Mercredi 30 septembre 2026, Rio Tinto a inauguré à Camayenne le Parc citoyen de Conakry, un espace sportif aux standards internationaux. Une réalisation saluée à juste titre. Pourtant, une question s’impose : pourquoi la capitale, plutôt que les préfectures qui supporteront le poids de l’exploitation du fer de Simandou ?
Le Parc citoyen de Conakry, une vitrine de haut standing
Il faut le reconnaître d’emblée : le géant minier n’a pas lésiné sur les moyens. Situé en bord de mer, dans le quartier de Camayenne (commune de Dixinn), le Parc citoyen de Conakry, aussi appelé Parc urbain, s’étend sur 13 hectares. On y trouve huit mini-terrains de football, un grand terrain principal en gazon synthétique présenté comme conforme aux normes FIFA, cinq terrains de basketball, deux courts de tennis, une piste d’athlétisme aux standards olympiques et un terrain multisport ouvert au handball comme au volley-ball.
Pour une jeunesse conakryka souvent réduite à taper dans le ballon sur des terrains vagues ou au bord des routes, l’effort est louable. Il serait malhonnête de le nier.
Beyla et Forécariah, les grandes oubliées de la générosité minière
Mais à qui profite d’abord la richesse de Simandou ? Le minerai de fer est extrait des montagnes de Beyla, en Guinée forestière. Il traversera ensuite des centaines de kilomètres de voie ferrée avant d’être exporté par le port de Moribaya, à Forécariah. C’est là, et le long du corridor, que la mine se vit au quotidien : poussière, trafic, pression sur les terres, l’eau et les forêts.
Les premières victimes des nuisances environnementales et écologiques que pourrait engendrer l’exploitation ne sont donc pas les habitants de Camayenne ou plus largement Conakry. Ce sont les populations de ces préfectures, qui manquent cruellement d’infrastructures sportives et culturelles. Conakry, elle, en dispose déjà. Insuffisantes pour une capitale, certes, mais elles existent.
La responsabilité sociétale commence là où l’on creuse
Le principe est pourtant admis partout dans l’industrie extractive : la responsabilité sociétale d’une entreprise s’exerce d’abord envers les communautés hôtes. Un stade à Beyla, un centre culturel à Forécariah auraient eu une portée symbolique bien plus forte qu’un parc de prestige dans une capitale déjà mieux lotie. Ils auraient dit aux riverains : « Votre sacrifice est reconnu. » À Conakry, le message ressemble davantage à une opération de communication à l’adresse des décideurs, il faut le dire.
L’exemple de la CBG à Kamsar, et d’autres
Rio Tinto aurait gagné à s’inspirer de la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG). À Kamsar, elle a doté la ville d’un stade digne de ce nom et accompagne activement le sport (les clubs de football de la ville notamment) et la culture.
A Fria, aux meilleurs moments de FRIGUIA, la société offrait de l’eau et de l’électricité à toute la ville sans compter la prise en charge de l’équipe de football et la construction des infrastructures sportives (Basket-ball, tennis, natation, voley-ball).
Les exemples ne manquent pas ailleurs :
– Au Ghana, l’Ashanti Gold SC d’Obuasi est historiquement lié à la mine d’or de la ville, exploitée par Ashanti Goldfields puis AngloGold Ashanti. Le sport y est devenu un trait d’union entre l’entreprise et la communauté.
– En Mauritanie, la Société nationale industrielle et minière (SNIM) a structuré la vie sociale de Zouérate et de Nouadhibou, jusqu’à soutenir un club de football portant son nom.
– Au Botswana, Debswana, coentreprise entre l’État et De Beers, a bâti autour des mines de diamants de Jwaneng et d’Orapa de véritables villes, avec écoles, hôpitaux et équipements sportifs.
Partout, la même logique : la mine investit d’abord là où elle creuse.
Rio Tinto, le temps de corriger le tir
Le Parc citoyen de Conakry est une belle réalisation. Il ne doit cependant pas servir d’alibi. Simandou est un projet de plusieurs décennies ; Rio Tinto a encore le temps de montrer que Beyla, Forécariah et les localités du corridor ne sont pas de simples zones de passage du minerai. L’État, garant de l’intérêt général, a lui aussi son mot à dire dans l’orientation des investissements sociaux des miniers.
Car une richesse qui part de la Forêt pour embellir la capitale, pendant que les terres d’origine se contentent de la poussière, c’est une vieille histoire. La Guinée n’a plus le droit de la réécrire.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
