L’accueil du chef de l’Etat fut triomphal lors de son retour au bercail vendredi dernier.  La mobilisation avait une allure festive, et l’on se croirait à une campagne électorale. La mouvance avait mis les petits plats dans les grands pour la réussite de cet événement qu’elle a voulu grandiose, au lendemain d’une manifestation qui, elle, dénonçait les « dérives » du régime.

Une fois au palais  Sékhoutoureya, Alpha Condé a salué la mobilisation de la foule, et regretté que l’avion à bord duquel est revenu, un régulier de la compagnie Air France ait pris du retard. « Malgré cela, les gens étaient dans la rue jusqu’à 21 heures. Le peuple a répondu et nous verrons bien quelle est la volonté populaire. Et le peuple a déjà fait une première démonstration de sa volonté populaire », a-t-il déclaré sur les antennes des médias d’état.  Dans la foulée, le chef de l’Etat a dit : « nous savons dans quelle situation se trouvait ce pays. Et les gens savent qui a fait quoi. Donc moi je fais confiance au peuple de Guinée. En tout cas, je suis très fier du peuple de Guinée de s’être mobilisé dans la discipline, dans l’ordre pour montrer qu’il ne peut pas se laisser manipuler», a-t-il conclu.

Ces propos du président de la République sonnent comme une défiance vis-à-vis de l’opposition. D’ailleurs cette grande mobilisation est un message  « fort » que la mouvance présidentielle a tenu à envoyer  à cette opposition, à qui elle semble dire que le président dispose encore d’un fort soutien des populations de la capitale voire au-delà.

Dans une guéguerre qui se fait sur fond de  surenchère politique, le chef de l’Etat ne rate aucune occasion pour tancer les opposants. Ainsi dans un entretien accordé au journal Le Monde, lors de son escale à Paris, en provenance de Washington, Alpha Condé a déclaré : « les opposants en Guinée n’ont pour programme que de jeter des pierres et de casser. Ils ont été très clairs en disant qu’ils allaient manifester jusqu’au renversement du pouvoir. Leur objectif est de créer le chaos, d’avoir beaucoup de morts pour arriver à une crise grave et au final un coup d’état militaire. Moi, je me suis battu pendant quarante ans pour la démocratie, je vais tout faire pour qu’elle continue, je ne vais pas frauder, mais la liberté de manifester doit aller avec la protection de la vie et des biens des citoyens. »

Sur les tirs à balle réelle sur les manifestants, Alpha Condé nie tout en bloc. Et répond en ces termes « aucun manifestant n’a été tué par balle. Au contraire, ce sont les gendarmes qui ont été blessés par des tirs. La Guinée a connu un long passé dictatorial, j’ai fait des réformes mais ce n’est pas du jour au lendemain que l’on va changer les mentalités. On voudrait que je fasse de mon pays la Suède en quatre ans mais comment voulez-vous qu’un policier ou un gendarme qui a été habitué pendant vingt ans à taper change comme cela ? Il peut y avoir des bavures mais je fais tout pour qu’ils sortent sans fusil et qu’ils aient des grenades lacrymogènes », a-t-il souligné.

Ces différentes sorties du président semblent plutôt conforter l’opposition dans sa position, pour ce qui est de la main mise de l’exécutif sur la Ceni, qu’elle ne cesse de dénoncer. Pour elle,  Alpha Condé est celui qui a fixé la date du  11 octobre, et que Bakary Fofana et son institution n’ont fait que suivre la consigne présidentielle.

Et rien ne semble indiquer que cette posture adoptée par  Alpha Condé, pourrait changer à l’issue d’un quelconque dialogue. Certains faucons de la mouvance, comme Amadou Damaro Camara disent d’ailleurs que la présidentielle aura lieu avec ou sans l’opposition. Cela voudrait tout  dire…

Aliou Sow (L’Indépendant)

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