Pour Amadou L. Bah, l’enjeu est de transformer les talents des jeunes en résultats concrets © Rédaction
Chômage, précarité, formations inadaptées : la jeunesse africaine est souvent décrite par ses difficultés. Pour Amadou L. Bah, CEO du CGLI, le vrai problème n’est pas le manque de talents, mais le manque d’opportunités. En Guinée, où 43 % de la population a moins de 15 ans selon l’INS, il plaide pour une jeunesse qui passe « de la réclamation à la proposition ».
Parier sur la jeunesse africaine, c’est investir dans l’avenir de notre continent. La jeunesse africaine est souvent présentée à travers ses difficultés : chômage, précarité, accès limité à l’emploi ou inadéquation entre certaines formations et les besoins du marché du travail. Pourtant, derrière ces défis se trouve une réalité que nous devons reconnaître : l’Afrique ne manque pas de talents. Elle doit surtout mieux valoriser les compétences de sa jeunesse et lui donner les moyens de les transformer en solutions concrètes.
Dans nos villes comme dans nos campagnes, des jeunes innovent, entreprennent, apprennent des métiers, développent des activités économiques et proposent des réponses aux problèmes de leurs communautés. Certains possèdent des diplômes universitaires, d’autres des compétences techniques, manuelles, numériques ou entrepreneuriales acquises par la pratique. Le véritable enjeu n’est donc pas uniquement de former les jeunes, mais aussi de créer les conditions leur permettant de mettre leurs compétences au service du développement.
Une jeunesse africaine riche en compétences mais sous-exploitée
Plusieurs facteurs permettent de comprendre le potentiel de la jeunesse africaine. D’abord, sa capacité d’adaptation. Dans des environnements économiques parfois difficiles, de nombreux jeunes apprennent à trouver des solutions, à s’adapter aux changements et à transformer les contraintes en possibilités.
Ensuite, son esprit d’initiative. L’entrepreneuriat, les activités artisanales, l’agriculture, le commerce et les nouveaux métiers du numérique témoignent de la volonté de nombreux jeunes de créer de la valeur, parfois avec des moyens limités.
Enfin, son accès croissant au savoir. Les outils numériques, les formations professionnelles, les échanges internationaux et les ressources éducatives en ligne offrent de nouvelles possibilités d’apprentissage et de perfectionnement. Cependant, il faut reconnaître que le talent ne suffit pas. Sans formation adaptée, financement, accompagnement, équipements et accès équitable aux opportunités, de nombreuses compétences risquent de rester inexploitées.
C’est pourquoi les États africains, les entreprises, les institutions de formation et les organisations de jeunesse doivent travailler ensemble pour faire du capital humain un véritable moteur de développement.
Guinée : 43 % de moins de 15 ans, un enjeu de développement
En Guinée, la jeunesse représente une force démographique et sociale majeure. Selon les résultats préliminaires du quatrième Recensement général de la population et de l’habitation, publiés le 25 février 2026 par l’Institut national de la statistique, la population guinéenne était estimée à 17 521 167 habitants en 2025, dont 43 % avaient moins de 15 ans. Source : Institut national de la statistique
Ces données soulignent l’importance stratégique de l’investissement dans l’éducation, la formation, l’emploi et l’entrepreneuriat. La jeunesse n’est pas simplement une catégorie de la population : elle constitue une composante essentielle de la capacité future de la Guinée à se développer.
Sous l’impulsion de la vision portée par Son Excellence Monsieur le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, les chantiers et les initiatives engagés dans différents secteurs ouvrent des perspectives auxquelles les jeunes aspirent à contribuer.
Simandou 2040 et le capital humain
La vision Simandou 2040, notamment, place les enjeux de transformation économique et de développement du capital humain au cœur des réflexions sur l’avenir du pays. Pour que cette ambition profite durablement à la population, il est essentiel que les jeunes puissent participer aux activités économiques qui en découlent, accéder aux formations nécessaires et saisir les opportunités créées.
L’ambition doit être claire : faire en sorte que les jeunes Guinéens ne soient pas seulement les bénéficiaires du développement national, mais aussi les acteurs de sa réalisation.
Formation et insertion des jeunes : les initiatives en cours
Plusieurs initiatives documentées permettent d’illustrer les efforts engagés en faveur de la formation et de l’insertion professionnelle des jeunes.
Le projet FAO de formation agricole
Le 18 juillet 2025, la FAO et le ministère guinéen chargé de la Jeunesse ont lancé à Conakry un projet pilote de formation qualifiante et d’insertion socioéconomique et professionnelle dans les domaines du conseil et du machinisme agricoles. Prévu sur deux ans, ce projet vise à renforcer les compétences et les possibilités d’insertion des jeunes dans le secteur agricole. Source : FAO, 19 juillet 2025
Cette initiative rappelle que l’agriculture ne doit pas être considérée uniquement comme une activité traditionnelle. Elle peut également devenir un espace d’innovation, de mécanisation, de création d’entreprises et d’emplois qualifiés.
Les centres Émergence Bambéto-Cosa et Sangoyah
Le ministère guinéen chargé de la Jeunesse présente les projets Émergence Bambéto-Cosa et Émergence Sangoyah comme des initiatives visant à développer des centres d’insertion socioprofessionnelle et de loisirs sportifs. Les équipements annoncés comprennent notamment des espaces d’entrepreneuriat, des lieux de prestation de services et des salles de réunion. Source : ministère de la Jeunesse et des Sports
Ce type d’initiative peut contribuer à rapprocher les jeunes de l’accompagnement, des services et des espaces nécessaires au développement de leurs projets. Son impact devra naturellement être apprécié à travers les résultats obtenus, notamment le nombre de jeunes formés, d’entreprises accompagnées et d’emplois effectivement créés.
La stratégie nationale pour l’emploi des jeunes
En septembre 2024, le ministère de la Jeunesse et des Sports a annoncé la validation d’une stratégie nationale consacrée à la promotion de l’emploi et de l’auto-emploi des jeunes. Cette orientation reconnaît notamment l’importance de l’entrepreneuriat et le rôle du secteur privé dans la création d’emplois. Source : ministère de la Jeunesse et des Sports, 12 septembre 2024
Ces exemples montrent que la question de la jeunesse doit être abordée de manière concrète : en développant les compétences, en facilitant l’accès à l’emploi et en permettant aux initiatives individuelles de devenir des activités économiques durables.
De la réclamation à la proposition
Au-delà des programmes et des infrastructures, une autre dimension mérite notre attention : l’état d’esprit.
La jeunesse guinéenne compte des femmes et des hommes qui veulent désormais participer davantage aux solutions proposées pour le développement de leur pays. À côté de ceux qui expriment leurs préoccupations et leurs revendications légitimes, d’autres choisissent de formuler des propositions, de développer des projets et de rechercher des moyens concrets de contribuer à l’intérêt général.
Cette attitude mérite d’être encouragée.
Il ne s’agit pas d’opposer la revendication à la proposition. Dans toute société, les citoyens doivent pouvoir exprimer leurs préoccupations et demander des comptes. Mais la proposition, le dialogue et l’initiative peuvent compléter cette démarche et permettre de faire avancer les choses.
Un jeune qui propose une solution ne renonce pas à ses droits : il démontre également sa volonté de contribuer à l’intérêt général.
C’est cette culture de la responsabilité, de l’initiative et du résultat que nous devons encourager.
Qu’il soit en Guinée ou à l’étranger, un jeune Guinéen doit pouvoir trouver un moyen de contribuer au développement de son pays. Il peut le faire par ses compétences professionnelles, son expérience, son entreprise, ses idées, ses investissements ou son engagement citoyen.
Nous saluons donc les initiatives qui permettent à cette volonté de se concrétiser et qui offrent aux jeunes des possibilités réelles de participer à la transformation nationale.
Nous exprimons également notre reconnaissance envers Son Excellence Monsieur le Président de la République pour l’attention accordée à la place de la jeunesse dans l’avenir du pays, tout en souhaitant que les opportunités continuent de se développer dans un esprit d’équité, de transparence et de valorisation du mérite.
Jeunes et aînés : un dialogue entre générations
Aucun développement durable ne peut se construire sans dialogue entre les générations.
Il convient ainsi de saluer l’esprit d’initiative de nos aînés qui ont accepté de comprendre les aspirations de la jeunesse, d’écouter ses propositions et de privilégier l’intérêt commun.
Leur contribution est essentielle. L’expérience des aînés et l’énergie des jeunes ne sont pas contradictoires : elles sont complémentaires.
Nos aînés disposent d’une expérience précieuse, d’une connaissance approfondie des réalités sociales et d’un savoir qui mérite d’être transmis. Les jeunes apportent leur dynamisme, leur créativité, leur maîtrise de nouveaux outils et leur volonté de faire évoluer les méthodes.
Lorsque ces deux générations travaillent ensemble, dans le respect et la confiance, elles créent les conditions d’une action plus efficace au service de la Nation.
Nous adressons donc nos sincères remerciements à toutes celles et à tous ceux qui ont compris que l’intérêt collectif doit primer sur les intérêts personnels ou les rivalités de générations.
La Guinée a besoin de cette solidarité, de cette ouverture d’esprit et de cette capacité à unir les compétences autour d’un objectif commun.
Des compétences aux résultats mesurables
Reconnaître les talents de la jeunesse est une première étape. La seconde consiste à leur permettre de produire des résultats mesurables.
Cela suppose de renforcer la qualité de l’éducation, de développer les formations techniques et professionnelles, de faciliter l’accès au financement, d’encourager les stages et l’apprentissage en entreprise, et de mieux rapprocher les formations des besoins du marché du travail.
Les politiques publiques doivent également permettre aux jeunes des zones rurales, aux jeunes femmes et aux personnes en situation de vulnérabilité d’accéder aux mêmes possibilités de formation et d’insertion.
De leur côté, les jeunes doivent poursuivre leurs efforts : se former continuellement, respecter leurs engagements, cultiver la discipline, développer leur sens des responsabilités et proposer des solutions réalistes.
La réussite collective dépend de cette rencontre entre les possibilités offertes par les institutions et la volonté des jeunes de les transformer en résultats.
Donner sa chance à un jeune ne signifie pas lui garantir la réussite sans effort. Cela signifie lui offrir les conditions nécessaires pour démontrer ses capacités et progresser selon ses compétences et son mérite.
C’est ainsi que nous pourrons passer d’une reconnaissance symbolique de la jeunesse à une valorisation réelle de son potentiel.
Conclusion : faire confiance à la jeunesse, c’est préparer l’avenir
La jeunesse africaine ne manque ni d’intelligence, ni de créativité, ni d’ambition. Elle possède des talents qui demandent à être reconnus, accompagnés et mis au service de l’intérêt général.
En Guinée, les initiatives de formation, d’insertion et d’entrepreneuriat constituent des pistes importantes pour mieux mobiliser ce potentiel. Les chantiers de développement ne pourront produire tous leurs effets que si les compétences nationales, et particulièrement celles des jeunes, sont associées à leur réalisation.
Nous saluons la vision et les initiatives qui ouvrent des perspectives à notre jeunesse, ainsi que l’engagement de toutes les personnes qui œuvrent pour transformer ses compétences en actions concrètes.
Nous adressons également nos remerciements à nos aînés qui ont choisi le dialogue, la compréhension et la primauté de l’intérêt commun.
À la jeunesse guinéenne, lançons un appel : continuons à apprendre, à proposer, à entreprendre et à construire.
À nos aînés, adressons un message : votre expérience est une richesse, et votre confiance peut devenir un puissant levier de transmission.
À nos institutions, rappelons une conviction : investir dans la jeunesse, c’est investir dans la souveraineté, la prospérité et la stabilité de la Nation.
L’Afrique de demain ne se construira pas uniquement avec ses ressources naturelles. Elle se construira surtout avec l’intelligence, le travail, la responsabilité et les compétences de ses filles et de ses fils.
Vive la jeunesse africaine !
Vive la jeunesse guinéenne !
Vive une Guinée où chaque talent peut trouver sa place et contribuer au progrès de tous.
Merci à toutes celles et à tous ceux qui font le choix de construire, de proposer et de servir l’intérêt commun.
Amadou L. BAH
Écrivain, Chercheur, Analyste & Consultant, CEO du CGLI.
contactamadoulamaranabah@gmail.com
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