Ils fourmillent dans les cours royales depuis l’aube des temps, les uns tapis dans l’ombre et les autres fort attachés à s’auréoler de l’image ennoblissante du chef. C’est même en référence à leur permanence et, aussi à leur penchant démolisseur qu’on pût dire des premiers qu’ils étaient des rats de palais. Ils entretiennent ainsi depuis des lustres les humeurs de dirigeants, des plus phraseurs aux plus muets.

Ils étaient là, ils sont là toujours ! C’est avec eux qu’Hitler entreprit follement de faire la guerre au monde, c’est aussi le cas pour le scandale du Watergate qui n’emporta pas que le Président Nixon. En effet, ces recrues de l’ombre ont mandat de s’occuper des affaires de voisinage du Roi et interviennent notamment pour ajuster son attitude aux diverses ondes projetées par ses vassaux. Ils disent au souverain qui il doit aimer et à qui il doit faire porter son courroux, ils détiennent la clé des communications du chef ; bref, ils doivent écouter toujours ou faire semblant, rapporter inlassablement puisque tout gouvernant raffole d’entendre ce qui se trame autour de lui.

Vous me direz que cet épilogue est entièrement déconnecté de l’actualité, mais assurez-vous, maints de nos problèmes partent de ces conseillers au rôle insaisissable.

Sékoutouréyah compte aussi ses démolisseurs, et l’on en parle parce que ces rongeurs ont choisi le jackpot, le foyer du pouvoir guinéen. Il ne s’agit donc plus seulement d’une vulgaire poutre à désagréger, mais de murs et de bois remplis d’histoire. Disons donc à ce point qu’un rat à Sékoutouréyah est un rongeur qui s’attaque à un symbole national.

Là, près du Président de la République, ils exercent avec fourberie. Ils s’emploient à s’exprimer d’une langue cauteleuse, puisqu’outre l’obligation de résultats qui leur colle, ils doivent toujours plaire sans pour autant se révéler complaisants.

Et c’est à ce jeu qu’on fit de Sékou Touré le tyran dont parle le monde moderne. C’est à ces manèges que Lansana Conté passa du protecteur au détrousseur, dit-on, de son propre peuple. Moussa Dadis Camara suivit naïvement leur happeau avant d’en tomber de haut. C’est la même bassesse, le même traquenard depuis bientôt quatre ans. Alpha Condé s’y est déjà fait prendre et sans une once de chance, il court droit au même échec.

Monsieur le Président, le feu vous est déjà au menton et vous avez grand intérêt à écouter ces mots. A dire vrai, les carottes, les vôtres sont déjà cuites, mais avec un peu d’humilité vous pourriez encore sauver la face. Votre gouvernement de proximité, cette kyrielle de conseillers qui enlèvent leurs prérogatives aux autres vous casseront infailliblement la baraque.

Ils ménagent leurs signatures quand cela ne profite pas à leurs poches, ils font toujours dans la délation pour assurer leurs arrières, Monsieur le Président, ils vivent de votre peuple qui, lui, se meurt tristement. Vos populations les ont dans l’os et s’étonnent qu’avec vous les guinéens vivent le pire de leur malaise. Eux se livrent à leur combat de clans alors que le peuple flétrit de faim et de soif. Monsieur le Président, ça s’appelle déception !

Il vous est temps d’agir. Il vous est temps de bouleverser. Mieux que quiconque avant vous, vous aviez vos chances de réussir le pari de remettre la machine de l’Etat en marche. Mais avec vous, les lenteurs administratives se caractérisent, les pots de vin foisonnent ça et là, c’est plus que jamais l’ère d’un lobbying noir où chacun donne primauté à ses intérêts, ils vous englueront d’avantage et vous savez vous-même où cela vous mènera.

L’aveugle n’a peut-être pas d’yeux, mais ses grandes oreilles savent parfaitement entendre sagesse. Faites autant, Monsieur le Président.

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