Le président de la République a adressé une invitation au chef de file de l’opposition, pour un tête-à-tête prévu pour ce vendredi, et dont l’ordre du jour sera axé essentiellement sur la recherche d’un consensus devant permettre la tenue d’élections justes et régulières en Guinée. C’est le lieu d’espérer à une sortie de crise définitive, si chacune des personnalités prend en compte les requêtes formulées par son vis-à-vis. En faisant prévaloir l’intérêt supérieur de la nation.  

C’est un communiqué de la présidence de la République qui a annoncé cette entrevue sollicitée par le chef de l’Etat avec  pour le vendredi 8 mai 2015, avec le Chef de file de l’Opposition, l’Honorable Cellou Dalein Diallo, pour « des échanges portant sur la situation sociopolitique nationale ». Ceci dans le cadre des concertations avec la classe politique.

Ledit communiqué indique que le Président de la République « reste fidèle à sa politique de concertation et de consensus entre la Mouvance Présidentielle et l’Opposition pour l’aboutissement d’un dialogue permanent en vue d’aller vers des élections libres, crédibles et transparentes dans notre pays. »

Car convaincu que « seul le dialogue permettra de trouver des solutions aux problèmes de l’heure et pérenniser la paix si chère aux Guinéens. » Voilà qui est bien dit. Reste à savoir si cette rencontre prévue au palais Sèkhoutoureyah va se matérialiser par des actes concrets. Et permettre de taire les querelles de chiffonniers auxquelles on assiste depuis un certain temps entre l’opposition et la mouvance présidentielle autour du processus électoral. L’opposition dit vouloir simplement que le pouvoir renonce à inverser le calendrier électoral, en organisant les élections locales avant la présidentielle. Le pouvoir pour sa part rappelle que la tenue de la présidentielle prévue pour le 11 octobre est non négociable. Et le président Alpha Condé l’a répété au gré de ses dernières sorties, notamment à l’étranger, dans des interviews accordées à des confrères, comme le Monde. A ces confrères qui lui ont demandé pourquoi   ne pas satisfaire la demande de l’opposition qui souhaite la tenue d’élections communales avant la présidentielle fixée au 11 octobre?

La réponse du président a été sans détour : « Après mon élection, nous avons négocié avec l’opposition et nous nous sommes mis d’accord pour choisir l’opérateur technique [chargé du fichier électoral] par appel d’offres et poursuivre les auteurs de violences et éventuellement indemniser les victimes. Il n’a jamais été question dans notre accord des élections communales qui n’ont pas eu lieu depuis 2005. De toute façon, les mairies et les délégations [nommées par l’exécutif] ne jouent aucun rôle dans les élections. La preuve, nous avons eu des législatives [en septembre 2013] et le pouvoir n’a eu qu’une majorité relative. Vous connaissez un pays en Afrique où le pouvoir en place n’obtient pas au moins 70 à 80 % des députés ? Par ailleurs, la Constitution prévoit que si l’élection présidentielle n’est pas organisée avant la fin du mandat, il n’y a plus de pouvoir. Enfin, Ebola limite nos moyens. Les opposants en Guinée n’ont pour programme que de jeter des pierres et de casser. Ils ont été très clairs en disant qu’ils allaient manifester jusqu’au renversement du pouvoir. Leur objectif est de créer le chaos, d’avoir beaucoup de morts pour arriver à une crise grave et au final un coup d’état militaire. Moi, je me suis battu pendant quarante ans pour la démocratie, je vais tout faire pour qu’elle continue, je ne vais pas frauder, mais la liberté de manifester doit aller avec la protection de la vie et des biens des citoyens. »

Ces propos ajoutés à ceux dans les colonnes de l’AFP, où le président a dit qu’il est disposé au dialogue, mais que cela dépendait de la nature du sujet à aborder avec son opposition, ont ravivé la tension dans la cité. Et l’opposition a été confortée dans sa position, qui est celle d’accuser la Ceni d’être à la solde du pouvoir.

Et depuis les manifestations ne font que se succéder dans la capitale et dans les provinces intérieures. D’ailleurs l’opposition venait juste d’annoncer un nouveau calendrier de ses manifestations, pour ce jeudi et pour le lundi prochain, que ce communiqué invitant Dalein chez le président est tombé, dans la soirée du mardi.

C’est le porte-parole de l’opposition Aboubacar Sylla qui a annoncé la tenue de nouvelles manifestations pour le jeudi 7 mai, dans la capitale, et le lundi 11 mai sur toute l’étendue du pays, « contre la gestion actuelle du processus électoral, l’inversion de l’ordre normal des élections mais aussi contre toute la gouvernance qui est pratiquée dans ce pays ».

« Nous avons pris la résolution de poursuivre nos manifestations le jeudi 7 mai dans les 5 communes de Conakry contre la gestion actuelle du processus électoral, l’inversion de l’ordre normal des élections mais aussi contre toute la gouvernance qui est pratiquée dans ce pays », a-t-il indiqué au terme d’une plénière qui s’est déroulée à la résidence de Sidya Touré.

L’opposition est arrivée au  constat « qu’il y a des milices privés qui sont des supplétifs des forces de l’ordre et qui s’attaquent aux militants de l’opposition en les blessant, voire même en les tuant », a révélé Aboubacar Sylla.

Au même moment on apprenait le décès d’un manifestant qui aurait été tabassé lors de la marche du lundi par des agents de sécurité, selon l’UFDG.  La victime du nom de Mamadou Bailo Diallo était mariée et père de deux enfants.

La France aussi a dans la même soirée du mardi réagi à la situation de crise qui sévit en Guinée, dans un communiqué publié de  son ministère des Affaires étrangères, qui a « déploré les violences qui se sont produites à Conakry le 4 mai à l’occasion de manifestations de l’opposition non autorisées par les autorités. »

Soulignant que « dans la perspective des prochaines échéances électorales, nous appelons les acteurs politiques guinéens à la retenue et au dialogue dans le respect de la constitution.»

A noter que le dernier face-à-face entre le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée, Cellou Dalein Diallo et le chef de l’Etat remonte au 25 décembre 2014. Dalein était parti présenté les condoléances de son parti au président  suite au décès de sa sœur aînée Madame Camara Hadja N’Sira Condé.

Les deux personnalités avaient eu auparavant d’autres rencontres sur invitation du président autour de questions d’ordre sociopolitique. Dalein n’est pas le seul leader de parti à être reçu par Alpha depuis son avènement au pouvoir en 2010. Aussi bien les anciens Premiers ministres que d’autres leaders, sans aucune véritable assise politique, ont vu les portes du palais s’ouvrir à eux. Dans des contextes variés.

 Aliou Sow (L’Indépendant)