Stéphane Kaba

Et si tout ça n’était qu’esbroufe et poudre de Messie aux yeux d’aveugles conduits par les affects, que Spinoza qualifiait de mauvais (ressentiment, jalousie, haine,…etc.).

Et surtout, si tout ça n’était que manipulations politiques, pour encore plus engourdir un troupeau fatigué et déjà résigné sur un sort qui semble lui être imposé, ou qu’il accepte comme une sentence divine. Des résignés réclamants, comme disait Jacques Attali (2). Même si ce dernier n’est pas nécessairement toujours celui qui me semble le plus raisonnable des conseillers des « grands » de ce monde. Cependant, et si nous n’assistions qu’à une lutte des classes, pour la lutte des places ?

De convictions dévoyées, pour cause de ventres vides, il n’y a qu’un pas, tout cela accompagné par les champs de sirènes, qui clament à répétition la venue du Messie. Le dernier, le sixième, semble être arrivé à Nyagbadou (3). Un colosse au teint ébène !

Pour certains, c’est un guerrier venu du désert, pour d’autres, un mercenaire de cette vieille colonisation qui ne cesse de passer et repasser. À ses côtés, une guerrière en minijupe troquée contre un boubou africain de circonstance. Fantagbè (4) !!!

Une image vaudrait mille mots. Sans doute encore de la poudre de perlimpinpin !

Néanmoins, rappelons quand même les 63 ans d’indépendance soldées globalement par un échec notoire de Nyagbadou. Pas plus tard que le 8 mars dernier, jour de « fête » des femmes, une foule d’autres Fantagbè et Fantafing (5) ont scandé au Messie libérateur : « Le marché est cher, le marché est cher ! ». Alors, prudence Votre Excellence Sa Majesté Le Messie, quand les filles de Lucy, ce petit bout de femme du lac Tchad de 3,18 millions d’années s’en mêlent, aucun colosse ne peut rivaliser, bien au contraire, il tremble, voire il chute. Rappelez-vous le ‘Fama Syli Sèkhu’(6) face à la révolte des femmes du marché de madina, en août 1977…

Par ailleurs, et si Merlin l’enchanteur, de son sobriquet Körö (7), pour les intimes, n’était plus qu’un octogénaire sénile, victime d’une cour faite de toutes les petites bassesses humaines, celle-ci est décrite et si bien raconté, par Jean de Lafontaine. Que les puristes et les victimes d’urticaire dès qu’il s’agit de couleur d’épiderme m’excusent d’utiliser des références littéraires du pays de Dame première, compagne du gladiateur Messie, un sauveur est né. Il est le produit de la légion étrangère française, n’en déplaise aux poudriers !

L’histoire d’Œdipe ne cesse de se répéter, le fils tue le père, cette fois ci symboliquement, en exposant son torse nu à la vindicte populaire de gamins assoiffés de sang. Une sortie par la petite porte de l’histoire. Le roi est mort, vive le Messie !

Et si nous n’étions tous que des fagots de bois de kinsi (8),  qui alimentent le fourneau de la marmite de Goliath au détriment de David ?

Savons-nous faire autre chose que diviniser le pouvoir et son détenteur ; le culte de la personnalité des héritiers de syli Sèkhu ?

Qui veut mettre une cédille à la lettre « C » de la CEDEAO (Communauté Économique Des États de l’Afrique de l’Ouest ) ?

On se « ficherait » des rappels à l’ordre de cette institution sous régionale dont Nyagbadou est membre ? Ai-je bien compris ?

Sommes-nous en guerre ou dans une période de transition, pour une « refondation  » de l’État et la mise en place d’institutions républicaines fortes ?

Ne devrions-nous pas conseiller les générateurs de ces discours aux tonalités belliqueuses, du moins le sentiment qu’il laisse entendre, à plus de pondération liée notamment à une fonction qui est plus appropriée en la matière ?

À qui la faute de cette déferlante d’une horde de cynocéphales colériques sur les champs de maïs de Nyagbadou ?

Au lieu de manger quelques épis, ne risquons nous pas à nouveau un carnage et une dévastation du champ ?

Sommes-nous tous coupables ou voudrait-on nous le faire croire ?

De la poudre de manioc (‘farinyè’), nous en avons déjà eu droit, celle de riz (‘male’(9)) nous en sommes aveuglés, pour preuve nous en sommes à égorger nos compatriotes, pour quelques kilos de la précieuse poudre, celle à base de graines de fonio (‘fundenyi’(10)) n’est plus qu’un luxe qui pique les yeux. Ainsi, n’est-il pas légitime de se poser la question de savoir, ce que va devenir notre champ de maïs ?

Aurons-nous droit à de la poudre de maïs mélangée à celle de perlimpinpin ?

Soyons clair, on ne nous dit pas tout et, on nous prend pour des moutons de Panurge (11), que nous sommes peut-être, d’ailleurs !

Pendant ce temps, les poules suivent à la trace, celui qui leur met des graines sur son passage.

Pour finir, ne parlons même pas de la protubérance des terres de la Région forestière de Nyagbadou, telle une mamelle de grand-mère LUCY, la magique composition chimique de son lait nourrissant à la marque déposée sous le nom de sim-FER (12) car si grand-mère vous met de cette poudre de la Région forestière dans les yeux, c’est la migraine et la cécité assurée.

En conclusion, je citerais Mirabeau, qui disait : « Tant que les femmes ( ‘les filles de Lucy’) ne s’en mêlent pas, il n’y a pas de véritable révolution. »

À l’aide Fantagbè !

Glossaire :

(1) Une poudre comestible faite à base de la tubercule de manioc. Servie généralement comme repas frugal notamment lors d’un couvre-feu instauré sur tout le territoire national en 2007, par le président Lansana Conté, dans le cadre de l’état de siège décrété jusqu’au 23/02, après des manifestations hostiles au pouvoir qui provoquèrent des dizaines de morts. Les populations de Conakry frôlèrent la ‘famine’.

(2) Ancien conseiller du président François Mitterrand.

(3) ‘Pays des soucis, des mille soucis’, en malinké.

(4) Fanta la blanche. Nom malinké donné à la première Dame, qui est ‘française de souche’, pour la circonstance afin de lui « accoler » une identité guinéenne qu’elle n’a pas.

(5) Fanta la noire, en malinké.

(6) Le président Ahmed Sékou Touré, père de l’indépendance et premier président de la Guinée.

(7) ‘Grand frère’, en malinké.

(8) Bois de mangrove qui sert de bois de chauffe, pour faire la cuisine.

(9) ‘Le riz’, en soussou.

(10) ‘Nom de la céréale de fonio’, en soussou.

(11) Quelqu’un qui a tendance à suivre l’opinion générale sans chercher à se forger une critique propre.

(12) Nom détourné par l’auteur, du projet Simfer du mont Simandou Sud, qui est le plus grand projet intégré mines-infrastructures en développement en Afrique. Il vise à fournir un accès à la plus grande ressource inexploitée du monde de minerai de fer de haute qualité.

Stéphane Kaba

Conakry, le 30 avril 2022

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