Probablement à cause des interrogations que suscitent auprès des Guinéen.n.e.s (et pas seulement), le travail de la CRIEF (Cour de répression des infractions économiques et financières), son procureur, le sieur Aly Touré, a cru bon de tenir une conférence de presse afin d’éclairer les opinions nationale et internationale.

C’était vendredi dernier, 15 juillet 2022.

Décision louable, même si l’on peut se demander s’il avait vraiment le choix, eu égard à toutes les critiques qui pleuvent sur ce tribunal d’exception qui, apparemment, éprouve du mal à étayer de façon pertinente les faits reprochés à ceux qui se sont retrouvés dans ses mailles. Dont certains en détention préventive depuis plusieurs mois, alors que d’autres sont inculpés et placés sous contrôle judiciaire. La plupart d’entre eux étant des personnalités de haut rang du régime déchu, celui de l’ancien président Alpha Condé renversé par la junte actuellement au pouvoir, c’est tout naturellement que l’idée d’une chasse aux sorcières traverse maints esprits.

Évidemment la junte et le procureur spécial de la CRIEF soutiennent le contraire.

Il faut dire que l’opération de com, comme cela a été perçu, a laissé plus d’un sur sa faim. Si l’objectif du parquet de la CRIEF était de convaincre sur le bien-fondé des actions menées jusque-là, surtout de la pertinence des griefs qu’il a contre les uns et les autres,  c’est plutôt raté.

Entre autres cas pour l’illustrer, celui de l’ancien intendant de la Présidence, Kabinet Sylla « Bill Gate ». À qui il est essentiellement reproché le fait que sa société Djoma Group a opéré un transfert s’élevant à un million de dollars américains, au lendemain du coup d’Etat du 5 septembre 2021- Ce qu’une source proche du dossier dément. Le groupe aurait effectué le paiement le 3 septembre [avant donc le coup d’état]. Qu’à cela ne tienne ! Pour le procureur Aly Touré, sachant que le patron de Djoma était intendant de la Présidence et que son traitement mensuel était de 7 millions de francs guinéens, la conclusion est toute simple : on peut lui coller des infractions comme le détournement de deniers publics, la corruption ou encore l’enrichissement illicite.

Une sorte de prémisse qui ne saurait pourtant tenir la route, à la lumière de certains faits irréfutables liés au parcours de l’homme.

Un itinéraire de self-made-man que l’on peut qualifier de fabuleux destin. Parti de rien, Kabinet Sylla l’a forgé par le courage, la persévérance, le sens des affaires qui s’est révélé chez lui alors qu’il n’était qu’un adolescent. Au prix de mille sacrifices, de nombreuses épreuves et beaucoup d’abnégation, l’enfant de Djoma (préfecture de Siguiri) s’est hissé vers le sommet de la pyramide sociale non pas en prenant l’ascenseur, mais en montant les escaliers, marche après marche.

De la commercialisation des pierres précieuses au transport, en passant par le commerce général, la friperie, les lubrifiants, le football avec le club AS Djoma, les médias, etc., l’homme a eu tout le loisir de montrer l’étendue de son savoir-faire et la justesse de son flair dans divers domaines d’activité. En toute transparence et dans la régularité. Comme le témoignent les nombreux contrats de sous-traitance obtenus, sur appels d’offre, auprès de sociétés internationales telles Chalco Guinea Company SA filiale de Chinalco, Guinea Alumina Company, Bel Air Mining, CDM-CHINE.

Autant dire, au regard de tout ce qui précède – et ce n’est pas exhaustif -, que Kabinet Sylla était déjà un millionnaire en dollars dans les années « 90 », propriétaire d’une dizaine de villas et immeubles. Donc un homme fortuné bien avant que le président Alpha Condé n’accède au pouvoir en 2010 (un président, il est vrai, dont il était proche, étant lui-même un militant convaincu et le principal pourvoyeur de fonds du parti RPG-AEC). D’où d’ailleurs le surnom de « Bill Gates » que lui ont collé ses amis, en faisant allusion au fondateur de Microsoft, désigné à l’époque par le magazine américain Forbes comme l’homme le plus riche du monde.

En parlant de sa fonction d’intendant à la présidence, le décret portant organisation de la Présidence de la République à cette époque est clair. « Bill Gates » n’y a assuré qu’un rôle d’exécutant en s’occupant uniquement des affaires d’intendance telles que définies dans ledit décret. De toute évidence, et c’est vérifiable, le service de l’intendance de la Présidence de la République n’avait pas de ligne budgétaire. Il était sous la tutelle de son principal ordonnateur. C’est pourquoi on ne verra nulle part une ligne, encore moins la signature de l’intendant pour un quelconque paiement ou achat dans les archives de la Présidence.

Même si par mesure de précaution, et éviter toute confusion, Kabinet Sylla a pris au préalable le soin de confier la gestion de son entreprise à une équipe de jeunes cadres.

Au fait, en reparlant de ce fameux million de dollars que l’on brandit en guise de preuve irréfutable, sait-on seulement, et à simple titre d’exemple, qu’entre 1999 et 2000, sa société a déboursé, en 10 mois seulement, comme frais de douane avec la SGS près de … 2 millions USD ?

Mohamed Camara