La Guinée a ceci de paradoxal que dès qu’on fait appel à l’expertise, surtout si elle est étrangère, il y a comme par reflexe des réticences voire des refus énergiques. Cela a été le cas pour plusieurs de nos entreprises nationales. Citons les exemples comme la Société des eaux de Guinée (SEG, ex-SEEG), la Sotelgui et pour le cas qui nous intéresse l’entreprise Electricité de Guinée (EDG). Depuis que l’on parle de l’arrivée d’un opérateur privé étranger pour la relance de l’EDG, des voix s’élèvent pour crier au loup, comme si le gouvernement cherchait à achever, une bonne fois pour toutes, ce gouffre à sous.

En fait, il s’agit de cris d’orfraie pour faire croire ce qui ne l’est pas du tout, semble-t-il. Tout le monde se plaint des carences d’EDG et les incidents ne font que se multiplier dans les différents quartiers de la capitale, Conakry. EDG est devenue la principale cause de l’incivilité et de l’insubordination des citoyens guinéens et les révoltes se multiplient au sein des populations. Les promesses du gouvernement d’améliorer la desserte en électricité sont restées lettre morte et la situation ne fait qu’empirer, contrairement à ce à quoi on devait s’attendre.

Devant une telle situation, il fallait bien que les autorités fassent quelque chose. Les milliards qui ont été injectés dans l’achat et la réparation des groupes ou encore la réhabilitation des centrales de Tombo n’ont visiblement rien apporté de nouveau. Les agents d’EDG et du ministère de l’Energie auront montré leurs limites aux citoyens qui ne savent plus à quel saint se vouer pour avoir du courant électrique. Cette denrée est si rare en Guinée qu’elle en est devenue un luxe. Et pourtant, ces techniciens et autres cadres nous font croire qu’ils peuvent résoudre le problème. De qui se moque-t-on ? Les Guinéens sont en droit de se poser cette question. Surtout qu’ils se rappellent tous comment cette compagnie a fini dans l’escarcelle des cadres véreux et mafieux. Sous l’ère Lansana Conté, après la privatisation de la Société nationale d’électricité (SNE) et la création d’Enelgui, on a fait appel à des partenaires étrangers, avec l’aide des institutions financières internationales.

Il s’agissait de moderniser les équipements et de rationaliser la gestion. Entre autres, Saur, Hydro-Québec étaient de la partie. On peut dire qu’il n’y avait pas au monde meilleur à ceux-là dans le domaine de l’électricité. Et pourtant, les Guinéens se débrouilleront pour les faire échouer et les faire fuir. C’est ainsi qu’on est passé de la Sogel à EDG. La formule de l’affermage qui a réussi un peu partout ailleurs a fait un flop magistral en Guinée, du fait des Guinéens eux-mêmes qui ont sapé l’opération, pour des intérêts purement personnels. Politisant la chose, les cadres de l’entreprise ont persuadé le président Conté qu’ils pouvaient « se passer des Blancs ». Mal nous en a pris, puisque quelques mois seulement après, la compagnie qui commençait à avoir de meilleurs résultats et qui était donc sur la voie du redressement, s’est mise à battre de l’aile. Toutes les opérations de sauvetage ont échoué depuis lors et aujourd’hui encore, c’est cette mauvaise gestion qui plombe EDG, au grand dam des consommateurs.

Si aujourd’hui le constat est fait qu’il faut absolument l’intervention d’un partenaire privé, pourquoi allons-nous hésiter, parce qu’un certain collège syndical craint les nécessaires restructurations ? La réponse se trouve dans le fait que l’arrivée d’un opérateur étranger est synonyme de rigueur et de sanctions (par rapport aux performances) et que cela n’arrange pas du tout ceux qui profitent de cette situation de mal gérance. Le nationalisme primaire est à dépasser et seuls les résultats doivent compter désormais. On a vu comment le collège syndical a été (en grande partie) la cause de la fermeture de l’usine Friguia qui a plongé toute une ville dans le malheur. Le gouvernement ne doit pas suivre le syndicat aveuglément et se doit de préserver l’outil de travail tout en garantissant une fourniture de service efficiente et satisfaisante.

Aujourd’hui, on parle de l’arrivée du français Electricité de France (EDF). Un véritable champion dans le domaine de l’énergie. Après évaluation de la situation de l’EDG, la Guinée aura tout intérêt à signer avec ce partenaire stratégique qui a fait ses preuves un peu partout. Et ce ne sont pas les cadres d’EDG (direction et syndicat compris) qui nous feront croire le contraire, n’en déplaise à ceux d’entre eux qui crient sur tous les toits que les Blancs viennent pour compresser les effectifs et s’octroyer des salaires mirobolants. On connait la chanson…

Bily Camara

 

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