Avec la publication, le vendredi 25 septembre 2020, des résultats du baccalauréat unique, la parenthèse des examens scolaires de cette année prend fin. De ces résultats, chacun a sa petite opinion. Mais une remarque s’impose à tout le monde. Les résultats de cette année confirment une tendance que l’on remarque depuis au moins 10 ans : un taux d’échec très manifeste. Nous laissons à d’autres le soin de trouver les raisons d’un tel phénomène. Pour notre part, nous préférons nous pencher sur un autre fait qui aura quelque peu singularisé l’organisation des évaluations de cette année. Il s’agit de la fraude. Même si on ne peut en déterminer l’ampleur exacte, personne ne peut néanmoins la contester. Aussi, dès maintenant, nous devrions nous projeter sur l’avenir pour essayer d’empêcher que cela ne se répète. Car il y va de la crédibilité de l’éducation guinéenne. Et c’est dans cette démarche anticipative que nous nous plaçons, en identifiant la digitalisation comme une des parades à la fraude qui commence à prendre racine dans le sillage des examens scolaires en Guinée.

La digitalisation, pourquoi, serait-on tenté de demander ? La réponse réside dans le constat que chacun de nous a dû établir – consciemment ou non – quant à la façon dont les examens sont organisés en Guinée. De fait, de bout en bout, le processus est manuel. Avec à chaque palier, des risques importants. Tout d’abord, en amont des examens, les sujets sont imprimés en autant de candidats, emballés et scellés dans des enveloppes achetées à l’étranger, transportés de Conakry pour des sites de stockage à l’intérieur du pays, avant leur acheminement dans les centres. Ensuite, les évaluations terminées, les copies sont drainées vers les DPE (pour le CEE), les IRE (pour le BEPC) et vers Conakry (pour le baccalauréat). A propos, l’on se rappelle l’histoire des copies qui se sont volatilisées entre Mamou et Conakry. Certes, il ne s’agissait pas du MENA. Mais le fait est illustratif de la problématique dont nous parlons. De même, ce sont des milliers de personnes qui sont utilisées pour mettre les anonymats et couper les en-têtes des copies, avec quelques fois des risques d’altération du traité. Enfin, la centralisation, elle-même, est manuelle. Il en est de même du calcul des notes et de la détermination des moyennes. Et c’est seulement, au bout de cette chaine que l’on recourt à l’informatique pour faire la saisie.

Comme on peut le deviner, ici les risques les plus apparents sont ceux en rapport avec d’éventuelles fuites de sujets. Il est également aisé de deviner qu’avec ce type d’organisation moyenâgeux, les coûts sont accrus, alors que le dispositif lui-même est particulièrement alourdit. Mais il n’est pas non plus étonnant qu’avec un dispositif aussi éloigné du numérique, on n’ait pas su prévenir ce qui s’est passé cette année. Le système éducatif guinéen étant très déconnecté du numérique, les organisateurs des examens, dans la préparation de ces derniers, n’avaient guère identifié les réseaux sociaux au nombre des menaces. Conséquence, personne n’a vu arriver la fraude par les groupes WhatsApp ou Messenger.

Et il serait temps que cela change !

Adama Kaké