Attention ! Ne faisons pas comme si la Guinée est en train de naitre ! Dans notre approche de la transition, souvenons-nous de ce qu’a dit l’ancien président, Alpha Condé, fraichement arrivé au pouvoir :

« J’ai hérité d’un pays, et non d’un Etat » !

C’était en 2010. En s’exprimant ainsi, le Président A. Condé a fait un constat, fixé un cap et pointé un horizon pour une Guinée dotée d’un véritable Etat.

On peut dire qu’il s’agissait également d’un message fort, un message d’espoir, annonciateur de changement. En tous cas ce message nous laisse un souvenir encore frais et qui pourrait nous servir en ce moment crucial d’une transition qui prend forme.

En 2010, doter la Guinée d’un Etat était l’idéal d’un homme politique fraichement arrivé au pouvoir, certainement convaincu que l’ambition, la volonté, l’engagement et le courage pourraient suffire pour réaliser un tel idéal. Hélas ! (Alors, attention !)

Une interprétation de ce propos du Président A. Condé pourrait être présentée ainsi : Il n’y a pas d’Etat en Guinée ; moi Alpha Condé, je vais lui en donner un ; j’ai la volonté de le faire, et je peux le faire. Oui, on peut le dire, car, la gestion du pouvoir politique dépend de l’idée que le détenteur du pouvoir se fait du pouvoir. Soit !  Sauf que la pratique du pouvoir,  qui suppose aussi la gestion des hommes, la gestion des ressources et des contingences de l’histoire, est toujours là pour nous désillusionner de notre perception du pouvoir et du monde. (Alors, attention !)

A une réflexion près, ce message du président A. Condé, en 2010 annonçait à la fois la fin d’une Guinée sans Etat, et le début d’une autre Guinée, dotée d’un véritable Etat. A présent, de 2010 au 5 septembre où en sommes-nous à propos de l’Etat en Guinée ? Une question d’histoire qui devra constituer pour les guinéens la mesure du temps.

En tous cas, ignorer que la question de l’Etat est primordiale à la démocratie, serait pour le nouveau pouvoir, le premier pas vers l’échec de la transition.

C’est pourquoi la transition que nous amorçons avec les nouvelles autorités doit nous amener à marquer une pause pour penser notre Etat. En fait, au fond, nous traversons une crise de pensée. Une telle crise n’est pas toujours perceptible parce qu’elle s’empare d’une société où la stabilité sociale est tenue, moins par le droit, la justice sociale ou l’intégration sociale, que par une résignation intelligente et prudente des « sans voix », inspirée par la peur de la mort ou de la prison. Cette forme de crise est plus sérieuse parce qu’elle est moins apparente, moins manifeste parce que plus imperceptible. (Alors, attention !)

Younoussa Camara, alias Tonton You, professeur de sociologie politique

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