S’il est vrai que les syndicats guinéens ont par moments, joué le rôle de moteur dans l’histoire de notre pays avec à la clé d’importants acquis engrangés par les travailleurs, il n’en demeure pas moins que leur action a été par moments quelque peu marquée du sceau de la suspicion, si tant est qu’elle a par moments débordé du cadre strict de la revendication corporatiste pour flirter avec la politique, ce qui a fait dire à d’aucuns que le «pêché originel de janvier 2007», ne cessera jamais de hanter les esprits de nombre de dirigeants syndicaux, qui rêvent de rééditer «l’exploit», pour marquer profondément l’histoire sociopolitique de la Guinée avec la grève actuelle.

Oui, il faut le rappeler, si nos syndicats ont paru à maints moments assis entre deux chaises, cette attitude ambiguë doit beaucoup à cette date de janvier 2007, au cours de laquelle, et à en croire nombre d’observateurs, leur action aura été déterminante dans la chute du régime de Conté. Cela peut et doit s’expliquer par les conditions historiques du moment, avec une classe politique «désarticulée» et traversée par des querelles d’egos exacerbées et une intelligentsia naissante qui entendait prendre toute sa part dans la conduite des affaires du pays, alors que la vieille classe des politiques pensait qu’elle n’avait pas épuisé son rôle historique ; ce qui rendait le dialogue sourd et tenu entre les deux camps. Le pourrissement de la situation profitera aux premiers qui, alliés aux syndicats dont ils étaient la plupart membres, ont créé la situation qui devait donner le coup de grâce au Général Conté déjà bien malade et l’avènement du CNDD au pouvoir.

Depuis donc, le rêve de cette puissance et de cette gloire n’a jamais totalement disparu de l’esprit de nos leaders syndicaux, qui tentent de rééditer aujourd’hui leur performance. On nous dira certainement que dans la lutte pour l’ancrage de la démocratie et la préservation des libertés, nos syndicats sont bien dans leur rôle, mais force est de reconnaître que la lutte pour la conquête du pouvoir est du ressort d’autres forces, les partis politiques en l’occurrence.

Et, si les centrales syndicales ont pu par moments leur voler la vedette, cela s’explique par leur faiblesse structurelle et leur manque de base sociale, résultant là aussi de leurs pêchés originels qui sont les problèmes d’egos et surtout l’absence d’une vraie culture militante en leur sein, le chef du parti étant la plupart du temps, le «ciment» de celui-ci.

La «faillite» des partis politiques explique en grande partie cette montée en puissance des syndicats qui ne doit pas pour autant amené ceux-ci à perdre la raison. Que dire d’autre au moment où l’intransigeance de certains d’entre eux survient à un moment où le gouvernement est plus que jamais disposé au dialogue et où d’importantes avancées ont été faites sur le front social. Il ne faudrait donc pas que cette catégorie de leaders syndicaux soit celle qui, par sa gourmandise et aussi par opportunisme, contribuera à faire reculer le pas et les travailleurs avec, car et là aussi il faut le dire nos activistes sont en «connexion» avec certains «appareils» dont le «mot d’ordre» de l’heure est la chute du régime Alpha Condé avec tout ce que cela signifiera en terme de recul démocratique. Mais, gageons que leur dessein funeste ne se réalisera pas, car, les patriotes et les républicains s’activent de leur côté, pour empêcher le pouvoir d’Etat de basculer dans le camp de ces tartufes opportunistes et leurs chapelles médiatico-sociales.

L’avenir proche nous édifiera sur la question.

Aboubacar Tamourah