Nouhou Badiar Diallo

 

Prenant acte des appels à l’unité des forces vives lancés par l’opposition Républicaine, je réaffirme mon adhésion totale et inébranlable à ces appels.

Saluant le rapprochement actuellement en cours entre la société politique et la société civile en Guinée, je tiens cependant à mettre en garde les acteurs de ce rapprochement contre toute attitude de naïveté qui consisterait, comme cela a souvent été le cas, à se mettre, une fois de trop, en position de mendiant de la démocratie. Le peuple ne doit jamais mendier la démocratie. Il doit l’arracher, voir l’imposer, par tous les moyens. Je met également en garde ces mêmes acteurs contre toute attitude qui consisterait à continuer à commettre l’erreur d’exclure la diaspora guinéenne du débat politique national. Je pense que le principe d’unité des forces vives de la nation doit s’appuyer sur une synergie de toutes ces forces où qu’elles se trouvent.

En outre, je rappelle ici haut et fort qu’unir la société politique et la société civile autour d’un projet d’élections transparentes et crédibles en Guinée, à commencer par l’élection locale actuellement renvoyée de manière unilatérale et frauduleuse par le régime de Condé, supposerait, comme je l’espère, que tout le monde ait désormais compris que le changement que les Guinéens souhaitent de toutes leurs forces ne viendra ni par les urnes ni par la bonne volonté d’Alpha Condé, et encore moins par un miracle. A ce titre, il est indispensable que tout le monde tienne vis-à-vis des Guinéens un discours clair et honnête qui ne laissât plus aucune ambiguïté sur les intentions des partisans du changement aujourd’hui en voie d’unification.

Autrement dit, la clarté du discours que doit tenir l’opposition doit exiger que tout le monde, parlant de la même voix, adopte un langage ferme qui mettrait en avant les impératifs suivants :

– Il ne s’agit plus de dialoguer une énième fois avec Alpha Condé ou de faire des doléances maintes fois ressassées: cela fait quatre (4) ans que les Guinéens parlementent et qu’Alpha Condé, accords après accords, roule dans la farine des générations entières de Guinéens de tous bords qui ont cru qu’il était autre chose qu’un imposteur au pouvoir ; le temps est venu de dire clairement à cet imposteur, « On ne parle plus, on casse ».

– Il ne s’agit plus de dissimuler la réalité à laquelle les Guinéens doivent faire face derrière des discours vagues comme « trop c’est trop » ou autres formules sans sens. Qu’est-ce qui est trop ? Il ne faut pas se tromper d’ennemi et il ne faut plus avoir peur de désigner clairement les ennemis du peuple. L’origine du mal guinéens c’est Alpha Condé. Il faut donc clairement dire aux Guinéens que rien de bon ne peut se passer en Guinée tant qu’un Alpha Condé sera au pouvoir. Pour que la Guinée change et s’évite dix ans de condéisme negatif et raciste, donc, Alpha Condé et ses affidés doivent partir. Il me semble que quand un despote devenue président par magouille  se permet de défier son peuple, puis par la suite répudie le consensus de la classe politique, vouloir tenir des élections frauduleuses, et enfin, profiter de l’intercession parlementaire pour changer, par magouille et sans débat, la loi électorale de la nation, il faut se rendre à l’évidence : la bataille actuelle est avant tout une bataille de souveraineté du peuple, et contre la mauvaise gouvernance d’Alpha Condé.

– Il ne s’agit plus de laisser les Guinéens deviner péniblement les intentions des leaders de nos classes politiques et civiles ou de se cacher derrière des discours supposés « responsables »: l’insurrection doit être, aujourd’hui, la visée la plus explicite et la plus urgente de toute la nation. Aucun Guinéen ne doit plus, au jour d’aujourd’hui, rester dans le flou, les mots d’ordre doivent être clairs et les intentions publiquement affichées. Si le but est d’empêcher les élections locales et d’imposer la présidentielle, il faut dès maintenant y préparer les Guinéens et dire avec eux, sans ambages, que : « Ce que décide Alpha Condé, on s’en fout désormais. Les élections locales d’abord. Un point c’est tout. »

– Il ne s’agit plus de mettre en place des coalitions visant à la promotion des individus. Il s’agit de nationaliser le combat au-delà des hommes et d’affirmer l’impératif d’un changement immédiat basé sur des objectifs communs, le premier étant de mettre hors d’état de nuire Monsieur Alpha Condé, le second étant d’instaurer en Guinée les principes de transparence qui mèneraient rapidement et immédiatement à des élections locales propres par lesquelles les Guinéens auraient enfin le loisir d’élire librement les leaders de leur choix ; pour cela, la Coalition à mettre en place doit clairement signifier son objet. Combattre une dictature est avant tout une lutte pour la vie ou la mort. L’état d’esprit doit être celui de la lutte car le régime en place ne fera de cadeau à personne. Pourquoi le ménager à notre tour ?

– Il ne s’agit plus de confondre la Guinée avec une démocratie ni même pour les associations et syndicats d’avoir peur de politiser leur discours. Si tout le monde est désormais d’accord avec moi que le changement ne peut venir en Guinée ni par les urnes ni par la bonne volonté de Monsieur Alpha Condé, alors il est impératif de sortir des attitudes légalistes et faussement républicaines qui ont tendance, en Guinée, à saper puis détruire tout effort insurrectionnel. Dès lors que les lois guinéennes instituées par Monsieur Alpha Condé ont été façonnées à la mesure de l’incapacité de celui-ci à gagner une élection transparente en Guinée, il est impératif que tout le monde dise clairement que les lois guinéennes actuelles sont caduques et, en tant que citoyens libres et souverains, les Guinéens ne sont plus prêts à les respecter. L’objectif est la chute de Monsieur Alpha Condé. Ne tergiversons plus.

Pour sa part, l’opposition Républicaine doit se dire prête à travailler, dans le cadre d’une vaste coalition des forces radicales nationales, à la mise en place des stratégies à même de causer, immédiatement, la plus grande crise politique de l’histoire de la Guinée. Aucun groupe ne peut y arriver tout seul. Ce combat va demander l’engagement de toute la nation. L’opposition Républicaine doit donc en appeler à une synergie immédiate et urgente de toutes les forces du changement en Guinée comme dans la diaspora en vue de la mise en place, d’un Commandement Suprême, dont la fonction sera, dès lors, d’élaborer un plan insurrectionnel visant à la chute immédiate Monsieur Alpha Condé.

La langue de bois doit donc cesser. Le peuple doit montrer à Monsieur Alpha Condé qui est plus bandit que qui. Si l’unité des forces du changement que les uns et les autres souhaitent est une démarche sincère, réaliste et déterminée, il ne faut plus faire de l’insurrection un secret. Les Guinéens sont tous d’accord qu’aucune élection ne doit se tenir sans une transparance totale. Ils veulent aussi que les élections ne se tiennent qu’après des réformes profondes qui déferaient le chiffon à la mesure de la petitesse de la CENI qui sert actuellement de boite à magouilles en Guinée.

Le peuple et la classe politique doivent aussi savoir qu’il y a, dans toute dictature, des signes qui ne trompent pas : Quand un despote se sent obligé de contorsionner la loi aux fins de s’assurer des victoires trafiquées, c’est qu’il ne se sent pas bien assis ni stable dans son pouvoir. La décision anti-démocratique de la CENI de cette année 2015 est un aveu de Monsieur Alpha Condé que son pouvoir est fragile. (…)

Nouhou Badiar Diallo