Censure

« Tout coûte cher » : le quotidien d’une retraitée raconté par elle-même

Pension longtemps limitée à 350 000 GNF, médicaments hors de portée, alimentation contrainte : F. D. livre un témoignage sans détour sur le vieillissement en Guinée.

À Hafia, dans la commune de Dixinn, F. D. a passé 21 ans derrière le comptoir d’une pharmacie. Aujourd’hui retraitée et entourée de ses petits-enfants, elle évoque, à l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées, une retraite faite d’arbitrages entre revenus, santé, nourriture et besoins de la famille.

Conakry – Installée dans son salon, F. D. nous accueille avec le sourire. Autour d’elle, ses petits-enfants donnent vie à la maison. Mais lorsqu’elle revient sur ses premières années de retraite, son visage se fait plus grave.

« Pour moi, la retraite a été une étape très, très difficile dans ma vie », confie-t-elle.

Après 21 ans de service, elle découvre une réalité bien différente de celle qu’elle imaginait. Pendant plusieurs années, sa pension s’élevait, selon son témoignage, à 350 000 francs guinéens. Pour cette ancienne pharmacienne, il fallait alors faire face aux besoins de toute la maison avec des ressources limitées.

« Tout coûte cher. Avec ce qu’on gagne, il faut penser à beaucoup de choses. Il y a les enfants, les petits-enfants, la nourriture… »

Aujourd’hui, sa situation financière s’est quelque peu améliorée. Sa pension aurait été revalorisée pour atteindre environ 1,3 million de francs guinéens.
« Ça nous a beaucoup aidés », reconnaît-elle.

Cette nouvelle pension lui permet notamment de faire face à certaines dépenses essentielles. « Maintenant, je peux acheter le riz et mettre aussi quelque chose de côté pour mes besoins de santé », explique-t-elle.

« On peut vous prescrire des choses que vous ne pouvez même pas acheter  »

— FD, ancienne pharmacienne

Car avec l’âge, les dépenses de santé prennent une place importante dans son quotidien. Arthrose, rhumatismes, gastrite : F. D. dit composer avec plusieurs problèmes de santé.

« À notre âge, il y a beaucoup de choses qui apparaissent. Vous avez des douleurs, vous allez consulter, on vous prescrit des médicaments… Mais on peut vous prescrire des choses que vous ne pouvez même pas acheter. »

Son passé de pharmacienne lui permet toutefois de mieux connaître certains traitements et de rechercher des alternatives moins coûteuses.

« Comme j’ai travaillé dans le domaine, je connais certains médicaments génériques. J’utilise aussi certaines crèmes pour soulager les douleurs. »

Mais cette connaissance ne règle pas tout. Et elle pense aux autres personnes âgées qui ne disposent pas forcément des mêmes repères.

« Tout le monde n’a pas cette possibilité. Il y a des personnes âgées qui ont besoin de soins, mais qui n’ont pas les moyens de les payer. »

« On est obligé de se contenter de ce qu’on gagne »

Pour F. D., les difficultés se ressentent également dans l’assiette. Avec des revenus limités et des besoins qui augmentent avec l’âge, il faut parfois renoncer à certains aliments.

« On ne peut pas forcément manger ce qu’on veut. On est obligé de se contenter de ce qu’on gagne, pas de ce qu’on veut. »

Elle a également modifié son alimentation pour préserver sa santé.

« Je fais attention au sel, au sucre et aux aliments trop gras. Je bois beaucoup d’eau, je mange des fruits. Il y a aussi des aliments que j’évite parce qu’ils me fatiguent. »

À l’entendre, vieillir impose donc de revoir ses habitudes, mais aussi d’apprendre à gérer autrement ses ressources.

« Quand on est jeune, on peut faire beaucoup de choses. Mais quand on avance en âge, les besoins changent. Il faut faire attention à sa santé et surtout faire avec ce qu’on a. »

À quelques mètres d’elle, ses petits-enfants continuent de jouer. F. D., elle, regarde cette nouvelle génération avec le sourire. Malgré les difficultés, elle mesure le chemin parcouru.

Elle ne demande pas grand-chose : pouvoir se nourrir, se soigner et vivre dans des conditions dignes.

« Ce qu’on souhaite, c’est seulement de pouvoir vivre correctement, se soigner quand on est malade et ne pas être une charge pour les autres. »

À 78 ans, son témoignage donne ainsi un visage concret aux défis du vieillissement : une retraite qui ne signifie pas toujours repos, mais qui peut devenir, pour certains, une nouvelle période d’arbitrages entre revenus, alimentation, santé et besoins de la famille.

Ibrahima Sory Diallo pour Guinee7.com