Conakry- Révisé à la baisse par le nouvel exécutif communal, le budget de Kagbélen est passé de 25 à 17 milliards de francs guinéens. Alors que le maire Sona Mady Doumbouya défend ses priorités d’investissement, le conseiller communal Karim Bailo Barry a dénoncé, après la session budgétaire du 8 octobre 2026, des manquements présumés aux procédures de convocation et de transmission des documents.

La commune urbaine de Kagbélen prévoit de conduire plusieurs projets dans les domaines de la santé, de l’éducation et des infrastructures d’ici à la fin de l’année 2026. Pour financer ces actions, le nouvel exécutif a remanié le budget hérité de la délégation spéciale, faisant passer son montant de 25 à 17 milliards de francs guinéens. Mais au-delà des investissements annoncés, le fonctionnement de l’administration communale fait l’objet de critiques formulées après la session budgétaire du 8 octobre.
Le maire mise sur la santé, les routes et les écoles

Le maire de Kagbélen, Sona Mady Doumbouya, justifie la révision du budget par la nécessité d’adapter les prévisions financières aux ambitions de la nouvelle équipe communale. « Nous venons d’être élus, on a trouvé un budget en place qui était conçu par la délégation spéciale, alors que nous n’avons pas les mêmes objectifs, même programme, même feuille de route. Donc, pour adapter à notre réalité, c’est pourquoi on a décidé de remanier pour pouvoir mener nos activités d’ici fin de l’année », a-t-il expliqué.
Parmi les projets annoncés figurent l’entretien du pont de Kagbélen, la construction d’un centre de santé à Bailobaya et la réalisation de forages, selon les moyens disponibles. L’exécutif communal entend également investir dans la construction d’écoles, face au manque d’établissements publics.
Sona Mady Doumbouya s’est par ailleurs félicité du déroulement des débats et du vote des projets présentés. Selon lui, 43 conseillers sur les 45 que compte le conseil communal étaient présents lors de la session.
Un budget ramené à 17 milliards GNF

Invité à assister à l’ouverture de la session budgétaire, le député élu de Kagbélen, Mohamed Cissé, a évoqué la révision des prévisions financières et les discussions autour des différentes lignes budgétaires. « Les financiers qui ont présenté un budget qui était d’abord à 25 milliards, qui est aujourd’hui revu à la baisse par l’exécutif à 17 milliards », a-t-il déclaré.
Pour le parlementaire, l’enjeu principal reste la capacité de la commune à mobiliser les ressources prévues et à concrétiser les investissements annoncés dans les délais. « Le plus important est que ce montant-là soit mobilisé, que les investissements qui sont prévus pour la commune de Kagbélen se fassent d’ici le 31 décembre 2026 », a-t-il insisté.
Mohamed Cissé a notamment évoqué les besoins en routes, en eau potable et en infrastructures scolaires. Selon les chiffres qu’il a avancés, sur les 310 écoles répertoriées dans la commune, seules 19 appartiennent à l’État.
Il invite ainsi les autorités communales à rechercher des financements auprès de partenaires et d’organismes susceptibles de soutenir la construction d’écoles et de marchés. « Il faudrait qu’ils trouvent les fonds. Ils ont tous les moyens et toutes les opportunités de chercher les fonds un peu partout », a-t-il recommandé.
Après la session, Karim Bailo Barry dénonce des manquements aux procédures

C’est après la tenue de cette session budgétaire que le conseiller communal Karim Bailo Barry a exprimé ses contestations. Dans une déclaration, il affirme que les conseillers concernés n’ont reçu aucune convocation officielle pour la séance du 8 octobre et qu’ils n’ont obtenu les documents relatifs au projet de budget qu’une fois arrivés dans la salle. « En effet, lors de la session budgétaire du 8 octobre 2026, nous affirmons n’avoir reçu aucune convocation officielle et n’avoir obtenu les documents relatifs au projet de budget qu’une fois dans la salle de séance », dénonce-t-il.
Le conseiller estime que ces faits soulèvent des interrogations sur le respect des articles 113 et 114, notamment en ce qui concerne les délais de convocation et le droit des conseillers communaux à disposer des informations nécessaires avant les délibérations.
Il affirme également que les difficultés dénoncées ne sont pas nouvelles. À l’appui de sa démarche, il rappelle qu’une première saisine collective a été adressée à l’autorité de tutelle le 24 août 2026, sous le numéro 2256, afin de solliciter un contrôle de légalité et de conformité aux textes en vigueur. « Pourtant, à ce jour, nous n’avons reçu aucune notification nous informant des suites réservées à cette saisine », affirme-t-il.
Karim Bailo Barry demande désormais à l’autorité de tutelle d’examiner la situation, de vérifier le respect des procédures applicables et d’informer les conseillers des suites réservées à leur précédente démarche : « notre objectif n’est ni de bloquer l’administration communale »
Le conseiller communal insiste sur le fait que sa contestation ne vise pas à entraver le fonctionnement de la mairie, mais à garantir la régularité des décisions prises au nom des citoyens. « Notre objectif n’est ni de bloquer l’administration communale ni d’entraver le processus budgétaire. Il est de veiller à ce que les décisions engageant l’avenir de nos citoyens soient prises dans des conditions régulières, transparentes et conformes à la loi », souligne-t-il.
Pour lui, le rôle d’un conseiller communal ne se limite pas à participer aux sessions. Il implique également un devoir de contrôle et de redevabilité envers la population.
Il appelle ainsi l’autorité de tutelle à procéder aux vérifications nécessaires et, le cas échéant, à prendre les mesures appropriées conformément aux textes en vigueur. « La transparence n’est pas une faveur accordée aux conseillers : elle est une exigence de bonne gouvernance et un droit que nous avons le devoir de défendre au nom des citoyens de Kagbélen », conclut-il.
Entre la mobilisation des 17 milliards de francs guinéens annoncés, la réalisation des projets promis et les contestations formulées après la session, l’exécutif communal de Kagbélen devra répondre aux attentes de la population tout en apportant des éclaircissements sur les préoccupations soulevées par le conseiller.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
