Censure

« Les gens sont mal payés » : le coup de gueule du Ministre Lansana Béa Diallo

Au forum « Jeunesse et Avenir », le ministre de la Jeunesse Béa Diallo a dénoncé les faibles rémunérations de certains jeunes dans le privé et appelé les entreprises à mieux valoriser leur travail.

Guinée- Le ministre de la Jeunesse, Lansana Béa Diallo, a vivement interpellé les acteurs du secteur privé sur les conditions de rémunération des jeunes travailleurs en Guinée. Il s’exprimait à l’occasion du Grand forum « Jeunesse et Avenir », organisé ce mercredi, dans le cadre de la première édition de PRIME (Programme de Révélation de l’Identité par la Marque et l’Excellence), porté par le Comité stratégique de Simandou.

La rencontre, consacrée notamment à la jeunesse, à l’employabilité et au développement du capital humain, s’est tenue en présence du Premier ministre Amadou Oury Bah, du ministre Secrétaire général de la Présidence, Amara Camara, du ministre Directeur de cabinet de la Présidence, Djiba Diakité, ainsi que de plusieurs autres membres du gouvernement.

Dans une vidéo publiée par Planète7, le ministre de la jeunesse Lansana Béa Diallo, a choisi de mettre l’accent sur une question qui touche directement les jeunes : leur rémunération dans les entreprises privées. Il a notamment évoqué le cas des sociétés de sécurité pour illustrer son propos : « les gens sont mal payés quand ils travaillent ici. ​Dans les entreprises privées, les gens sont mal payés. Une société de sécurité, des jeunes sont payés à 600 000 francs guinéens alors qu’ils prennent 2 millions et demi, c’est un scandale ! Messieurs les ministres, je vous le dis parce que je vais dire quelque chose qui va vous choquer, parce que j’ai la chance de pouvoir prendre la parole. »

« Aujourd’hui, c’est l’inverse »

Pour le ministre, la question ne se limite pas au niveau des salaires. Il estime que les entreprises doivent revoir la manière dont elles répartissent les revenus générés par le travail de leurs employés : « ​il faut que les entrepreneurs comprennent une chose : quand tu as 100, c’est 90 % que tu dois donner aux gens qui travaillent, et 10 % dans ta poche. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Et c’est une réalité, les gens sont mal payés quand ils travaillent ici. »

Béa Diallo est ensuite revenu sur l’exemple des agents de sécurité, estimant que les conditions de rémunération de certains travailleurs ne leur permettent pas de vivre dignement : « ​dans les entreprises privées, les gens sont mal payés. Une société de sécurité, des gens sont payés à 600 000 francs guinéens alors qu’ils prennent 2 millions et demi, c’est un scandale ! Messieurs les ministres, je vous le dis, c’est quelque chose qui me choque, et je trouve ça choquant et de notre responsabilité de réglementer ça, et de faire en sorte que les jeunes soient dignes… Et qu’ils puissent effectivement, quand tu travailles pour 600 000 francs avec tout tes déplacements, que tu arrives tous les jours, mais tes 600 000 francs te servent à quoi ? Ils te servent à rien. Les gens mendient tout le temps, il faut que ça s’arrête ! Il faut que ça s’arrête. »

« Il faut qu’on tire tout le monde vers le haut »

Au-delà de la question salariale, le ministre a défendu une vision plus large du développement, estimant que les richesses du pays doivent aussi profiter à celles et ceux qui participent à sa construction : « ​on a un pays extraordinaire, on a un potentiel extraordinaire, mais il faut qu’on tire tout le monde vers le haut. On me traite de socialiste, on me traite de communiste… Mais moi j’ai toujours été indépendant ! J’ai toujours été indépendant, et c’est mon indépendance et le fait que je partage, et j’ai gagné beaucoup d’argent dans ma vie, wallahi billahi, beaucoup ! J’ai gagné beaucoup d’argent, mais j’ai donné 80 % de ce que j’ai gagné parce que j’estime que j’ai pas besoin de ça. J’ai pas besoin d’avoir 10 voitures, j’ai pas besoin d’avoir 50 maisons, j’ai pas besoin de ça. Je vais faire quoi avec ça, je vais mourir, j’en ai vu beaucoup qui sont morts avec ça. Ils sont où ? Ils sont où ? »

Dans la suite de son intervention, Béa Diallo a établi un lien entre les ressources minières de la Guinée et le développement du capital humain, dans le cadre de la vision Simandou 2040 : « ​alors s’il vous plaît, notre richesse du sous-sol doit contribuer à faire grandir la richesse qui se trouve au-dessus du sous-sol : nos femmes, nos hommes et notre jeunesse. Et cela ne se fera pas en un jour. Cela demande du travail, de la formation, des investissements, des partenaires, et surtout une connexion beaucoup plus forte entre la formation, les compétences et les besoins réels de notre économie. »

« Donnez des stages, donnez des premières expériences »

S’adressant cette fois directement aux entreprises et aux partenaires présents au forum, le ministre les a invités à accorder davantage de possibilités aux jeunes, y compris à ceux dont les profils ne répondent pas encore parfaitement aux exigences du marché du travail : « ​mais je veux aussi m’adresser aux entreprises et aux partenaires présents aujourd’hui. Quand un jeune vient vers vous, écoutez-le, même s’il n’a pas encore effectivement toutes les compétences, même si son CV n’est pas parfait, même si son projet doit être mûri. Parce que derrière un CV, il y a parfois un potentiel que le papier ne montre pas toujours. Donnez des stages, donnez des premières expériences… »

Il a également plaidé pour davantage de mentorat et d’ouverture des entreprises aux jeunes talents : « ​proposez du mentorat, ouvrez vos entreprises aux jeunes, et lorsque vous voyez un talent, donnez-lui sa chance. Parce que nous ne pourrons pas résoudre la question de l’emploi des jeunes uniquement depuis les bureaux de l’administration. »

Pour conclure, Béa Diallo a appelé à une responsabilité partagée entre les différents acteurs impliqués dans l’insertion professionnelle des jeunes. Il a également replacé cette démarche dans la perspective de Simandou 2040 : « l’État a sa responsabilité, les entreprises ont leur responsabilité, nos partenaires ont leur responsabilité, et les jeunes ont également leur responsabilité. C’est lorsque ces responsabilités se rencontrent que l’opportunité apparaît. Et c’est aussi là que la vision Simandou 2040 prend tout son sens, Monsieur le Ministre Djiba. Nous avons effectivement la chance d’avoir une richesse extraordinaire dans son sous-sol, mais la vision portée par le Président de la République et que vous incarnez est justement de faire de cette richesse un moteur de transformation de notre capital humain. Parce que notre ambition ne peut pas être simplement d’extraire le minerai. Notre ambition doit être de faire émerger des compétences, des techniciens, des ingénieurs, des entrepreneurs, des innovateurs, des entreprises guinéennes capables de grandir. »

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com