorités guinéennes ? Voilà plus d’un an qu’un rapport existe. Plus d’un an qu’il appelle à des corrections. Plus d’un an… sans effet.
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À Fria, la vie quotidienne se dégrade. Lentement, mais sûrement. Même l’eau, pourtant fournie depuis le début des années 60 par l’usine, n’est plus garantie. Durant le dernier Ramadan, des populations entières ont été privées pendant un bon moment de ce service essentiel. Une situation impensable hier. Banale aujourd’hui.
Et les travailleurs ? Eux aussi ont fini par rompre le silence.
Cette semaine, ils ont bloqué l’exportation de l’alumine vers Conakry. Un geste fort, révélateur d’un ras-le-bol profond. Leurs revendications sont connues : meilleures conditions de vie, respect des engagements sociaux, application de la convention des mines et carrières.
Rien d’excessif. Rien d’extraordinaire. Juste le minimum.
Alors oui, RUSAL parle de ‘‘valeur humaine’’. Mais à Fria, cette valeur semble avoir un prix… et surtout des limites.
Car la vérité est là : on ne construit pas une réputation sur des communiqués. On la bâtit sur des actes. Et sur leur cohérence.
À trop vouloir montrer qu’elle est exemplaire, RUSAL/FRIGUIA finit par exposer ses contradictions. Et à force de communication, le vernis craque.
Le bluff apparaît.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
