Mamadou Djouma Bah avait 17 ans. Un mineur. Aujourd’hui, il est mort.
Il avait été condamné pour fraude au baccalauréat et envoyé en prison. Une décision qui soulève désormais une question aussi simple que terrible : comment en est-on arrivé à considérer qu’un adolescent ayant triché à un examen devait être privé de liberté au point d’y perdre la vie ?
Selon les témoignages de ses proches, le parquet avait été alerté à plusieurs reprises sur son état de santé. En vain. Il a fallu que son état se détériore gravement pour qu’il soit finalement remis à sa famille. Trop tard. Son médecin traitant n’a pas pu le sauver.
Le procureur de Kindia a expliqué que le régisseur l’avait conduit à deux reprises à l’hôpital régional avant de le remettre à ses parents. Ces explications ne dissipent pourtant pas le malaise. Au contraire. Elles renforcent une interrogation essentielle : si son état nécessitait des soins répétés, pourquoi avoir attendu que la situation devienne critique pour le libérer ?
Plus troublant encore, l’attitude du procureur lors de son intervention a choqué de nombreux observateurs. Son manque apparent de gravité, son sourire à certains moments de l’entretien et même l’erreur sur le nom de la victime – qu’il a appelée Mamadou Djouma Barry au lieu de Mamadou Djouma Bah – ont donné le sentiment d’une institution incapable de mesurer la portée humaine de ce drame.
Au-delà des responsabilités individuelles, cette tragédie révèle une dérive plus profonde.
Depuis plusieurs années, à l’approche des examens nationaux, le discours officiel est dominé par une logique de répression. Les conférences de presse portent davantage sur les fraudeurs que sur les élèves méritants. On annonce le déploiement massif des forces de sécurité, les fouilles, l’interdiction des téléphones, les poursuites judiciaires, les peines de prison et les sanctions exemplaires. On parle beaucoup moins de pédagogie, d’encadrement, de qualité de l’enseignement ou de préparation des candidats.
Nous l’avions déjà dénoncé dans ces colonnes : la lutte contre la fraude ne peut pas devenir une démonstration de force permanente.
À lire aussi sur Guinee7
Guinee7 avait déjà écrit sur le »tout sécurité » des examens nationaux :
Oui, la fraude doit être combattue. Personne ne défend la tricherie. Mais une société juste sait distinguer la sanction de la vengeance.
La sanction la plus logique contre un candidat fraudeur est connue de tous : annulation de l’épreuve, exclusion de la session, voire interdiction de se présenter pendant une période déterminée. Ces mesures protègent la crédibilité des examens tout en restant proportionnées.
La prison, en revanche, devrait être l’ultime recours, réservée aux faits les plus graves. Certainement pas pour un adolescent de 17 ans surpris en train de frauder à un examen.
Aujourd’hui, un enfant est mort.
Aucune explication administrative ne fera disparaître cette réalité. Aucun communiqué ne rendra cette vie à sa famille. Aucune justification juridique ne fera oublier qu’une décision disproportionnée a conduit à une issue irréversible.
Cette affaire doit provoquer une remise en question profonde. La justice ne peut pas être seulement légale ; elle doit aussi être humaine. Lorsqu’une institution perd de vue cette exigence, elle risque de transformer une faute scolaire en tragédie nationale.
La mort de Mamadou Djouma Bah doit être la dernière conséquence d’une politique qui confond fermeté et excès.
Parce qu’un baccalauréat, aussi important soit-il, ne vaudra jamais la vie d’un enfant.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
