Sur l’ensemble de ses prestations au premier tour, le Syli national de Guinée, classé premier parmi les meilleurs troisièmes, foulera la pelouse du Stade du 30 Juin du Caire, en position d’outsider. L’adversaire du jour, l’Algérie, qui a fait un carton plein entretemps, avec trois victoires en autant de rencontres, est perçue par la quasi-totalité des observateurs comme l’un des grandes favorites du tournoi. Mais la Guinée peut surprendre tout le monde pour plusieurs raisons…

Jouer en équipe et concentré

Les matches se suivent mais ne se ressemblent pas. L’Algérie, version 2019, a joué le « grand match » de son tournoi contre le Sénégal de Sadio Mané, mais en regardant de près leur prestation, ils ont plutôt profité non seulement des mauvais choix tactiques d’Aliou Cissé, le coach des Lions mais également d’un arbitrage qui n’a pas tout le temps été impartial (penalty refusé à Mané, carton rouge oublié contre un de leurs défenseurs centraux sur une faute grossière). Toutefois, dans l’ensemble, ils ont gagné à l’engagement et en harcelant constamment la première relance sénégalaise. Cela a ouvert des hésitations et des brèches dans le bloc d’en face ce qui a facilité le but sur un contre intelligemment joué. Le Syli de Guinée doit éviter de se faire piéger dans un match où l’entraîneur de l’équipe adverse a commencé à faire de l’intox, avec des déclarations tapageuses. Djamel Belmadi a dit qu’il prenait « au sérieux » l’équipe de Guinée, comme si quelque part dans son subconscient, les joueurs de son équipe étaient intrinsèquement supérieurs à ceux de la Guinée.  C’est un constat très exagéré (et très prétentieux) et le Syli doit rejeter violemment cette idée qui est une manière de chercher à prendre une sorte d’ascendant psychologique. Les joueurs algériens, tout au moins chez les titulaires, hormis Ryad Marhez (Manchester City, Angleterre), Sofiane Feghouli (Galatasaray, Turquie) et la belle surprise Baghdad Bounedjah (Al Sadd, Qatar), sont des joueurs moyens qui se fondent dans la masse des équipes de premières ou des divisions inférieures à travers le monde. En revanche, ce qui fait leur force dans ce tournoi, c’est cette volonté de jouer ensemble, avec une solidarité impressionnante.

Ma première préoccupation est de voir le onze de départ du Syli. D’abord la défense. Si l’entraîneur Paul Put aligne une défense équilibrée, concentrée sur toutes les phases de jeu, avec de l’impact et une réelle volonté de jouer en équipe, l’Algérie aura du souci à se faire. Son point fort est l’attaquant de pointe Bounedjah. Habile balle aux pieds, à la fois rapide et puissant, très intelligent dans son placement, il a toutefois bénéficié d’un traitement (trop) tendre lors du second match de l’Algérie. Ernest Séka pourrait être à mon sens un des hommes clés du système défensif guinéen. Avec sa puissance, son engagement et son impact, il peut très bien museler l’avant centre algérien. Il y a cependant des craintes à avoir notamment sur le flanc droit guinéen jusque-là occupé par Mikael Dyrestam. Le coach Put doit trouver un joueur beaucoup plus agressif sur le porteur de la balle et surtout sûr de son football ! Dans le cas contraire, il devra trouver le moyen de sublimer son arrière latéral droit qui doit comprendre qu’il doit prendre ses responsabilités, vigoureusment. Sur l’autre flanc, si Issiaga Sylla continue sur sa lancée depuis le début de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), sans se soucier de celui qu’il aura en face (Mahrez ou Fegouli) il fera son match. A l’impact, il  peut faire déjouer une star comme Marhez…

J’ai confiance en Fallette qui démontre depuis le début du tournoi, par la qualité de sa relance, son sens du placement et son intelligence de jeu, toutes les qualités qui ont fait de lui un titulaire dans une équipe allemande comme Francfort.

La bataille au milieu de terrain ne sera pas très préoccupante pour le Syli qui est armé à ce niveau, surtout sur le plan technique et physique. Le sens du jeu d’Amadou Diawara (Naples, Italie) va être très précieux dans cette rencontre qui sera très disputée.

Au niveau de la ligne d’attaque, le réveil du Bordelais François Kamano, si cela s’avère, perturbera les plans de l’Algérie, d’autant plus que les valeurs sûres comme Ibrahima Traoré, Mohamed Lamine Yattara ou José Martinez Kanté, n’ont pas besoin d’être motivés pour aborder un tel match couperet.

Rester vigilant, surtout sur les balles arrêtées

L’Algérie optera pour au moins deux stratégies : soit attaquer à outrance pour tuer le match dès la première demi-heure et donc  prendre le risque de s’exposer aux contres guinéens, ce qui paraît très peu probable parce qu’elle est consciente de la vitesse des attaquants d’en face, soit elle va tenter  de jouer bas, laisser le Syli en confiance pour profiter des brèches laissées derrière. Dans tous les cas, si l’Algérie marque, elle va se recroqueviller en défense, geler le ballon, et profiter des contres ! Or, elle joue très bien les contres et a des joueurs qui sont capables d’exploiter rapidement les intervalles (Marhez, Fegouli, Bounedja). Dans tous les cas, il faudra sans cesse harceler le porteur de la balle pour éviter les décalages difficiles à rattraper.

Une des manies de l’équipe algérienne est de tenter de profiter des erreurs de concentration sur les balles arrêtées pour faire des appels dans le dos de la défense en jouant très rapidement. A ce niveau, les Guinéens doivent toujours veiller à ne pas se laisser surprendre en se regroupant très rapidement sur ce genre d’actions de jeu (placer si nécessaire un homme devant le ballon pour favoriser le replacement). Une des erreurs à ne pas commettre ce sont les infiltrations de l’adversaire dans les 30 derniers mètres guinéens pour chercher des coups francs idéalement placés pour un artificier comme Marhez. Ça va plonger pour un oui pour un non et ça va faire du cinéma : il faudra garder sa concentration, ne surtout pas céder à la provocation et faire son match plein. Les Sud-Africains ont montré l’exemple…

Je ne peux pas pronostiquer une victoire de la Guinée mais je reste confiant quand à la capacité de cette équipe à surprendre tout le monde dans ce match qui se jouera  par dans les tribunes ou à l’intox mais sur le terrain, à 11 contre 11. Disons que, compte tenu du contexte actuel, la plupart des bookmakers tableront sur un 65 en faveur l’Algérie, contre 35 pour la Guinée. C’est aux joueurs du Syli de prouver qu’ils ont tort et que ce que disent les sceptiques n’est qu’un vue de l’esprit. En attendant, les statistiques dans les confrontations directes entre les deux équipes sont largement en faveur de la Guinée. En 8 confrontations en match officiel, la Guinée en est à 4 victoires contre seulement 2 pour l’Algérie. Les deux équipes ont partagé les points à 2 reprises…

HISTORIQUE DES CONFRONTATIONS OFFICIELLES

Date Lieu Compétition Pays Score Pays Buteurs Algériens
7/2019  Egypte CAN 2019  Algérie  Guinée
6/2007  Alger Q.CAN 2008  Algérie 0 – 2  Guinée
9/2006  Guinée Q.CAN 2008  Guinée 0 – 0  Algérie
2/1998  Burkina Faso CAN 1998  Algérie 0 – 1  Guinée
3/1980  Nigeria CAN 1980  Algérie 3 – 2  Guinée Bensaoula(2), Benmiloudi.
3/1972  Guinée Q.C.M 1974  Guinée 5 – 1  Algérie Gamouh
3/1972  Alger Q.C.M 1974  Algérie 1 – 0  Guinée Khalem
6/1968  Maroc Q.J.O 1968  Algérie 2 – 3  Guinée Lalmas, Achour
6/1968  Maroc Q.J.O 1968  Algérie 2 – 2  Guinée Lalmas(2)
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