Censure

VBG en Guinée : à Matam, MALAFF Guinée mobilise les communautés pour briser le silence

À Matam, derrière le silence des victimes de violences basées sur le genre se cachent des réalités alarmantes que MALAFF Guinée entend désormais mettre au grand jour.

Une causerie-débat autour des violences basées sur le genre (VBG) s’est tenue ce jeudi 29 octobre 2026 à la Maison de la culture de Touguiwondy, dans la commune de Matam, à Conakry. Cette rencontre a été organisée par la Maison de leadership et d’accompagnement des filles et des femmes de Guinée (MALAFF Guinée).

Placée sous le slogan « Nos voix, nos droits », cette campagne de sensibilisation vise à construire des solidarités croisées contre les discours anti-droits en Guinée. La rencontre a mobilisé une quarantaine de participants issus de différentes couches sociales de la commune.

« Nous avons organisé ce dialogue pour faire comprendre à la communauté que l’égalité des droits que nous réclamons ne signifie pas une égalité entre les hommes et les femmes, mais plutôt l’égalité des droits et des chances. Lorsqu’on dit aujourd’hui qu’un homme peut être ministre, il faut également comprendre qu’une femme peut accéder à cette fonction au même titre qu’un homme », a expliqué Odia Kourouma, responsable financière de MALAFF Guinée.

Poursuivant son intervention, elle a souligné que cette initiative vise également à prévenir les violences au sein des communautés et à apaiser les tensions, notamment dans les quartiers vulnérables.

« Il s’agit aussi de sensibiliser les communautés à la prévention des violences, car nous constatons souvent des situations de violence au sein des jeunes couples, particulièrement dans les zones vulnérables. Cette rencontre a réuni des hommes, des femmes, des jeunes filles, des jeunes femmes ainsi que des sages. L’objectif est que chacun puisse s’approprier le message et le relayer auprès de son entourage et de sa communauté afin qu’il soit largement diffusé », a-t-elle précisé.

À l’issue de cette causerie, Odia Kourouma affirme que les échanges avec les participants ont permis à son organisation de recueillir des informations préoccupantes sur certaines réalités vécues dans le quartier.

« À travers les interventions des participants, nous avons appris qu’il existe des cas de viol et de violences basées sur le genre dans ce quartier. Cependant, la communauté hésite à en parler, notamment par crainte pour sa sécurité et en raison du recours fréquent aux règlements à l’amiable.

Les jeunes filles, elles aussi, ont peur de dénoncer les violences qu’elles subissent. Lorsqu’une fille déclare avoir été violée, elle est parfois victime de jugements et de culpabilisation. On lui demande pourquoi elle était habillée de telle manière ou pourquoi elle s’est rendue auprès d’un homme. Ces réactions contribuent à décourager les dénonciations et empêchent les victimes de parler librement afin que des mesures de protection puissent être prises.

Nous avons également été informés de l’existence du phénomène de la traite des enfants dans cette communauté, avec une proportion que les participants ont estimée à 90 %. Ces échanges nous ont donc permis de recueillir des informations importantes sur cette problématique », a-t-elle fait savoir.

La responsable financière de MALAFF Guinée a par ailleurs annoncé que d’autres séries de causeries seront organisées dans certaines communes afin de poursuivre cette campagne de sensibilisation.

Parmi les participantes figurait Martine Sy, qui a salué l’initiative et les enseignements tirés de cette rencontre.

« Cette causerie a été particulièrement intéressante, car elle nous a permis d’apprendre beaucoup de choses sur des réalités auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui dans notre société. Dans certains milieux, les violences sont malheureusement tolérées, alors que cela n’est pas normal. J’ai notamment retenu que lorsqu’on est confronté à une situation de violence, il faut agir de manière réfléchie. Il faut chercher à aider la victime plutôt que de la juger, l’approcher, la conseiller et la sensibiliser afin de l’accompagner dans cette épreuve », a-t-elle déclaré.

À l’issue de la rencontre, Martine Sy s’est engagée à relayer les messages de sensibilisation auprès de son entourage. « Lorsque j’en aurai l’occasion, je sensibiliserai les membres de ma famille, mon entourage, les jeunes filles ainsi que les jeunes hommes que je rencontrerai. Je compte également les éduquer sur cette problématique. Les violences basées sur le genre peuvent toucher tout le monde. Face à une telle situation, il est donc important de réagir de manière consciente et responsable », a-t-elle conclu.

Bhoye Barry pour guinee7.com