Dans le landerneau politique guinéen, Bah Oury n’est pas le plus âgé. Mais hormis Alpha Condé, il est celui qui revendique plus d’expérience politique. Il est par ailleurs, sans nul doute, celui qui souffre le plus de ses choix politiques et du contrôle des partis successifs auxquels il a appartenu. Alors Bah Oury est-il cet homme impatient, impulsif, provocateur et brut, comme le décrivait le Pr Alfa Sow ? Ou est-il simplement incompris ?

Au commencement était Bah Oury, un apôtre des droits de l’homme avant de basculer dans la politique avec l’UFD du Pr Alfa Sow, un vieil ami du président Alpha Condé. Mais Bah Oury, l’insoumis, le quitte et crée son parti : l’UFDG. Pas à l’amiable.  

Il réussit, chemin faisant, à amener dans son parti, Bah Mamadou, leader charismatique de l’opposition des années ‘‘90’’. Celui-ci âgé, cherche un homme qui puisse relever le parti. Et son choix tombe sur un certain Cellou Dalein. Le parti prit de l’ampleur, mais Bah Oury n’est pas satisfait de sa gestion. Au départ des bisbilles avec Cellou, il reproche à celui-ci son manque de courage et ses compromissions avec le pouvoir ; à la fin, il lui reproche son radicalisme et son manque de vision pour le parti.

Et l’histoire se répéta !

Bah Oury a sué pour créer l’UFDG mais l’aura du parti lui a été donnée par Cellou Dalein Diallo qui profite de sa légitimité pour mettre dehors le géniteur du parti devenu gênant. Celui-ci se bat comme un beau lion pour récupérer le parti. En vain. De guerre lasse, il raccroche les gants. Et se console dans un petit parti, méconnu, l’UDD dont il prend les rênes.

Bah Oury qui dénonçait le radicalisme de Cellou vers la fin, emprunte le même chemin déserté dès son retour d’exil. Il se met à la mode, enfile le t-shirt du FNDC, et se met sur le terrain favori de l’UFDG : la rue. Au moment où de nombreux observateurs pensent qu’il va prendre sa revanche sur Cellou en acceptant d’aller aux législatives boudées par celui-ci, il crée la surprise en tournant dos aux élections sans motifs valables pour son parti. Car si l’UFDG se donnait mille et une raisons de ne pas y aller, l’UDD, pour dire vrai, n’étant jusque-là pas un acteur de la sempiternelle querelle entre les deux principaux partis du pays, pouvait bien y aller et profiter de l’aura de Bah Oury. Mais hélas !

Le fondateur de l’UFDG sacrifie à la mode et engage son nouveau parti dans un chantage politique sans précédent qui malheureusement n’a pas marché. In fine, Jean bienaimé Haba, fondateur du parti, pense avoir raté la bonne occasion de se taper des sièges à l’assemblée par le fait de Bah Oury, plutôt préoccupé, à ses yeux, par son propre destin et son image que par le bien du parti. Le Bien aimé fondateur de l’UDD pense à récupérer son parti.

Vendu ! S’écrient les partisans de Bah Oury. Ils accusent le fondateur du parti d’être récupéré par le pouvoir en place. Exactement le même reproche que les partisans de Cellou Dalein faisaient à Bah Oury quand celui-ci avait maille à partir avec celui-là. L’histoire se répète donc.

La question ? Pourquoi Bah Oury, avec un background politique et intellectuel éprouve tant de difficultés à se faire accepter dans les partis politiques ? Une des réponses vient, selon des médias, du Pr Alfa Sow qui aurait défini, il y a quelques années, son poulain comme ‘‘un homme impatient, impulsif, provocateur et brut. Mon petit frère Bah Oury confond le combat politique au combat de la rue. C’est un intellectuel, mais hélas, son tempérament ne lui permet pas de faire valoir ses talents à ce rythme. Je ne le vois pas conduire un groupe. C’est un perturbateur qui va toujours se heurter au bon sens. Ce n’est pas un meneur d’hommes. Ce n’est pas un chef’’.

Par Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com