Le 30 juin 2026 devait marquer un tournant dans la gouvernance des entreprises à participation publique. C’est en tout cas ce que laissait croire le communiqué de la Présidence de la République publié en mars dernier.
Le ton était exceptionnellement ferme. Les sociétés privées qui ne reverseraient pas leurs dividendes à l’État avant la date butoir verraient leur permis retiré. Quant aux dirigeants des entreprises publiques défaillantes, ils étaient promis au limogeage et à des poursuites judiciaires. Pas moins de 62 entreprises étaient visées. Difficile d’être plus explicite.
Nous sommes désormais dix jours après l’échéance. Et pourtant… silence radio.
Aucune liste des entreprises qui se sont conformées aux instructions présidentielles. Aucune publication des montants effectivement reversés au Trésor. Aucune annonce de retrait de permis. Aucun limogeage rendu public. Aucune procédure judiciaire connue.
Faut-il en conclure que les 62 entreprises ont toutes payé dans les délais ? Ce serait une excellente nouvelle. Mais si tel est le cas, pourquoi ne pas le dire ? Pourquoi ne pas publier les résultats d’une opération présentée comme un acte majeur de restauration de la discipline financière ?
À l’inverse, si certaines entreprises n’ont pas respecté les instructions, les sanctions annoncées ont-elles été appliquées ? Là encore, le silence nourrit toutes les interrogations.
À force, un vieux mal de l’administration guinéenne refait surface : celui des annonces spectaculaires qui peinent à trouver une traduction concrète. Les communiqués se succèdent, les menaces se multiplient, les délais expirent… puis plus rien. Comme si le temps suffisait à effacer les engagements.
Or, la parole de l’État vaut davantage que n’importe quel communiqué. Elle engage son autorité. Une menace qui n’est pas suivie d’effet cesse rapidement d’être une menace. Elle devient un simple exercice de communication.
Le gouvernement a aujourd’hui une occasion simple de lever toute ambiguïté : publier le bilan de cette opération. Qui a payé ? Combien ? Qui ne l’a pas fait ? Quelles sanctions ont été prises ?
Ce n’est pas seulement une question de dividendes. C’est une question de crédibilité.
Car un État fort ne se reconnaît pas à la dureté de ses communiqués, mais à sa capacité à appliquer ce qu’il annonce. Sans exception. Sans oubli. Et sans que le silence ne finisse par remplacer l’action.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
