Conakry- Un climat de tension règne au carrefour Wasa-Wasa d’Enta, dans la commune de Tombolia. Plus d’une centaine de vendeurs de bétail sont confrontés à une menace de déguerpissement de la part des autorités communales. Face à cette situation, ils demandent un délai supplémentaire pour poursuivre leurs activités jusqu’à l’ouverture du site de recasement annoncé à Sonfonia par le ministère de l’Élevage.
Le conflit entre les commerçants et la mairie de Tombolia a connu un nouvel épisode dans la nuit du mercredi 28 au jeudi 29 octobre 2026. Selon les vendeurs, des responsables communaux, accompagnés d’agents de la police communale et de conducteurs de motos-taxis, se sont présentés sur leur lieu de travail entre 3 et 4 heures du matin pour leur demander de libérer les lieux.

Une intervention que les commerçants disent avoir déjà subie à deux reprises. Wessou Kaba, vendeur de bétail, raconte les circonstances de cette nouvelle opération. « Hier nuit, aux environs de 3 ou 4 heures du matin, les vice-maires, la police communale ainsi que quelques conducteurs de motos-taxis ont débarqué sur notre lieu de vente pour nous empêcher de vendre notre bétail. Ils nous ont même demandé de quitter les lieux immédiatement. Ce n’est pas la première fois, c’est déjà la troisième fois que cela se produit », témoigne-t-il.
Le commerçant évoque également un précédent incident au cours duquel un agent communal aurait agressé l’un de leurs animaux, entraînant une réaction des vendeurs.
Face à ces interventions répétées, les commerçants expliquent avoir multiplié les démarches auprès des autorités communales, sans parvenir à trouver un compromis. Ils ont finalement sollicité l’intervention de leur ministère de tutelle, qui aurait engagé des discussions avec eux autour d’une solution de relogement.
D’après Wessou Kaba, le département de l’Élevage leur a annoncé l’aménagement d’un espace à Sonfonia destiné à accueillir les vendeurs de bétail de Conakry. Une initiative que les commerçants saluent, même s’ils restent dans l’attente de sa concrétisation. « Le ministère de l’Élevage, pour sa part, a fait beaucoup d’efforts pour nous, et cela mérite d’être salué. C’est ainsi qu’on nous a informés qu’un site était en cours d’aménagement à Sonfonia pour accueillir tous les vendeurs de bétail de Conakry. Mais nous ne savons pas quand ce site sera disponible. C’est donc ce que nous attendons », explique-t-il.
Le ministère aurait également envisagé la construction d’une boucherie moderne de 1 000 mètres carrés sur leur emplacement actuel, alors que celui-ci couvrirait moins de 500 mètres carrés. Une option qui, selon les commerçants, ne répondrait pas à leurs besoins.

Ils affirment avoir ainsi obtenu l’autorisation de rester provisoirement sur place jusqu’à la fin des travaux d’aménagement du site de Sonfonia. Mais cette disposition ne serait pas acceptée par les autorités communales, qui continueraient d’exiger leur départ. « Nous avons tenté à plusieurs reprises de négocier avec la commune, mais en vain. Finalement, le ministère nous a autorisés à rester ici en attendant la fin des travaux d’aménagement du site de Sonfonia. Mais la mairie exige catégoriquement notre départ. Nous demandons donc aux autorités de nous laisser poursuivre nos activités ici jusqu’à l’ouverture du site de Sonfonia. Même si ce site est disponible aujourd’hui ou demain, nous sommes prêts à partir », insiste Wessou Kaba.
La proposition d’un emplacement près des rails rejetée

Les vendeurs contestent par ailleurs une autre proposition qui consisterait à les installer provisoirement en bordure des rails. Ils estiment que cet espace est inadapté à leur activité et ne permet pas de prendre correctement soin des animaux. « L’endroit où l’on nous demande de nous installer se trouve en bordure des rails. Nous ne pouvons pas y exercer notre activité de vente ni même entretenir convenablement notre bétail, car il n’y a pas suffisamment d’espace. C’est pourquoi nous refusons cette proposition », ajoute le commerçant.
Au-delà de la question du relogement, les vendeurs mettent en avant les conséquences économiques d’un départ précipité. Selon Mohamed Bah, le site accueille depuis 1996 plusieurs catégories de travailleurs. Il estime à plus de 300 le nombre de personnes qui y exercent différentes activités. « Depuis 1996, nous sommes installés ici. Nous sommes les premiers habitants de cet endroit. Même la gendarmerie qui se trouve ici, c’est nous qui lui avons donné de l’espace. Nous sommes nombreux sur ce site, plus de 300 personnes. Même les jeunes qui ont terminé leurs études viennent travailler ici pour ne pas rester sans emploi. Chacun cherche à gagner sa vie », souligne-t-il.

S’il reconnaît les prérogatives des autorités communales, Mohamed Bah affirme que les commerçants ne cherchent pas à s’opposer à une décision de déguerpissement. Leur principale revendication porte sur l’obtention d’un délai jusqu’à la disponibilité du nouveau site. « Si la mairie décide que nous devons quitter les lieux, nous n’allons pas lui désobéir. Nul n’est habilité à affronter les autorités. Mais nous voulons demander pardon, pour l’amour de Dieu, aux autorités communales et à notre ministère de tutelle afin qu’ils nous permettent de rester ici provisoirement, en attendant l’achèvement des travaux d’aménagement du site de Sonfonia », plaide-t-il.
L’inquiétude est d’autant plus grande que plusieurs familles dépendent directement des revenus générés par ces activités. Pour Mohamed Bah, un déguerpissement sans solution de remplacement pourrait plonger de nombreux ménages dans une situation difficile. « Si vous nous faites partir d’ici, la plupart des pères de famille qui exercent cette activité pour nourrir leurs familles vont se retrouver sans emploi. Quand ils pensent à toutes les charges qui pèsent sur leurs épaules, notamment la scolarité des enfants et les dépenses familiales, la situation devient vraiment compliquée. C’est pourquoi nous demandons pardon aux autorités compétentes ainsi qu’au président de la République, Mamadi Doumbouya, de nous permettre de rester ici jusqu’à la fin des travaux du site de Sonfonia. Mais si l’on nous demande brusquement de quitter les lieux, où allons-nous aller ? », s’interroge-t-il.
La mairie évoque une occupation illégale, les vendeurs contestent
Pour connaître la position des autorités communales sur ce dossier, notre reporter s’est rendu à la mairie de Tombolia. Malgré les démarches effectuées, aucune réaction officielle n’a pu être recueillie.
Une personnalité interrogée hors micro soutient toutefois que les commerçants occuperaient illégalement cet espace et ne s’acquitteraient pas des taxes et redevances liées à leurs activités. Selon cette source, ces manquements, auxquels s’ajouteraient d’autres motifs, justifieraient leur départ, « de gré ou de force ».
Des accusations rejetées par les vendeurs de bétail. Ces derniers affirment détenir des documents justifiant, selon eux, la régularité de leur occupation du site, où ils exercent depuis trois décennies.
Pour l’heure, aucune issue définitive ne semble avoir été trouvée entre les deux parties. Les commerçants disent ne pas rejeter le principe de leur relocalisation, mais refusent de quitter leur emplacement sans garantie d’une solution adaptée.
Leur souhait est de pouvoir continuer à travailler au carrefour Wasa-Wasa d’Enta jusqu’à l’achèvement des aménagements et à l’ouverture effective du site de Sonfonia. Reste désormais à savoir si les autorités communales et le ministère de l’Élevage parviendront à s’accorder sur un délai permettant d’éviter une rupture brutale des activités de ces centaines de travailleurs.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
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