Censure

Clashes entre artistes : le DG du BGDA rappelle les limites entre liberté de création et respect de la loi

Moussa Fofana explique que les œuvres des artistes sont protégées par le droit d'auteur, tout en rappelant que les injures et la diffamation restent sanctionnées par le Code pénal guinéen.

Conakry – Face à la multiplication des « clashes » entre artistes, le Directeur général du Bureau guinéen du droit d’auteur (BGDA), Moussa Fofana, apporte des éclaircissements sur les droits des créateurs et les limites fixées par la législation guinéenne.

Dans une publication intitulée « Clashes entre artistes, bon à savoir », il rappelle d’abord qu’une œuvre est toute création originale de l’esprit, qu’il s’agisse de musique, de littérature, de cinéma, de peinture, de photographie ou encore de logiciels.

S’appuyant sur l’article 3 de la loi guinéenne sur le droit d’auteur, il cite : « les œuvres de l’esprit, quels qu’en soient le genre, la forme d’expression, le mérite ou la destination, sont protégées par le droit d’auteur. »

Selon Moussa Fofana, la protection accordée par le droit d’auteur repose uniquement sur l’originalité de l’œuvre : « autrement dit, le juge ne fait pas le concours du “meilleur son” ou du “clash le plus poli” pour décider si vous méritez la protection du droit d’auteur ou pas. Seule l’originalité compte. »

Le Directeur général du BGDA rappelle toutefois que cette protection n’exonère pas les artistes du respect des dispositions du Code pénal.

Il souligne que l’article 363 du Code pénal réprime la diffamation et l’injure, définies respectivement comme : « toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou de la collectivité à laquelle le fait est imputé », ainsi que « toute expression outrageante, terme de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait précis ».

Illustrant son propos, Moussa Fofana précise : « ceci dit et de façon simple, que si ta punchline peut être protégée comme œuvre au sens du droit d’auteur… elle peut ne pas l’être en droit pénal. Car si elle insulte la maman de ton adversaire, le procureur va te donner le vrai “uppercut”. »

Le patron du BGDA reconnaît néanmoins que les « clashes » occupent une place importante dans l’univers du rap et participent à la dynamique de l’industrie musicale : « et pourtant, les clashs, on adore ça ! Dans le rap, c’est un sport national. C’est la capacité de créer sous pression, de structurer ses propos, de faire vibrer le public. C’est du vrai talent. En claire ça crée de l’émulation, de l’emploi entre ingénieurs de son, arrangeurs, propriétaires de studios. Une vraie économie et surtout… du divertissement. On adore tous ça. Monsieur le ministre Moussa Moise y compris. »

Évoquant le clash entre Le Mélangeur et Thiird, il invite les artistes à préserver certaines limites : « si on prend par exemple le cas du clash entre Le mélangeur et Thiird. On savoure, on rigole, on applaudit… mais toujours dans le respect des parents, de l’ordre public et des lois. Parce que le clash, c’est l’art de se battre avec des mots, pas avec des délits. »

En conclusion, Moussa Fofana encourage les créateurs guinéens à faire du droit d’auteur un outil de protection plutôt qu’une source de conflits : « le droit d’auteur est à vous, artistes guinéens. Servez-vous-en comme bouclier, pas comme piège. Car l’originalité, c’est comme le piment dans la sauce : ça brûle parfois, mais c’est ça qui donne le goût. Alors clashez, créez, amusez… mais gardez la loi comme votre beat de fond. »

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com