Il y a environ un mois, la centrale Aggreko a été lancée. Si la desserte en électricité s’est sensiblement améliorée à maints endroits de Conakry, le déficit est encore en mégawattheures. Censée fournir 50 mégawatts à EDG, la centrale d’Aggreko n’en fait qu’environ 35 pour le moment. Une source proche de la compagnie britannique dit que ‘‘toutes ses installations sont prêtes pour s’acquitter de ses engagements’’.

Où ça coince alors ? Selon nos informations, le travail de génie civil qui revient selon les termes du contrat liant EDG à Aggreko n’est pas tout à fait achevé. La cuve (le Blader) de stockage de 4 mille litres de gasoil n’est encore pas prête. Ce qui ne permet pas d’alimenter normalement les groupes électrogènes. Pire, EDG n’est pour le moment pas à mesure d’absorber tous les 50 mégawatts (lire l’interview ci-dessous).

Cependant celle-ci selon les termes du contrat qui la lie à Aggreko, doit aménager le site, fournir le carburant et rendre son réseau capable de recevoir les 50 mégawatts. ‘‘Nous sommes en travaux’’, nous rétorque-t-on à la guinéenne de l’électricité. Mais jusqu’à quand ? Surtout que, semble-t-il, des citoyens en toute impunité, obstrueraient les travaux. Les six mois de fourniture d’électricité par Aggreko sont déjà entamés à cette allure, la Guinée, in fine risquerait de ne pas avoir toute l’énergie achetée.

Pour rappel, Electricité de Guinée (EDG) et le leader mondial des services d’alimentation électrique temporaire, Aggreko, ont signé, le 8 août, un contrat portant sur la fourniture de 50 mégawatts (MW) supplémentaires de courant électrique à Conakry durant six mois. Le montant du contrat de location s’élève à environ 10 millions de dollars. Cependant le coût du carburant nécessaire au fonctionnement des groupes s’élève à plus de 60 millions de dollars.

Les coupures d’électricité à Conakry ont été à l’origine de violentes manifestations au cours desquelles des dégâts matériels importants ont été causés à la guinéenne de l’électricité.

Aggreko est une entreprise britannique, listée à la Bourse de Londres, spécialisée, entre autres, dans la location de groupes électrogènes. Avec un chiffre d’affaires mondial de 1,84 milliard d’euros en 2012, Aggreko fournit de l’énergie à plusieurs pays africains, dont le Sénégal, le Niger, le Cameroun et la Côte d’Ivoire. On se rappelle qu’en 2010, elle a fourni 56 MW pour l’ensemble des sites de la coupe du monde de football en Afrique du Sud.

Ibrahima S. Traoré

Lamine Evans Sagno : ‘‘Les populations nous empêchent vraiment d’avancer’’

Dans la soirée du vendredi 1er novembre, notre reporter a rencontré M. Lamine Evans Sagno, responsable de la distribution et de l’exploitation régionale à EDG. Entretien.

Guinee7.com : M. Sagno, les citoyens n’arrivent pas à recevoir les 50 mégawatts de Aggreko, EDG aurait du mal à les distribuer. Qu’en est –il ?

Lamine Evans Sagno : Les 50 mégawatts en entier ne sont pas encore injectés sur le réseau. Actuellement les 35 mégawatts (soit au moins les 70 pour cent) sont sur le réseau. Vous pouvez vous renseigner dans les quartiers qui sont au voisinage de la Tannerie où sont installés les différents groupes. Je pense que vous aurez le meilleur témoignage  puisqu’ils ont eu un régime d’alimentation qui s’est fortement amélioré. Pour le reliquat des 15 mégawatts, nous sommes en train de faire des travaux. Et à la fin de ces travaux, on pourra injecter le maximum possible. Sauf que dans ces différents travaux, nous sommes contrariés par certains citoyens, les populations qui nous empêchent vraiment d’avancer.

Comment ?

Parce que pour évacuer cette énergie, il faut qu’il y ait des lignes. Ces lignes ce sont des poteaux qu’il faut implanter, pour pouvoir évacuer cette énergie. Il se trouve que dans certains quartiers, on a des difficultés pour pouvoir avancer. Notamment dans la zone de Sangoyah surtout où on devait prolonger la ligne de la Tannerie pour pouvoir desservir avec le même régime cette périphérie c’est-à-dire à partir de Sangoyah vers la mangrove,  Kissosso, jusqu’au niveau du pont entre Kissosso et Enta. Sur cette bretelle parfois le régime est très perturbé parce qu’il y a un seul départ ‘‘le départ sans pilote’’ qui est très chargé.

Et si on arrivait à prolonger le départ Tannerie, on aurait facilement déchargé ‘‘le départ sans pilote’’ sur cette portion et ça permettrait d’améliorer très fortement le régime de desserte de ces différents lieux. Donc, il y a des travaux qu’on est en train de faire sur le réseau moyen tension. Il y a le départ Céramique également où on est en train de remplacer les sections des conducteurs et remettre en état les postes pour faciliter l’évacuation de cette énergie en toute sécurité.

Qu’est-ce que vous faites pour sensibiliser les populations en vue d’accepter l’implantation des poteaux?

J’avoue que c’est à travers vous les médias et les autorités de Matoto qui se sont fortement impliquées parce que le maire de la commune lui-même est sorti avec moi sur le terrain. Nous avons essayé de sensibiliser les jeunes. Mais jusqu’à présent, il y a une certaine réticence de la part de certains citoyens.

Certains disent qu’EDG a voulu saboter les groupes Aggreko en y injectant le courant de Garafiri et qu’il a fallu la vigilance de Aggreko pour que les groupes ne soient pas endommagés. Qu’en est-il réellement?

La Centrale Aggreko a toutes les installations possibles pour les préserver de quelque tentative de perturbation.  Il n’y a eu aucun acte de sabotage. Tout au contraire, nous travaillons en parfaite harmonie avec les ingénieurs de Aggreko. Dès que ce projet a été annoncé, ça n’a pas pris du temps pour que ce soit rendu déjà exploitable. Avec toutes les difficultés qu’on a pour la remise en état de la Centrale de Tombo, les différents groupes qui ne sont pas encore disponibles. Il fallait cet apport d’énergie pour permettre de faire une compensation, de réduire un peu l’impact de cette absence d’énergie au niveau de Tombo pour que les populations puissent réellement jouir de cette denrée.

On s’attend donc à une amélioration de la desserte ?

Nous sommes en train de travailler dans ce sens. Comme je vous l’ai dit, il y a des travaux à faire  sur notre réseau. Vous savez, on a un réseau très vétuste. Depuis un certain moment on travaille pour réhabiliter ces différents réseaux. C’est un travail qui ne se fait pas en un seul jour parce que tous les jours qu’on pose des actes, il y a la demande qui augmente.

Malheureusement au même moment il y a des personnes qui vandalisent les installations.  Mais nous pensons qu’avec le temps, le Guinéen comprendra que les installations publiques sont à préserver  et que c’est pour tous les Guinéens et non pour une seule personne.

Vous avez un message à ceux qui sont dans l’obscurité et qui s’impatientent?

Que ces gens gardent patience et ce qui est évident, c’est que EDG est fortement engagée. Nous avons la volonté de travailler. Sauf que les actions que nous posons grâce à l’appui du gouvernement ne sont pas tout de suite visibles. Toutes ces actions engagées, au bout du compte, aboutiront à de fortes améliorations. Je demanderai de préserver les installations électriques et d’arrêter de faire monter des personnes qui ne maitrisent pas l’électricité sur les différentes installations, d’arrêter de vandaliser ces installations et surtout d’arrêter la violence vis-à-vis de nos agents sur le terrain. Il faut aussi accepter de payer les factures et s’adresser à EDG pour toute forme d’intervention sur le réseau.

Interview de El Hadj Mohamed Diallo

 

 

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