Le 25 octobre dernier, pendant la crise post-électorale, Amnesty International a rapporté « des récits de témoins, des vidéos et images satellites analysées confirment les tirs à balles réelles par les forces de défense et de sécurité sur des manifestants ».

A propos de ce rapport jugé partial par le gouvernement guinéen, nous avons posé des questions à M.   Fabien Offner, chercheur à Amnesty International.

Peut-on savoir les sources des vidéos/images que vous avez utilisées -et que vous dites avoir authentifiées-dans votre rapport?

  • Les personnes qui filment le font en cachette, sous peine de subir des représailles des forces de défense et de sécurité en exposant des violations des droits humains commises par certains de leurs membres. Pour ces raisons nous ne pouvons pas partager l’origine de nos sources. La protection des sources – en particulier dans un contexte aussi grave – est je n’en doute pas une pratique qui vous est familière en tant que dirigeant de l’un des principaux sites d’information en ligne du pays. J’ajoute pour votre information que les vidéos auxquelles nous faisons référence sont authentifiées et analysées par une équipe spécialisée. À chaque fois qu’il est nécessaire, nous analysons des photographies, des vidéos et des images.

Ne pensez-vous pas avoir fait un rapport à charge en ne citant que des victimes  issues d’un camp?

  • Notre rapport est consacré aux violations des droits humains commises dans le cadre du changement de Constitution, et en particulier aux homicides illégaux commis lors de différentes manifestations au cours desquelles le maintien de l’ordre a été assuré par des FDS munis d’armes de guerre, en violation du droit international et du droit guinéen. Nous avons rapporté les cas de blessures de membres des FDS qui ont été publiés par les autorités, mais nous n’avons à ce jour par reçu d’informations sur des violences généralisées qui auraient ciblé un « autre camp ». Nous sommes évidemment preneurs d’informations en ce sens si vous en avez.

Dans votre déclaration, vous dites « El Hadj Yacouba Diallo vivait ici depuis très longtemps. En milieu de journée, des jeunes de la mouvance présidentielle sont venus, armés de bâtons, de pierres et d’autres armes. Quand ils sont arrivés, la victime a d’abord tiré des coups d’armes à feu, puis s’est réfugiée dans sa maison. Ils l’ont fait sortir et l’ont lapidé, bastonné à mort. Les concessions voisines de la sienne ont été caillassées et vandalisées ». Cela ne signifie-t-il pas, comme le dénoncent les autorités que les populations civiles sont armées et font usage de leurs armes “en cas de nécessité”? 

  • Il nous est difficile de généraliser à partir d’un cas. Nous avons surtout été frappés par la récurrence de violences attribuées à des groupes de jeunes favorables au pouvoir, avec parfois la complicité de membre des forces de défense et de sécurité, comme le montrent des témoignages et des vidéos publiés dans notre rapport. Nous espérons que vous ou vos reporters sur le terrain, avez fait le même constat que nous.

Etes-vous au courant de la ‘‘décapitation’’ de quatre membres des forces de sécurité (trois gendarmes et un fantassin) qui assuraient la garde du train aluminier de Fria? Ils ont été descendus du train, ‘‘décapités’’ par une foule qui avant de passer à l’acte, avait saboté les rails dans un quartier, fief de l’opposition, en haute banlieue de Conakry? 

  • Nous avons été informés de l’attaque du train à travers les médias, et des conséquences dommageables que cet événement pourrait avoir sur l’ensemble des activités économiques à Fria. Nous comptons nous tenir informés de la procédure judiciaire en cours à ce sujet, puisque des arrestations ont été effectuées. Nous n’avons pas recueilli d’informations sur l’identité des agents des forces de défense et de sécurité tués, ni sur la façon dont ils l’ont été. Si vous avez un lien qui revient sur ce drame, cela nous intéresse.

Pour rappel, à propos de ce rapport d’Amnesty International, Damantang Albert Camara, ministre de la Sécurité et de la Protection civile a, dans une interview qu’il nous avait accordée, dit ceci : « Je le répéterais à chaque fois que cela sera nécessaire : Premièrement, que certains agents agissent en dehors des directives c’est possible. Qu’ils agissent sur ordre de leur hiérarchie, c’est faux. Deuxièmement, qu’il n’y a pas d’enquêtes sur les assassinats, c’est faux et toute ONG qui dit cela est de mauvaise foi car elles ont toutes reçu les preuves que ces enquêtes sont ouvertes. Nous leur avons envoyé les extraits des rapports d’enquête avec des rapports d’autopsies. Nous leur avons aussi expliqué les difficultés à aboutir à la vérité, surtout quand il y a une exploitation trompeuse des images et vidéos qu’on leur envoie. »

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com