La croyance au surnaturel est à l’origine de toutes les religions pratiquées en Afrique. Il n’est pas étonnant donc qu’on y croit pêle-mêle aux fétiches, aux mânes des ancêtres, aux sorciers, aux diables ou djins, à Dieu ou aux dieux de tous genres. Le surnaturel colle à notre peau et influe sur nos actes quotidiens.

Sous ce climat toutes affaires liées au surnaturel ne peuvent que prospérer. Ainsi en est de la multiplicité des pratiques religieuses et des lieux de culte dont les dignitaires répondent à divers titres : imâm, prêtre, pasteur, féticheur, guérisseur, marabout, charlatan, devin, je ne sais encore. Ces dignitaires mettent à profit les technologies modernes de communication pour fructifier leurs entreprises ou commerces, ce qui se traduit par les publicités tapageuses dont nous sommes inondés par les journaux, radios ou télévisions.

Voyons l’exemple typique incarné ces jours-ci par le sieur Cheick Ben Alima, responsable de l’ONG ’’ Le Coran qui guérit ‘’. Il prétend guérir les âmes possédées par des djins rien qu’en évoquant des versets coraniques. J’ai suivi l’interview qu’il a accordée à la radio Djigui FM, interview au cours de laquelle Alima a expliqué de long en large son expérience, il a même procédé à une démonstration dans le studio de la radio. Ce guérisseur aurait séjourné deux mois en Guinée une première fois avant de revenir  pour son second séjour ; son ONG couvrirait déjà plusieurs préfectures et volerait de succès en succès. Les filles des écoles, collèges et lycées souffrant de crises « diaboliques » seraient les bénéficiaires privilégiées des prestations de l’ONG.

La démonstration de captage et de neutralisation d’un djin dans le studio de Djigui FM a certainement été suivie par tous les auditeurs de ce média. Cheick Ben Alima travaille avec un collaborateur, Monsieur Koulibaly, à travers lequel s’exprime le djin capturé par les versets. Alima interroge Koulibaly-djin, lui fait avouer son forfait avant de le convertir ou neutraliser séance tenante.

J’ai écouté la scène avec scepticisme car je sais que les féticheurs et guérisseurs de nos villages travaillent de la même manière. Mon défunt père m’a un jour édifié sur ces pratiques occultes qui ont cours dans nos traditions. Par exemple, m’a-t-il dit, un guérisseur d’une certaine réputation débarque dans un village où il compte opérer. Il commence par une réunion secrète au cours de laquelle il demande la collaboration du chef de la localité et d’un groupe restreint d’hommes. Bien attendu le fruit de l’opération devra être partagé avec tous ses acolytes. Le jour j, l’opération de chasse des mauvais esprits ou des fétiches maléfiques commence la nuit et se termine le jour. Des scènes rocambolesques sont montées pour tromper la vigilance des uns et des autres, on fait accroire le miracle de la guérison.

Que retenir des prestations de guérison de Cheick Ben Alima comme de celles de ses semblables de nos villages ? La croyance au surnaturel a encore de beaux jours devant elle, et les charlatans de tous bords peuvent se frotter les mains en voyant leurs commerces fleurir.                                                                                                                                                          Walaoulou BILIVOGUI

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