Le leader de l’Union guinéenne pour la démocratie et le développement (UGDD), Holomo Koni Kourouma a, dans cet entretien accordé à notre reporter, accusé l’assemblée nationale d’avoir failli à son rôle dans la gestion de la crise sanitaire qui secoue le pays, avec l’épidémie d’Ebola, qui a fait plus de 600 victimes en Guinée.

Vous faites partie de la commission économique et financière, du plan et de la coopération de l’Assemblée nationale. Peut-on avoir une idée sur les projets d’ordre économique et de coopération que l’Assemblée a pu adopter depuis son installation ?

Holomo Koni Kourouma : La commission a pu siéger sur d’importants dossiers mais vous savez le fonctionnement de l’Assemblée nationale est tel que, les commissions ce sont des lieux de travail mais au finish, c’est l’Assemblée nationale qui décide en plénière pour l’adoption de tel ou tel projet ou proposition de loi. Au titre des activités que notre commission a menées, lors de la commission des lois qui a pris fin en juillet dernier, nous avons eu à étudier et à proposer pour adopter à l’Assemblée nationale des textes importants concernant la coopération avec des pays amis comme : la Turquie, le Maroc. Vous savez que le gouvernement guinéen a entrepris un vaste programme de renforcement de sa coopération avec le Maroc. Ce programme exige un accompagnement législatif. Donc à ce titre, nous avons signé un accord de coopération commercial et économique avec le Maroc. Nous avons signé aussi un accord de suppression de la double imposition entre la République de Guinée et la République du Maroc.
Ce genre d’accord a été aussi étudié et approuvé en ce qui concerne les relations de la République de Guinée et la République de Turquie, ça c’est au compte de la coopération économique bilatérale. Au titre de la coopération multilatérale, nous avons étudié et proposé pour adoption à l’Assemblée nationale beaucoup de textes par exemple l’accord entre l’OMVS et la République de Guinée, destiné à financer beaucoup d’infrastructures hydrauliques dans les régions de la moyenne Guinée et une partie de la Haute Guinée. Au titre des textes de loi interne, la commission des finances de l’Assemblée nationale a étudié trois textes importants qui ont été proposés pour adoption à l’Assemblée nationale et qui ont été adoptés. Il s’agit principalement de la loi sur la Banque centrale. Vous savez qu’on dit souvent la Banque centrale est indépendante. Mais il fallait que cette indépendance soit renforcée d’un point de vue législatif. Donc, on a adopté un texte de statut de la Banque centrale qui renforce cette indépendance et qui va permettre à la Banque centrale de fonctionner en dehors de toute pression politique. En tout cas, si ces personnes qui animent la Banque centrale souhaitent être indépendantes prochainement, ils ont un outil législatif pour être indépendants, ce texte- là, a été voté. La loi statistique aussi, l’un des gros points de notre pays c’est qu’il n’y a pas de statistiques, c’est-à-dire quand vous prenez par exemple le président de la République, s’il échoue à lutter contre le chômage, il n’y a pas un organisme qui nous fait sortir de façon régulière et crédible le taux de chômage en République de Guinée. S’il réussisse aussi cet organisme doit pouvoir nous dire, qu’il est en train de réussir, parce que le taux de chômage est en train de baisser. Cela n’existe pas en Guinée, en tant que tel.
Donc, nous avons voté une loi pour doter la Guinée d’un Institut national des  statistiques. Non seulement c’est pour avoir l’autonomie dont il a besoin pour pouvoir travailler sans pression politique mais aussi de moyens qui pourront lui permettre d’assumer sa mission dans sa plénitude. Nous aussi avons étudié et proposé pour adoption un texte de loi comme le financement du terrorisme. Qui interdit entre autre le transport de montants importants en cash, au-delà des frontières de la République de Guinée. Il faut bien entendu ajouter au titre des projets miniers, l’ensemble des projets dont vous avez entendu parler. Je veux parler du projet Simandou du Rio Tinto; du projet AMC de Gaoual et du projet de MUBADALA concernant   GLOBAL ALUMINA. Tous ces projets ont des aspects très importants. Donc la commission des finances est l’une des commissions qui était appelée à étudier et à émettre son avis sur ces accords avant qu’ils ne soient votés. Nous avons naturellement fait tout ce travail. Beaucoup de choses ont été accomplies, il faut aussi dire que tout le travail n’a pas été accompli. Normalement la commission des finances doit aussi contrôler l’exécution du budget de ce point de vue. Il y a beaucoup de choses que nous devrons faire pour mériter une très bonne note de la part du peuple de Guinée.

Pour certains observateurs les élus du peuple étaient en vacances parlementaires, qu’en est-il ?

Nous ne sommes pas en vacances nous sommes dans une période entre deux sessions. Vous savez l’Assemblée nationale tient deux sessions de trois mois par an. Donc, ça fait 6 mois nous ne siégeons pas. Donc, entre deux sessions nous ne devrons pas siéger au parlement mais vous n’êtes pas en vacances non plus. Vous êtes censés être auprès de vos électeurs, auprès de la population pour recueillir leurs préoccupations, les analyses et les transformer, soit en propositions des lois ou en actions parlementaires. Donc, le député pendant cette période continue à travailler mais hors du parlement.

Bon nombre d’observateurs estiment que pendant la campagne, vous promettez monts et marées au peuple. Mais selon eux, une fois élus à l’Assemblée nationale, élus du peuple que vous-êtes, vous ne vous souciez guère de leurs préoccupations. Que répondez-vous à cela?

Je ne sais pas ce que les autres ont promis lorsqu’ils étaient en campagne  mais quel que soit ce qu’on promet, il faut que le guinéen connaisse ce qu’un député doit faire et ce qu’il ne doit pas faire. Un député n’est pas un exécutif, il doit se battre que les projets de route puissent être orientés quelque part. Mais un député ne va jamais aller faire une route quelque part. Ça c’est mon premier constat. Mon deuxième constat, c’est que le travail d’un député, c’est de faire des lois, de contrôler l’action du gouvernement et de contribuer à la mise en place des institutions capitales pour le bon fonctionnement de notre démocratie, je veux parler  de la Cour des comptes, de la Cour constitutionnelle, de la Haute Cour de Justice. Je suis d’accord avec beaucoup de citoyens qui pensent que l’Assemblée nationale n’a pas pleinement assumé  son rôle. J’ai dit ailleurs quelle était en faillite, au moins on peut dire qu’elle est presque en faillite, je vous ai cité trois rôles qu’un parlement doit accomplir. Contrôler l’action du gouvernement, voter des lois, aider à mettre en place des institutions.

L’Assemblée ne s’est intéressée qu’à un seul rôle. C’est-à-dire le côté loi. Et sur ce rôle l’Assemblée n’a même pas pleinement joué son rôle. Dans la mesure où, lors de la précédente session qui a commencé en Avril qui s’est terminée en juillet. L’Assemblée nationale n’a proposé aucune proposition de lois. Tous les textes que nous avons voté sont venus du gouvernement et même là où nous avons voté sans changer quoi que ce soit. Donc à la fin de la journée, il faut se demander quelle a été la contribution de cette Assemblée. Donc, contribution presque nulle et zéro proposition. En termes de contrôle de l’action du gouvernement et rien non plus n’a été fait.

L’Assemblée a carrément démissionné de son rôle de contrôle de l’action gouvernement. Imaginez-vous, dès le début de l’épidémie d’Ebola les députés s’étaient intéressés en invitant au ministre de la Santé à répondre les préoccupations des populations. Il y a beaucoup de problèmes que nous sommes en train de vivre aujourd’hui qu’on n’aurait pas vécu. Mais l’Assemblée en refusant de jouer son rôle, elle a mis gravement en danger la vie des populations guinéennes, il faudrait que cette erreur soit corrigée. Il y a des institutions capitales à la vie de la nation, la Haute Cour de justice qui a 9 juges dont six sont des députés de l’Assemblée nationale. On aurait dû désigner ses représentants pour que cette institution soit mise en place en vue de juger les ministres et le président de la République en cas de manquements. Mais l’Assemblée a carrément démissionné face à ses responsabilités. Il en va de même de la Cour constitutionnelle et d’autres institutions, donc de ce point de vue. Moi si on devait noter ce parlement, je crois, je leur donnerai 3 sur 10, elle ne passerait pas en classe supérieure. Je suis en accord avec une bonne partie de la population, qui dit que cette Assemblée doit mieux faire.

Ces derniers temps, vous êtes sortis dans les médias appelant à la fermeture des frontières, surtout celles du sud du pays. Qu’est-ce qui vous a poussé a déclaré cela ?

En fait, tout le monde est unanime pour dire que l’essentiel des cas d’Ebola qui viennent en Guinée aujourd’hui sont soit venus du Liberia ou de la Sierra Leone. Le président de la République, le coordinateur national Dr Sakoba Kéïta, tout le monde est d’accord, donc ça veut dire que nos frontières avec la Sierra Léone constituent un problème de santé publique. Quand il y a un problème, il faut une solution, aujourd’hui le gouvernement nous dit : il va renforcer les mesures de contrôle sanitaire dans nos frontières. Demander à n’importe  quel épidémiologiste le fait de prendre la température de quelqu’un à la frontière n’empêche pas quelqu’un qui est infecté par le virus Ebola de rentrer sur le territoire guinéen. Or, tu sais que la période d’incubation est de 21 jours. Donc on est en train de laisser les gens qui sont contaminés d’Ebola, de renter dans le pays et de contaminer d’autres guinéens, ça c’est inacceptable. Il faut que nous trouvions une solution en attendant que le gouvernement puisse renforcer ses capacités,  afin de pouvoir mettre en quarantaine presque toutes les personnes qui viennent du Liberia et de la Sierra Leone. En attendant, il est urgent de fermer les frontières pour couper la source de l’essentiel des contaminations et une fois que cette source est coupée. Je pense que nous pouvons gérer les cas qui sont en Guinée. Vous savez à un moment donné nous avons presque mis fin à l’épidémie. C’est avec la recrudescence des cas qui viennent du Liberia et de la Sierra Leone pour que nous puissions faire face à cette situation. On nous cite souvent l’exemple de Télémilé. Je pense qu’il faut féliciter les frères de Téléminlé. Mais à Télimilé les cas qu’on a, une fois qu’on les a traités, c’était réglé mais pour le cas de Guékédou, de Macenta, c’est que dès que vous avez deux cas aujourd’hui, vous finissez de traiter ça, une vingtaine qui vient du Liberia et de la Sierra Leone. Donc ça devient un cycle qui n’a pas de fin. On nous dit que ces frontières sont poreuses, que les populations sont mélangées. Je suis tout à fait d’accord mais quand vous fermez la frontière officiellement, vous réduisez le flux de personnes entre les deux pays de plus de 80%. Donc le peu qui va passer par les sentiers ça sera peu. Ce que je suis en train de vous dire est supporté par des études scientifiques. J’ai lu hier une étude faite par les scientifiques de l’université de l’Etat l’Arizona et de l’université Tokyo. Cette étude dit que les mouvements frontaliers incontrôlés de personnes potentiellement malades vont alimenter une épidémie à proportion ingérable dans le pays. Donc, même les scientifiques supportent le fait qu’il faut contrôler les mouvements  frontaliers. Je crois que notre gouvernement pour la santé de nos populations, doit prendre ses responsabilités. Les gens me disent que ces frontières là, sont déjà fermées de Youmou et du côté de Guékédou. Mais apparemment le gouvernement ne veut pas assumer cette fermeture  de façon publique. Or, quand vous n’assumez pas la fermeture de façon publique, c’est que les gens quittent à Morovia en pensant que c’est ouvert. Mais une fois à la frontière, ils ont déjà fait 400 km. Ils vont chercher maintenant à prendre les chemins de quartiers. Mais si depuis Morovia, ils savent que c’est fermer, ils ne vont pas se déplacer de Monrovia pour venir à la frontière.

Aujourd’hui, il se trouve que beaucoup de dons affluent vers la Guinée. Pour certains ces dons ne seront pas utilisés à bon escient. Quelle stratégie comptez-vous mettre  en place, en tant que député, afin d’attirer l’attention du gouvernement sur ce fait ?

Je pense que la gestion des dons de cette épidémie devrait faire l’objet de beaucoup de transparence. Ça veut dire qu’on devait connaitre à tout moment la communication que le comité de crise doit faire. Quel montant avez-vous reçu et à quoi ces dons ont été alloués. Mais pour le moment, c’est l’opacité totale. Il n’y a aucune transparence. Je ne vous apprends rien, il y a des gens qui racontent dans les quartiers que c’est de ‘’l’Ebola business’’. C’est-à-dire, c’est comme si certains en faisaient du business. Or Ebola est une épidémie très sérieuse qui tue beaucoup de personnes. Ils doivent faire en sorte qu’il n’y ait pas de soupçons de fraude.

Selon certaines informations certains dons sont revendus à la population, aviez-vous cette information ?

Nous avons entendu ces rumeurs, mais on n’a pas de preuves pour dire que ces dons ont été revendus. Une chose reste claire, l’essentiel des mesures d’urgence qu’on a eues, une bonne partie des mesures n’ont pas dépassé le seuil de Conakry ou de Sékoutouréya. Il y a beaucoup de centres de santé à l’intérieur aussi qui n’ont pas encore d’équipements de protection. Vous savez même à Ignace Deen beaucoup de médecins n’utilisent pas les gans. Comment voulez qu’à Panziazou que les gens le fassent. Honorable, un notre aspect de la fièvre Ebola, c’est que ces dons sont surtout tournés vers les hôpitaux publics. Alors qu’au jour d’aujourd’hui, la plupart des patients ne partent plus se faire consulter dans les hôpitaux publics, ils préfèrent les cliniques privées. Absolument les cliniques privées prennent en charge un lot important de malades. Demain (ndlr : mercredi 17 septembre), nous avons une session. Je veux parler de la commission santé de l’Assemblée santé. Je n’en suis pas membre, je crois que ce sont des préoccupations que nous allons discuter et qui seront proposées à la connaissance de l’autorité.

Le président des Etats-Unis a annoncé l’envoi de 3 000 soldats en Afrique de l’Ouest pour lutter contre Ebola. Quelle est votre perception de ce projet?

Bon parfois il y a des médecins militaires. Si ce sont des médecins militaires, ils seront les bienvenus. Mais vous savez que Ebola, c’est une épidémie meurtrière. Je crois que la plus grande aide aujourd’hui dont nos pays ont besoin, c’est l’aide en personnel médical, en équipement médical… Je crois que si on se concentre sur les aspects médicaux. S’il y a suffisamment de médecin pour contre Ebola et d’autres maladies, on pourra mettre fin à cette épidémie.

In Le Démocrate, partenaire de guinee7.com

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