Le malheur des uns fait le bonheur des autres, dit l’adage. La fièvre Ébola sévi dans notre pays, depuis janvier dernier, ne fait pas exception à cette règle. De nos jours les rues de Conakry sont achalandées de produits de tous genres luttant, dit-on, contre les bactéries, les virus, etc. et ils s’achètent comme de petits pains. Les plus nantis vont vers les pharmacies où parfois les stocks de ces genres de produits sont en rupture. C’est dire qu’il y a vraiment un business qui a pris de l’ascension avec l’apparition de ébola en Guinée.

Selon nos enquêtes, la représentation locale de Population Service International (PSI) avait du mal à écouler par mois mille cartons de sa solution de chlore concentré, communément appelé ‘‘Sur eau’’. Cependant pour le seul mois de mars, la vente mensuelle de ce produit a atteint quatre mille cartons. Sans compter les dons faits au gouvernement et à la Fondation de la première dame. Et un important lot de Sur eau a été envoyé par la Pharmacie centrale de Guinée en Forêt.

Sur le boulevard du Commerce à Kaloum, dame Sylla Mabinty vendeuse à la criée de produits d’entretien, exulte: ‘‘avant la déclaration de la fièvre Ébola dans notre pays, je vendais par jour un flacon de gel de lavage de mains à raison de dix mille francs guinéens. Actuellement j’écoule par jour un carton de douze flacons à raison de dix mille l’unité. Comme le gel, ma vente quotidienne de  l’eau de javel a pris de l’essor.’’

Dans les rues de Conakry liquides et gels de tous genres sont proposés pour lutter contre bactéries et virus. Mais ces produits supposés comme moyens de prévention contre le virus de la fièvre Ébola sont-ils réellement immunisants ?

Selon un pharmacien, requérant l’anonymat, ‘‘ces produits de la rue ne sont conseillés par aucune autorité sanitaire. Parce qu’ils n’ont aucun principe actif contre les virus et les bactéries. C’est de la publicité mansongère. Il y a une solution immunisante (Dakin) qui est recommandée par les services de santé au plan mondial et disponible dans toutes les structures, utilisée d’abord comme antiseptique pour les patients et surtout par le personnel soignant après toutes interventions’’.

Selon le docteur Aboubacar Sidiki Diakité, inspecteur général de la santé au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique ‘‘les gels de lavage de mains vendus dans la rue ne sont pas contrôlés par nos services. Mais mieux vaut les utiliser que ne pas le faire. Il faut toujours les associer au chlore cependant’’.

Depuis plusieurs semaines, Gouvernement et ONG prodiguent des conseils à la population guinéenne pour endiguer la contamination. Dès le début de l’épidémie, des savons, des flacons de solutés de réhydratation, des boîtes de chlore liquide (pour désinfecter) ou encore des paquets de sel de réhydratation ont été distribués à la population touchée, par certaines ONG et l’Unicef.

Il faut rappeler par ailleurs que si certaines affaires ont fleuri pendant l’épidémie d’ébola, d’autres ont chuté. C’est le cas des Motels qui sont de nos jours rarement fréquentés ; le train de banlieue resté à quai. Mais aussi le marché de vente de la viande de brousse : ‘‘Je ne sais plus quoi vendre depuis la fermeture du marché de gibiers boucanés de Yimbaya bougie’’, ainsi s’exprimait Marguerite H.

Bayo Ibrahima Kalil