Censure

Signature électronique en Guinée : Faya François Bourouno veut passer des discours à l’action

Face aux défis de la modernisation de l’administration guinéenne, Faya François Bourouno appelle à passer à l’action sans craindre les erreurs. La validation de la signature électronique ouvre une nouvelle étape pour sécuriser les documents et accélérer les démarches administratives.

Conakry- La Guinée veut accélérer la modernisation de son administration grâce à la signature électronique. À l’ouverture d’un atelier consacré à la validation de cet outil et de son cadre juridique, ce mercredi 21 octobre 2026, le ministre Faya François Bourouno a appelé les acteurs concernés à avancer sans craindre les erreurs. Pour lui, le moment est venu de transformer les réflexions engagées depuis plusieurs années en solutions concrètes.

« L’heure n’est plus à l’hésitation. L’heure, maintenant, est à l’action, à l’opérationnalisation de solutions », a déclaré le ministre de la Modernisation de l’Administration et de la Fonction publique.

Organisée par son département, en collaboration avec l’Agence nationale de digitalisation de l’État (ANDE) et avec l’appui du ministère de la Justice et des Droits de l’homme, cette rencontre vise à définir les bases d’un système de signature électronique sécurisé et reconnu par la loi en Guinée.

Faya François Bourouno mise sur l’expérimentation

Pour le ministre de la Modernisation de l’Administration et de la Fonction publique, l’idée de mettre en place la signature électronique n’est pas nouvelle. Il rappelle que des responsables ayant exercé avant lui avaient déjà envisagé cette évolution. Il estime toutefois qu’il faut désormais franchir une nouvelle étape en mettant les solutions proposées à l’épreuve du terrain.

Dans cette démarche, Faya François Bourouno considère que les éventuelles erreurs ne doivent pas constituer un obstacle à l’innovation. Il a notamment cité l’approche d’essai et de correction utilisée dans les pays anglo-saxons pour illustrer sa vision. « On n’aura jamais de voix très sûre qu’on fera des erreurs. Il ne faut pas qu’on ait peur des erreurs. Comme on le dit, les Anglo-Saxons ou les Américains, ils sont forts dans la méthode essai-erreur. Ils essaient tout ce qu’ils pensent, ils mettent en œuvre, sachant qu’ils vont commettre des erreurs, et puis après, ils reviennent pour rectifier, ils vont maintenant de manière beaucoup plus sûre. C’est ce que nous allons continuer à faire », a-t-il expliqué.

Le ministre a également précisé que les travaux de l’atelier constituent une étape technique. Les propositions issues des échanges seront ensuite soumises à l’appréciation des plus hautes autorités, afin de vérifier leur conformité avec les orientations politiques. « Les textes resteront les textes. L’évolution institutionnelle continuera aussi à connaître toute sa dynamique. La validation qui va être faite va être une validation technique à votre niveau, et nous porterons tous ces projets à l’appréciation aussi des plus hautes autorités, pour que nous nous assurions que on est en parfait alignement avec la vision politique », a-t-il souligné.

La Justice insiste sur la valeur légale des documents électroniques

Au-delà des aspects techniques, la mise en place de la signature électronique pose la question de la reconnaissance légale des documents signés de cette manière. Le garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’homme, a rappelé que la confiance dans ce dispositif dépendra notamment de la capacité des institutions et des juridictions à reconnaître la validité des actes électroniques. « Un document signé électroniquement n’a de valeur que si la loi lui reconnaît la même force probante que l’écrit sur papier, et si le juge de même peut s’appuyer sur lui en toute sécurité », a-t-il déclaré.

Pour le ministre de la Justice, le cadre réglementaire doit répondre à trois exigences principales : garantir la sécurité juridique des signatures, assurer la cohérence du système national et définir clairement les responsabilités des différents intervenants.

Il a notamment insisté sur la nécessité de déterminer les différents niveaux de signature, les conditions de validité des actes électroniques et les garanties accordées aux usagers. Il a également plaidé pour une chaîne de confiance nationale placée sous la conduite de l’ANDE, afin d’éviter la multiplication de systèmes incompatibles entre eux.

L’ANDE souligne l’importance de la confiance numérique

Pour François Mara, directeur général adjoint de l’Agence nationale de digitalisation de l’État (ANDE), la signature électronique constitue un pilier de la modernisation de l’administration guinéenne. Évoquant le programme Simandou 2040, il a insisté sur la nécessité de disposer de services publics efficaces et fiables. « Une telle ambition appelle une administration moderne, efficace et digne de confiance, capable d’accompagner les investisseurs, les entreprises et les citoyens. La confiance numérique que nous abordons aujourd’hui en est l’un des socles », a-t-il déclaré.

Daouda Kamissoko souligne les attentes des citoyens

Présidant la cérémonie d’ouverture au nom du Premier ministre, chef du Gouvernement, Amadou Oury Bah, le ministre, directeur de cabinet à la Primature, Dr Daouda Kamissoko, a rappelé que la transformation numérique représente un enjeu important pour le fonctionnement des services publics.

Selon lui, les citoyens et les entreprises attendent aujourd’hui des démarches administratives plus rapides, plus accessibles et plus transparentes. Il estime que l’administration doit s’adapter à ces exigences en simplifiant ses procédures et en tirant davantage profit des outils numériques. « Aujourd’hui, les attentes des citoyens et des entreprises sont de plus en plus fortes en matière de célérité, en matière de transparence, d’accessibilité, d’efficacité des services publics. L’administration doit donc évoluer en simplifiant ses procédures, en tirant pleinement profit des opportunités offertes par les technologies du numérique. C’est dans cette dynamique que s’inscrit la mise en place d’un dispositif fiable de signature électronique », a-t-il indiqué.

Pour Dr Daouda Kamissoko, l’enjeu dépasse la simple adoption d’une nouvelle technologie. La signature électronique doit contribuer à réduire les délais de traitement des dossiers, à sécuriser les échanges et à renforcer les relations de confiance entre l’administration, les entreprises et les citoyens.

Il a néanmoins rappelé que ces objectifs ne pourront être atteints sans des règles précises et des garanties solides. « Toutefois, pour que cet instrument produise les résultats attendus, son utilisation doit reposer sur un cadre juridique clair, un dispositif technique sécurisé et une gouvernance institutionnelle cohérente. La transformation numérique ne peut être durable que si elle s’accompagne de la sécurité, de la confiance et de garanties juridiques solides », a-t-il affirmé.

Plusieurs points à examiner avant la validation

Les travaux de l’atelier sont consacrés à l’examen des besoins des administrations en matière de signature électronique, d’authentification et de sécurisation des échanges. Les participants doivent également étudier les projets de textes réglementaires, la valeur juridique des signatures électroniques et les responsabilités des acteurs impliqués dans leur utilisation.

Des tables rondes et des séances d’échanges permettront de recueillir les observations des différentes parties prenantes, avec pour objectif d’améliorer les textes proposés et de s’assurer que le futur dispositif répond aux exigences techniques et juridiques.

À travers cette démarche, les autorités guinéennes entendent faire de la signature électronique un outil au service d’une administration plus accessible et plus efficace. Reste à consolider le cadre juridique et les mécanismes de sécurité nécessaires pour permettre son utilisation dans les procédures administratives.

Le message de Faya François Bourouno est clair : il faut désormais avancer, expérimenter les solutions proposées et les corriger lorsque cela est nécessaire, sans laisser la crainte de l’erreur freiner la modernisation de l’État.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com