Conakry- Le projet de réhabilitation environnementale de la décharge de Dar-es-Salam a été officiellement lancé ce lundi 2 novembre 2026, lors d’une cérémonie présidée par le Premier ministre Amadou Oury Bah, au nom du président de la République, Mamadi Doumbouya. Financé intégralement par Winning International Group, le projet prévoit la fermeture écologique du site, la sécurisation du massif de déchets et son aménagement en parc urbain végétalisé. Une minute de silence a été observée à la mémoire des victimes de l’éboulement du 23 août dernier, qui a fait 36 morts.

La cérémonie a réuni plusieurs membres du gouvernement, des autorités administratives et locales ainsi que des représentants du secteur privé. Elle marque le début d’une nouvelle étape pour ce site qui, pendant plusieurs décennies, a constitué une préoccupation majeure pour les populations riveraines en raison des risques environnementaux et sanitaires liés à son exploitation.

Prenant la parole au nom des habitants de Gbessia, le maire Mohamed Saliou Fofana a salué le lancement de cette initiative, tout en rappelant les conséquences de la présence de cette décharge sur les communautés environnantes. « La décharge de Dar-es-Salam constitue depuis de nombreuses années une préoccupation majeure pour les populations riveraines et pour les autorités locales. Les conséquences environnementales, sanitaires et sociales liées à son exploitation ont profondément affecté les conditions de vie des communautés environnantes », a-t-il déclaré.
Pour l’autorité communale, cette opération représente « une étape importante vers la restauration de notre environnement et l’amélioration durable du cadre de vie de nos concitoyens ».
Il a également réaffirmé la disponibilité de la commune à accompagner les autorités dans la réalisation du projet. « Je réaffirme ma disponibilité à accompagner cette initiative gouvernementale en facilitant la collaboration entre les services techniques, les autorités administratives, les acteurs de l’assainissement et les communautés concernées », a-t-il assuré.

Le maire a toutefois insisté sur la nécessité de ne pas oublier les populations qui ont longtemps vécu avec les conséquences de l’exploitation du site. « Je souhaite que cette opération soit accompagnée de mesures adaptées en faveur des communautés riveraines, notamment en matière de protection sanitaire, de préservation de l’environnement et de l’amélioration de leurs conditions de vie », a-t-il plaidé.

La gouverneure de la ville de Conakry, M’Mahawa Sylla, a, de son côté, commencé son intervention par un message de compassion à l’endroit des familles touchées par les drames survenus sur le site. « Permettez-moi tout d’abord d’adresser au nom des populations de Conakry et en mon nom propre nos condoléances les plus attristées à toutes les familles endeuillées, au personnel, aux personnes sinistrées et celles qui ont été affectées par les drames de Dar-Es-Salam », a-t-elle déclaré.
Elle a ensuite salué la décision de réhabiliter ce site, qu’elle considère comme une réponse aux difficultés rencontrées depuis plusieurs années par les riverains. .« La réhabilitation de ce site emblématique de Dar-Es-Salam prouve à suffisance le souci mais aussi l’intérêt particulier que le gouvernement accorde au bien-être et au cadre de vie des citoyens », a-t-elle souligné.
La gouverneure a également exprimé sa reconnaissance aux habitants de la zone pour leur patience face à cette situation. Elle a notamment remercié « les braves populations de Dar-Es-Salam et environnante pour leur résilience ».
Winning International Group annonce un financement intégral

L’une des annonces majeures de cette cérémonie est venue du président-directeur général de Winning International Group, Sun Xiushun. Il a confirmé l’engagement de son entreprise à financer entièrement le projet et à en faire don au peuple guinéen.
Avant d’évoquer les travaux, le responsable du groupe a rendu hommage aux victimes de l’éboulement survenu en août dernier. « Tout d’abord, permettez-moi de rendre un hommage ému aux victimes du tragique éboulement survenu en août dernier sur cette décharge, et d’adresser mes sincères condoléances à leurs familles. Cette tragédie nous a profondément touchés. Elle nous rappelle combien il est urgent d’améliorer notre environnement et de protéger la vie et la sécurité des populations », a-t-il déclaré.

Sun Xiushun a ensuite rappelé l’ampleur des déchets accumulés sur le site et les difficultés auxquelles les populations riveraines sont confrontées depuis des années. « Dar-es-Salam signifie « maison de la paix ». Quel beau nom porteur d’espoir ! Pourtant, au fil des années, quelque 7,2 millions de tonnes de déchets se sont accumulés ici. La pollution et les risques pour la sécurité pèsent depuis longtemps sur la vie des communautés riveraines », a-t-il fait remarquer.
Présent en Guinée depuis 12 ans, Winning International Group entend, selon son président, apporter sa contribution à la transformation de cet espace. « Winning International Group est implanté en Guinée depuis 12 ans. Nous sommes profondément attachés à cette terre et à son peuple. Face à l’appel du chef de l’État, nous avons senti qu’il était de notre devoir d’agir. C’est pourquoi Winning a décidé de financer intégralement ce projet et d’en faire don au peuple guinéen », a-t-il annoncé.
Le responsable a également précisé la destination future du site. « Nous nous engageons à respecter les normes internationales en matière d’ingénierie et de protection de l’environnement, afin de transformer progressivement ce site en un parc urbain verdoyant afin qu’il devienne véritablement un lieu de verdure, de vie et d’espoir », a-t-il indiqué.
Pour lui, la contribution d’une entreprise ne doit pas uniquement se mesurer à ses résultats économiques. « Nous avons toujours été convaincus que la valeur d’une entreprise ne se mesure pas seulement à la richesse qu’elle crée, elle se mesure aussi à sa capacité à améliorer la vie des populations et à rendre meilleure cette terre qui nous accueille », a-t-il soutenu.
Plusieurs interventions techniques prévues pour sécuriser le site

Dans son discours, le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, a insisté sur la dimension humaine et environnementale de cette opération. Il a d’abord rappelé le bilan du drame survenu le 23 août dernier. « Le 23 août dernier, un terrible éboulement survenu sur cette décharge a coûté la vie à 36 personnes, parmi lesquelles des ressortissants de la République sœur de Sierra Leone. Des familles ont été endeuillées, des habitations détruites, des vies bouleversées », a-t-il rappelé.
Le ministre a ensuite présenté les données relatives à l’ampleur de la décharge et à ses conséquences sur l’environnement. « Pendant près de trois décennies, sur plus de 280 mètres carrés, se sont accumulés ici plus de 9 millions de mètres cubes de déchets, soit environ 7,2 millions de tonnes », a-t-il expliqué.
Il a également évoqué les émissions de gaz et les risques de pollution liés à l’exploitation du site. « Ces sites ont rejeté dans l’atmosphère quelques 250 000 tonnes de méthane, l’équivalent de 6 millions de tonnes de CO2, tandis que ces jus qui percolaient sans traitement vers le sol de la nappe phréatique et malheureusement le littoral », a-t-il déclaré.
Selon les estimations présentées par le ministre, entre 150 000 et 250 000 personnes auraient vécu quotidiennement à moins de deux kilomètres de la décharge. « Les fumées, les incendies, les gaz du massif, les mouches et les rongeurs ont laissé leur marque dans ce quartier », a-t-il indiqué, avant d’évoquer les problèmes de santé auxquels les populations ont été exposées.
Aboubacar Camara a ainsi salué la décision de fermer le site, estimant que celle-ci représente un tournant dans la politique d’assainissement de la capitale. « Oui, monsieur le Premier ministre, en décidant la fermeture de ce site, le président de la République vient d’éteindre une catastrophe écologique, sanitaire et environnementale dont nulle ne pourra jamais mesurer l’ampleur silencieuse », a-t-il affirmé.
Sur le plan technique, le ministre a précisé que le projet prévoit plusieurs interventions pour sécuriser durablement la zone. « Le projet dont nous lançons aujourd’hui les travaux prévoit la fermeture de 280 000 mètres carrés dans cette décharge, la stabilisation du massif, la couverture étanche et un système de drainage, mieux, le captage et le traitement des gaz. Ces interventions réduiront durablement les risques d’éboulement, d’incendie et de nouvelle pollution », a-t-il détaillé.
Au-delà de la fermeture écologique, le projet prévoit l’aménagement d’un parc urbain végétalisé ouvert au public. Une perspective que le ministre a évoquée en imaginant les futures activités des habitants sur le site : « Pour la première fois, le Conakryka pourra dire à sa famille un weekend : « Allons nous promener et prendre de l’air au parc de Dar-es-Salam ». »
Toutefois, Aboubacar Camara estime que la réhabilitation de cette décharge ne suffira pas à résoudre, à elle seule, le problème de l’insalubrité dans le pays. Il appelle notamment à la mise en place d’un mécanisme de financement durable pour toute la chaîne de gestion des déchets. « Pour en sortir définitivement, il nous faut un mécanisme de financement pérenne, car la précollecte, la collecte, le transport, le tri et la valorisation des déchets forment une chaîne continue dont chaque maillon a un coût permanent, et que malheureusement le budget national ne peut porter seul », a-t-il expliqué.
Amadou Oury Bah annonce un suivi personnel des travaux

Intervenant au nom du président de la République, le Premier ministre Amadou Oury Bah a rappelé que cette opération s’inscrit dans la vision de développement portée par le programme Simandou 2040. Il a notamment insisté sur la nécessité de faire de la santé et du bien-être des populations des priorités de la modernisation du pays. « La modernisation de la Guinée doit améliorer les conditions d’existence de nos concitoyens. La santé et le bien-être commencent aussi par un quartier salubre, un habitat protégé et des services publics réguliers. La même exigence de protection doit valoir pour tous, quelle que soit la condition sociale », a-t-il déclaré.
Pour le chef du gouvernement, la transformation de Dar-es-Salam doit également s’accompagner d’une meilleure organisation de la gestion des déchets dans la capitale. « La transformation de Dar Salam engage l’organisation de Conakry dans son ensemble. Elle exige une continuité dans la collecte, le transport et le traitement des déchets avec des installations qui protègent les communautés riveraines », a-t-il souligné.
Amadou Oury Bah a par ailleurs salué l’engagement financier de Winning International Group et de son président, Sun Xiushun. « Je remercie Winning International Group et son président monsieur Sun pour leur engagement à financer et à réaliser ce projet. Cette contribution accompagne une priorité du chef de l’État. La qualité des travaux et leur utilité durable pour les populations donneront à ce partenariat toute sa valeur », a-t-il indiqué.
Le Premier ministre a également annoncé que l’exécution du chantier fera l’objet d’un suivi particulier de la part des autorités gouvernementales. « En collaboration avec monsieur Ousmane Doumbouya, le conseiller du président de la République, les ministres de l’Assainissement, je suivrai personnellement l’exécution de ce projet. L’État exercera pleinement ses responsabilités de contrôle », a-t-il assuré.
Il a insisté sur la nécessité de maîtriser les risques liés à la stabilité du site, aux eaux polluées et aux émissions de gaz, tout en garantissant la protection des travailleurs et des riverains.
S’adressant directement aux habitants de Dar-es-Salam et des quartiers environnants, le chef du gouvernement a demandé que leurs préoccupations soient prises en compte tout au long du processus. « Vous devez être régulièrement informés et pouvoir faire entendre vos préoccupations. Les familles dont le logement ou les moyens d’existence sont affectés par les mesures de protection appellent bien entendu un accompagnement adapté que le gouvernement de la République de Guinée assumera », a-t-il promis.
Pour le Premier ministre, l’objectif final est de permettre aux générations futures de profiter d’un environnement sécurisé. « Les enfants de Dar Salam doivent pouvoir grandir en connaissant l’histoire de ce lieu sans en subir à leur tour les dangers », a-t-il déclaré.
Avant de procéder au lancement officiel des travaux au nom du chef de l’État, Amadou Oury Bah a rappelé la vision qui sous-tend cette initiative. « Le vœu du président de la République Mamadi Doumbouya, c’est de transformer cette plaie béante qui a endeuillé pendant des décennies plusieurs familles guinéennes en un espace de vie, de convivialité, de loisirs, d’espoir et de meilleure santé. »
Il a ensuite officiellement déclaré lancé le projet de réhabilitation environnementale de la décharge de Dar-es-Salam.
Au-delà de cette cérémonie, les attentes des populations restent désormais tournées vers la réalisation effective des travaux, la sécurisation du site et la concrétisation de la promesse d’un parc urbain accessible aux habitants de Conakry.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
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