Comment transformer durablement la Guinée ? Pour Amadou Lamarana Bah, consultant, la réponse tient en trois axes indissociables : un leadership public fondé sur la compétence et l’intégrité, une jeunesse associée aux décisions plutôt que simplement célébrée, et des territoires dont les potentialités sont enfin valorisées. Entretien.
Leadership public en Guinée : « servir l’intérêt général avant tout »
Guinee7.com : Vous placez le leadership public, la jeunesse et la transformation territoriale au cœur de votre vision. Pourquoi ces trois axes ?
Amadou Lamarana Bah : Ces trois axes sont étroitement liés et constituent, à mes yeux, des dimensions essentielles de la transformation de la Guinée.
Le leadership public détermine notre capacité à définir des orientations, à prendre des responsabilités et à répondre aux attentes des citoyens. La jeunesse représente une force de compétences, d’innovation et d’engagement qui mérite de participer pleinement à la construction nationale. Quant à la transformation territoriale, elle permet de rapprocher les ambitions de développement des réalités quotidiennes des populations.
Je considère que notre pays doit davantage articuler ces trois dimensions. Nous avons besoin d’une vision claire, de femmes et d’hommes capables de la porter et d’une méthode permettant de transformer les ambitions en résultats concrets.
Mon positionnement repose sur cette conviction : le développement de la Guinée doit s’appuyer sur la qualité du leadership, la valorisation du capital humain et la capacité à faire émerger des solutions adaptées aux besoins de nos territoires.
Comment définissez-vous le leadership public dans le contexte guinéen ?
Amadou Lamarana Bah : Le leadership public ne doit pas être réduit à une fonction, à un titre ou à une position institutionnelle. Il doit avant tout être compris comme une capacité à servir l’intérêt général, à assumer des responsabilités et à contribuer à la résolution des problèmes collectifs.
Un véritable leadership suppose de l’écoute, de la compétence, de la vision et de la constance. Il exige également la capacité de prendre des décisions, de mobiliser les énergies et d’évaluer les résultats obtenus.
Pour moi, la crédibilité d’un responsable se construit dans la durée. Elle dépend de la cohérence entre ses paroles, ses engagements et ses actes.
La Guinée a besoin de promouvoir une culture de responsabilité dans laquelle la compétence, l’intégrité et le sens du service public occupent une place centrale. C’est en renforçant cette culture que nous pourrons encourager une action publique davantage orientée vers les besoins des citoyens.
Renouveler les pratiques, pas seulement les générations
La jeunesse est souvent présentée comme l’avenir du pays. Comment dépasser ce discours ?
Il faut d’abord reconnaître que la jeunesse n’est pas seulement l’avenir de la Guinée : elle est aussi une composante active de son présent.
Nous ne pouvons pas parler de transformation nationale sans réfléchir à la place que nous accordons aux jeunes dans les espaces de décision, les activités économiques, l’innovation et les initiatives de développement local.
Il faut donc dépasser les discours symboliques et travailler sur des réponses concrètes : la formation, l’accès aux opportunités, l’accompagnement des initiatives entrepreneuriales et la participation des jeunes à la vie publique.
Il est également essentiel de créer des passerelles entre les compétences acquises, les besoins du marché du travail et les priorités de développement du pays.
À mon sens, l’enjeu est de passer d’une logique dans laquelle on parle de la jeunesse à une dynamique dans laquelle on construit avec elle. Cela suppose de lui faire confiance, de valoriser ses compétences et de lui donner les moyens de démontrer sa capacité à contribuer au progrès collectif.
Jeunesse guinéenne : dépasser les discours symboliques
Comment transformer les idées des jeunes en projets concrets ?
Une idée, aussi pertinente soit-elle, ne produit pas automatiquement des résultats. Pour devenir un projet concret, elle doit être structurée, accompagnée et adaptée aux réalités du terrain. Nous devons encourager une culture de l’initiative et de la résolution des problèmes. Cela commence par la capacité à identifier un besoin, à proposer une réponse réaliste, à mobiliser les ressources nécessaires et à mesurer les effets de l’action entreprise.
Les institutions, les collectivités territoriales, le secteur privé, les organisations de la société civile et les structures de formation peuvent jouer un rôle important dans cet accompagnement. Il faut également valoriser les expériences locales qui fonctionnent, favoriser le partage des connaissances et permettre aux initiatives prometteuses de se développer.
Je défends une approche pragmatique : moins de distance entre les idées et l’action, davantage de méthode dans la réalisation des projets et une attention constante portée aux résultats obtenus.
Transformation territoriale : valoriser le potentiel de chaque localité
Vous accordez une importance particulière à la transformation territoriale. Que signifie-t-elle concrètement pour la Guinée ?
La transformation territoriale consiste à considérer chaque territoire comme un espace de potentialités, d’initiatives et de création de valeur. La Guinée possède une diversité de ressources humaines, économiques, culturelles et naturelles. Mais ces potentialités doivent être valorisées à travers des stratégies adaptées aux réalités de chaque localité. Les besoins d’une commune rurale ne sont pas nécessairement ceux d’un centre urbain. Les priorités peuvent varier en matière d’infrastructures, d’agriculture, d’accès aux services essentiels, de formation ou d’activités économiques.
C’est pourquoi le développement doit s’appuyer sur une meilleure connaissance des territoires, une participation accrue des acteurs locaux et une planification cohérente. La transformation territoriale ne consiste pas à opposer les territoires à l’État. Elle vise plutôt à renforcer la complémentarité entre les politiques nationales et les initiatives locales, afin que les décisions publiques produisent des effets tangibles dans la vie des populations.
Le rôle clé des collectivités territoriales
Quel rôle les collectivités territoriales doivent-elles jouer dans cette dynamique ?
Les collectivités territoriales occupent une place importante parce qu’elles sont au contact direct des citoyens et de leurs préoccupations quotidiennes. Elles peuvent contribuer à identifier les priorités locales, à favoriser la concertation, à encourager les initiatives économiques et à coordonner les efforts des différents acteurs du développement. Cependant, leur contribution dépend aussi de leur capacité à disposer des compétences, des ressources et des outils nécessaires à l’accomplissement de leurs missions.
Il est donc important de renforcer les capacités locales, d’améliorer la planification des projets et de promouvoir une culture de transparence dans la gestion des ressources publiques. Le développement territorial doit être une responsabilité partagée. L’État, les collectivités, les citoyens, les entreprises et les organisations locales doivent pouvoir travailler dans une logique de complémentarité, avec des objectifs clairs et une attention particulière aux résultats.
Concilier ambitions nationales et réalités des populations
Comment concilier les ambitions nationales avec les réalités des populations ?
Amadou Lamarana Bah : Une ambition nationale n’a de véritable portée que si elle se traduit progressivement par des améliorations concrètes dans la vie des citoyens. Cela suppose de définir des priorités réalistes, d’établir des responsabilités claires et de mettre en place des mécanismes permettant de suivre les progrès réalisés.
Il est également nécessaire de mieux prendre en compte les besoins exprimés sur le terrain lors de la conception des politiques et des projets de développement. Nous devons pouvoir répondre à des questions simples : quel problème cherchons-nous à résoudre ? Qui en bénéficiera ? Quels moyens sont nécessaires ? Comment mesurerons-nous les résultats ?
Cette approche permet de rapprocher la décision publique des attentes des citoyens et de renforcer la confiance dans l’action collective. À mon sens, la transformation de la Guinée doit être pensée avec ambition, mais conduite avec méthode, réalisme et continuité.
Quel regard portez-vous sur la nécessité de renouveler les pratiques de leadership ?
Le renouvellement du leadership ne doit pas être compris uniquement comme un changement de personnes ou de générations. Il doit aussi correspondre à une évolution des pratiques, des méthodes et de la conception même de la responsabilité.
Nous avons besoin de responsables capables d’écouter, de travailler avec des compétences diverses, de reconnaître les difficultés et d’adapter leurs méthodes lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous. Le leadership doit également favoriser la transmission des connaissances, la collaboration entre générations et la valorisation du mérite.
« Passer d’une logique dans laquelle on parle de la jeunesse à une dynamique dans laquelle on construit avec elle. »
Il ne s’agit pas d’opposer les jeunes aux générations précédentes. Il s’agit plutôt de construire des passerelles entre l’expérience, les compétences nouvelles et les aspirations de la société. La qualité du leadership se mesure à sa capacité à mobiliser les énergies autour d’objectifs communs et à produire des changements utiles à la collectivité.
Quelle place accordez-vous à la responsabilité citoyenne dans la transformation du pays ?
La transformation de la Guinée ne peut pas reposer uniquement sur les institutions ou sur les responsables publics. Elle nécessite également une participation active des citoyens. La responsabilité citoyenne consiste notamment à s’informer, à participer au débat public, à respecter les règles communes, à contribuer à la vie de sa communauté et à demander des comptes de manière constructive.
Elle suppose aussi de comprendre que le développement est une œuvre collective qui exige des efforts, de la patience et une volonté de coopération.
Nous devons encourager une culture dans laquelle les citoyens ne sont pas seulement considérés comme des bénéficiaires des politiques publiques, mais aussi comme des acteurs capables de proposer des solutions et de contribuer à leur mise en œuvre.
Une société progresse lorsque les institutions assument leurs responsabilités et que les citoyens disposent de moyens réels pour participer à la vie collective.
Quelle contribution souhaitez-vous apporter à ce débat sur l’avenir de la Guinée ?
Je souhaite contribuer à une réflexion constructive sur les conditions nécessaires à une transformation durable de notre pays. Mon positionnement s’articule autour du leadership public, de la jeunesse et de la transformation territoriale, avec une conviction centrale : nous devons davantage relier les idées aux solutions, les compétences aux responsabilités et les ambitions nationales aux réalités locales.
Je crois à l’importance du débat public, de la réflexion stratégique et de la formulation de propositions capables d’alimenter la recherche de solutions. Il est essentiel de promouvoir une culture dans laquelle les idées sont examinées pour leur pertinence, les initiatives évaluées à partir de leurs résultats et les responsabilités exercées dans le respect de l’intérêt général.
Je souhaite que cette réflexion contribue à encourager une génération de citoyens et de responsables plus engagés, mieux préparés et davantage orientés vers la résolution des problèmes de notre société.
Quel message adressez-vous à la jeunesse guinéenne ?
Mon message est simple : il faut croire en la capacité de la jeunesse guinéenne à contribuer au développement du pays, tout en reconnaissant que cette contribution exige de la préparation, de la discipline et de la persévérance. La formation, l’acquisition de compétences, l’ouverture d’esprit et la capacité à travailler avec les autres sont des éléments essentiels pour celles et ceux qui souhaitent assumer des responsabilités.
Le leadership commence souvent à une échelle modeste : dans une initiative locale, dans un projet collectif, dans une entreprise, dans une association ou dans la manière de répondre à un problème concret de son environnement.
Il ne faut pas attendre nécessairement d’occuper une fonction importante pour commencer à être utile à la société. Notre pays a besoin d’une jeunesse qui ose proposer, qui apprend de ses expériences et qui transforme progressivement ses ambitions en actions.
Responsabilité citoyenne et vision de la Guinée de demain
Pour conclure, quelle est votre vision de la Guinée de demain ?
Je souhaite voir émerger une Guinée qui valorise davantage ses compétences, qui donne à sa jeunesse les moyens de contribuer au progrès national et qui fait du développement territorial un levier de création d’opportunités. Une Guinée dans laquelle les responsabilités sont exercées avec rigueur, les politiques publiques davantage reliées aux besoins des citoyens et les initiatives locales mieux accompagnées.
Cette ambition nécessite du temps, de la méthode et une mobilisation collective. Aucun acteur ne peut, à lui seul, relever tous les défis du développement. C’est en associant les compétences, les institutions, les collectivités, les acteurs économiques et les citoyens que nous pourrons construire des réponses durables.
Pour ma part, je souhaite contribuer à cette dynamique en défendant une vision fondée sur la responsabilité, la valorisation du capital humain et la recherche de résultats concrets.
La Guinée de demain se construira par la qualité de son leadership, la place accordée à sa jeunesse et sa capacité à transformer ses potentialités en progrès réel pour ses populations.
Entretien réalisé par Ibrahima Sory Diallo pour guinee7.com
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