Censure

Justice : les huissiers de Guinée cessent leurs activités jusqu’à nouvel ordre

La décision intervient après la détention de deux huissiers à Coyah. La Chambre exige des garanties avant toute reprise de ses activités.

Guinée- La Chambre nationale des huissiers de justice annonce un arrêt général de la profession à compter de ce jeudi 8 octobre. Elle conditionne la reprise de ses activités à l’obtention de garanties pour ses membres.

Le fonctionnement de la justice pourrait connaître des perturbations dans les prochains jours. La Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée a annoncé, ce jeudi 8 octobre 2026, la suspension de toutes les activités relevant de la profession sur l’ensemble du territoire national.

La décision a été prise à l’issue d’une assemblée générale extraordinaire tenue à la suite de la détention de deux huissiers, Me Sory Daouda Camara et Me Mandjou Sangaré, actuellement incarcérés à la maison centrale de Coyah dans le cadre d’une procédure devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).

Mais au-delà du cas individuel de ces deux professionnels, la Chambre dit vouloir obtenir des garanties concernant les conditions dans lesquelles les huissiers exercent leur métier.

Le secrétaire général de l’organisation, Me Jean-Pierre Pépé Béavogui, présente cette suspension comme une mesure destinée à attirer l’attention sur la situation de la profession. « La résolution la plus importante, et qui a d’ailleurs fait l’objet de ce communiqué, c’est la suspension des activités liées à la profession d’huissier de justice sur toute l’étendue du territoire. Il est important de mentionner que cette profession, constituant un maillon essentiel de la chaîne judiciaire, a besoin d’une protection », a-t-il souligné.

La Chambre réclame des garanties

La décision intervient après deux assemblées générales extraordinaires consacrées à la situation des deux huissiers. Selon Me Béavogui, les discussions ont notamment porté sur la nécessité de garantir aux professionnels un cadre leur permettant d’exercer leurs missions sans, selon lui, se sentir exposés. « Si les garanties ne sont pas accordées pour exercer librement cette profession, il va sans dire que les professionnels que nous sommes envisagerons bien sûr de prendre des dispositions pour nous mettre à l’abri, parce qu’on a besoin d’une protection rapprochée », a-t-il poursuivi.

La Chambre indique avoir parallèlement engagé des démarches dans le dossier des deux confrères détenus. Elle affirme avoir demandé leur liberté provisoire lors de deux audiences, en mettant notamment en avant leur état de santé ainsi que la présomption d’innocence.

Cette requête n’aurait toutefois pas abouti lors de la seconde audience. « À notre grande surprise, hier, lors de la deuxième audience, cette demande a été purement et simplement rejetée. On ne se sent pas en sécurité. Et en pareille circonstance, la commodité voudrait qu’on suspende le temps pour nous d’avoir toutes ces garanties », a déploré Me Béavogui.

Le cas de Me Sory Daouda Camara mis en avant

Parmi les arguments avancés par la Chambre figure également l’état de santé de Me Sory Daouda Camara, ancien président et président honoraire de l’organisation.

Le secrétaire général affirme que son confrère, qui aurait déjà subi deux interventions à la gorge, doit notamment effectuer un suivi médical prévu en décembre. « Tenez-vous bien, nos confrères préalablement en détention souffrent, non seulement moralement, mais aussi physiquement. Le cas particulier de notre président honoraire, Me Sory Daouda Camara, qui a subi deux interventions à la gorge, et il y a un rendez-vous qui pointe à l’horizon, précisément le 2 décembre 2026. En principe, il ne devait pas se retrouver dans cette situation », a-t-il affirmé.

La Chambre conteste par ailleurs la nécessité du placement en détention et soutient que les deux huissiers auraient pu continuer à répondre à la procédure dans un autre cadre. « Rien ne justifie ce placement en détention, d’autant plus qu’il y a toutes les garanties accordées à l’institution devant laquelle ils doivent répondre, bien sûr, que nous leur accordons toute la sécurité pourvu qu’ils viennent et qu’on parle librement », a déclaré Me Béavogui.

Un arrêt sans date de reprise

Pour l’heure, la Chambre nationale ne fixe aucune échéance pour la reprise de ses activités. L’arrêt concerne l’ensemble de la profession et reste en vigueur jusqu’à nouvel ordre.

Me Jean-Pierre Pépé Béavogui a confirmé la portée immédiate de la mesure. « À partir de cet instant, aucune activité liée à la profession d’huissier de justice ne sera exercée jusqu’à nouvel ordre », a-t-il annoncé.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com