Une affaire de 22 millions de dollars subtilisés dans les caisses de l’Etat avait été un des éléments catalyseurs de l’affaiblissement du régime de Lansana Conté. Deux proches, parmi les proches du général étaient accusés de détourner la somme : Fodé Soumah et Mamadou Sylla. Le premier était vice-gouverneur de la Banque centrale au moment des faits ; le deuxième un richissime homme d’affaires qui avait des contrats avec l’Etat guinéen. L’attachement du président Conté à ses deux potes – et le manque de véritable action judiciaire pour tirer l’affaire au clair -, avait fini par irriter le mouvement syndical. Surtout que le président Conté était parti lui-même libérer ses deux amis incarcérés à la Maison centrale de Conakry, en estimant que « la Justice c’est moi ». Excédé, le mouvement syndical, appuyé par les partis politiques d’opposition, finira par demander des comptes dans… la rue ! Et ce qui devait évidemment arriver, arriva.

Des émeutes partout dans le pays finissent par contraindre Conté à accepter un « gouvernement de large consensus » avec un premier ministre choisi sur une short-liste qui a accouché des ministres qu’il n’aura pratiquement pas nommés. Une situation qui a affaibli davantage le vieux général qui ne récupérera pas la main jusqu’à son décès.

Plusieurs années après, sous la présidence d’Alpha Condé, des soupçons de détournement d’environ 20 millions d’euros (décidément, le chiffre 20 !) collent à la peau de Zenab Nabaya Dramé, actuelle ministre de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle.

Alpha Condé qui annonce la fin de l’impunité semble tenir pour le moment la dragée haute. Mais les forces centripètes et centrifuges se mettent en branle pour noyer le poisson dont la grosseur ne permet pas une immersion complète. Va-t-on assister à un remake de la parenthèse Conté ? En tout cas tous les ingrédients semblent réunis et l’opposition puise des idées dans cette situation antérieure pour obtenir l’alternance tant réclamée par elle. Déjà des organisations de la société civile réclament la lumière sur cette ténébreuse affaire et l’opposition politique a inscrit le remboursement  des « 200 milliards » dans ses revendications pour la journée ville morte qu’elle projette cette semaine.

Espérons juste que le cas évoqué plus haut serve de contre-exemple à Alpha Condé car la soif de justice des citoyens est indéniable. En tout cas, il doit «reprendre la main avant qu’il ne soit trop tard», comme le suggère une tribune largement diffusée dans la presse hier.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com