Ce qui convient désormais d’appeler « le discours de Boffa », mérite qu’on s’y attarde un peu et qu’on le passe naturellement au scanner.

D’abord le timing et le lieu. Le colonel Doumbouya aime la symbolique.  Tous les actes qu’il pose ou presque sont symboliques. Il sacrifie à sa tradition en rendant visite aux Chrétiens de Guinée pendant leur pèlerinage au sanctuaire marial de Boffa, pour paraitre comme le « premier président » à le faire. Et profite pour s’adresser à la nation.

Parler à la Guinée à partir de l’intérieur du pays, dans une préfecture quasi rurale, démontre qu’on s’adresse beaucoup plus aux « vrais gens » qu’aux habitants des grandes villes qui sont des « éternels insatisfaits ». Pas mal tout ça. Seulement voilà. La sophistication de la mise en scène ripoline mal la tartuferie : un tapis rouge déroulé dans une cour d’école ; des élèves impeccablement habillés ; des gardes du corp à l’entrée de la classe arme au poing ; un prompteur et un pupitre ; le colonel élégamment arrêté devant un tableau truffé de formules chimiques. Comprenne qui pourra. Il faut juste que l’alchimie de la communication marche ! Faire tout ça au moment où la CEDEAO et certains partis politiques mettent la pression, démontre, si besoin en est que le CNRD et son chef ne sont pas si sereins qu’ils veuillent faire croire.

Le contenu. Comme si le doute d’avoir réussi à convaincre les Guinéens le hantait, le colonel Doumbouya a encore justifié le coup d’état du 5 septembre dernier, avant d’annoncer ce que tout le monde attendait : « 𝗗𝗲 𝘁𝗼𝘂𝘁𝗲𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗻𝘀𝘂𝗹𝘁𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗲𝗻𝗴𝗮𝗴𝗲́𝗲𝘀 𝗮̀ 𝘁𝗼𝘂𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗻𝗶𝘃𝗲𝗮𝘂𝘅 𝗱𝗲𝗽𝘂𝗶𝘀 𝗹𝗲 𝗱𝗲́𝗯𝘂𝘁 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗧𝗿𝗮𝗻𝘀𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻, 𝗮𝘃𝗲𝗰 𝘁𝗼𝘂𝘁𝗲𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗺𝗽𝗼𝘀𝗮𝗻𝘁𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗻𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻, 𝗮𝘂𝗽𝗿𝗲̀𝘀 𝗱𝗲 𝘁𝗼𝘂𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗚𝘂𝗶𝗻𝗲́𝗲𝗻𝘀 𝗽𝗮𝗿𝘁𝗼𝘂𝘁 𝗼𝘂̀ 𝗶𝗹𝘀 𝘀𝗲 𝘁𝗿𝗼𝘂𝘃𝗲𝗻𝘁, 𝗶𝗹 𝗿𝗲𝘀𝘀𝗼𝗿𝘁 𝘂𝗻𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗽𝗼𝘀𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗺𝗲́𝗱𝗶𝗮𝗻𝗲 𝗱’𝘂𝗻𝗲 𝗱𝘂𝗿𝗲́𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗲𝗻𝘀𝘂𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗧𝗿𝗮𝗻𝘀𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝟯𝟵 𝗺𝗼𝗶𝘀. » Ce qui signifie qu’une bonne partie des Guinéens a choisi une transition dépassant six ans ! kafkaïen.

Pour rappel, il y a quelques jours, le ministre de l’Administration du territoire, Mory Condé, disait que les propositions des partis politiques, et d’autres membres des forces vives qu’il a reçues, partent de 18 à 52 mois. Bien entendu, la médiane de celle-ci aurait donné 35 mois !

Deux ou trois points intriguent dans la proposition de la durée faite par le colosse du palais Mohamed 5. C’est qu’on ne sait pas d’où elle part- la date de publication de la charte ? la mise en place du CNT ? ou simplement le 5 septembre ?

En plus, la durée de la transition ne doit pas sortir d’un chapeau de magicien. Elle devrait correspondre à des activités. Utiliser les « populations à la base » pour fixer la durée de la transition n’est pas de l’arnaque. Mais c’est tout comme. Dès lors que ces populations ne conçoivent pas les activités de la transition encore moins les exécuter.

Enfin pourquoi faire valider la durée par le CNT qui, lui-même a une durée -3 à 5 ans, semble-t-il- qui lui aurait été proposée par la même population lors des consultations.

En un mot ou en mille, une si longue transition est ouverte en Guinée…