Censure

« Bureau zéro ! » : en colère contre le marquage de leurs boutiques, les vendeurs de Matoto évoquent un décès

Menacés de devoir quitter leurs boutiques sous 72 heures, des vendeurs et vendeuses du marché Parc ont manifesté ce lundi. Ils dénoncent le manque de réponses des autorités et réclament l’intervention du président de la République.

Guinée- Des vendeurs et vendeuses du marché de Matoto, dans la partie appelée Parc, ont manifesté ce lundi pour dénoncer le marquage de certaines boutiques et le délai de 72 heures qui leur aurait été accordé pour quitter les lieux. Face à cette situation, ils sollicitent l’intervention des plus hautes autorités, notamment celle du président de la République.

La tension était palpable ce lundi au marché Parc de Matoto. Des vendeurs et vendeuses, inquiets pour l’avenir de leurs activités, ont fait le tour du marché en scandant des slogans hostiles au bureau du marché, notamment « bureau zéro, bureau zéro ».

Au cœur de leur colère, le marquage de certaines boutiques, que les commerçants associent à un projet de libération de l’emprise pour la réalisation d’une route. Selon eux, cette situation se répète pour la troisième fois et menace des activités commerciales exercées sur place depuis plusieurs années.

Prenant la parole au nom des manifestants, Mohamed Soumah, accompagné d’autres commerçants, a expliqué leur inquiétude face à cette situation. « Nous sommes là, il y a des années et des années. C’est ici que nos pères et mères ont vendu. Nous avons ensuite pris la relève. Nous sommes très inquiets aujourd’hui. Ils sont venus coché nos boutiques en nous disant qu’il faut quitter dans 72h. C’est la troisième fois qu’ils le fassent. Ils nous disent qu’il le font pour faire aboutir la route ici. Mais, il y a des années que nous sommes là, depuis au temps de feu Alkhaly Mamadou Keita. C’est lui qui nous avait permis de nous installer ici », a-t-il déclaré.

Un commerçant serait décédé après le premier marquage

Pour illustrer les conséquences de cette situation sur les commerçants, Mohamed Soumah a évoqué le cas d’un de leurs camarades, qui aurait été profondément affecté par le premier marquage des boutiques. « On avait un camarade ici. La première fois qu’ils sont venus mettre les croix. Il a été tellement choqué, qu’il est rentré chez lui et en est décédé », a-t-il raconté.

Les manifestants affirment avoir entrepris plusieurs démarches auprès des responsables du marché et des autorités communales, sans obtenir, selon eux, de réponse satisfaisante. « Nous sommes allés au bureau du marché pour leur en faire cas. L’administratrice dit ne rien savoir. Nous leurs avons dit de nous aider. Ils ont dit ne rien savoir et que si nous pouvons quelque chose contre cet état de fait, de le faire », a poursuivi leur porte-parole.

Il affirme également avoir contacté le maire, puis la cellule de communication de la commune, avant de se tourner vers les responsables concernés par le marquage des boutiques. « Nous avons appelé à la commune aussi. Le maire dit qu’il n’a rien à dire, d’appeler sa cellule de communication. Nous avons appelé la cellule de communication, Monsieur Sanoh dit la même chose et nous a demandé qui était le chef d’équipe ? Nous lui avons dit Monsieur Keita. Monsieur Keita dit que ce n’est pas lui, que c’est le gouvernorat. qui dit aussi n’avoir rien à dire », a-t-il expliqué.

Face à ce qu’ils considèrent comme un manque de réponse, les commerçants lancent un appel au chef de l’État et réclament un changement dans la gestion du marché. « Maintenant, nous n’avons plus de recours. Nous plaidons le Président de nous venir en aide. Nous voulons que les administrateurs du marché quittent ou nous laisse tranquille. Ils ne font pas un bon travail », a déclaré Mohamed Soumah.

Les manifestants précisent avoir choisi de rester dans l’enceinte du marché afin d’éviter d’éventuelles violences et de privilégier une mobilisation pacifique. « Nous ne sommes pas sortis hors du marché pour ne pas qu’on nous brutalise. Nous avons voulu manifester pacifiquement », a-t-il souligné.

Ils relèvent par ailleurs que toutes les boutiques n’ont pas été marquées, sans comprendre, selon eux, les critères ayant guidé cette opération.

Les taxes et la gestion des ordures également dénoncées

Au-delà du marquage des boutiques, plusieurs femmes commerçantes ont fait part de leurs préoccupations concernant le montant des taxes qu’elles doivent payer. Selon leurs témoignages, une taxe qui devrait officiellement s’élever à 3 000 francs guinéens peut, dans la pratique, atteindre des montants variables. Ces affirmations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.

La gestion des ordures constitue une autre source de mécontentement. Des commerçants disent payer leurs taxes tout en étant obligés de rémunérer des jeunes pour débarrasser leurs espaces commerciaux des déchets. Ils jugent cette situation incompréhensible et souhaitent une meilleure prise en charge de la salubrité du marché.

Contactée sur place, l’administratrice du marché a reçu notre équipe dans son bureau, mais n’a pas souhaité répondre aux questions devant les micros. Elle n’a pas reconnu les faits qui lui sont reprochés par les manifestants.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com