Interviewé par nos confrères de RFI, Kiridi Bangoura, ministre d’Etat, secrétaire général et porte-parole de la présidence de la République, s’est confié ce mercredi 30janvier, sur les questions des futures élections dans le pays.

Les élections législatives auront-elles lieu cette année, en Guinée ?

C’est la Commission électorale nationale indépendante qui fixe le calendrier électoral en Guinée. Cette CENI est constituée de façon paritaire par l’opposition et la majorité. Il y a un constat qui a été fait par les acteurs politiques, il y a quelques temps, lors du dialogue politique ; et les recommandations issues de l’audit du fichier doivent être implémentées pour que les élections puissent se tenir dans les meilleures conditions possibles. C’est à la suite de cela que la CENI pourra techniquement proposer un calendrier électoral.

Tout se fait en fonction des agendas cachés du Président Alpha Condé, a déclaré hier sur notre antenne l’opposant Cellou Dalein Diallo, que répondez-vous ?

Le chef de file de l’opposition sait très bien qu’il n’y a pas d’agenda caché, le seul agenda; c’est l’agenda républicain. Le chef de file de l’opposition sait que le chef de l’Etat n’a rien à avoir quant à la fixation de la date des élections ; l’obligation lui est faite chaque fois que la CENI lui propose une date, de prendre un décret pour avancer.

Le report des législatives va-t-il entrainer un report de la présidentielle de 2020 ?

Vous savez, en fait, quand vous êtes dans une programmation du réel, vous  vous occupez des problèmes qui se posent à vous concrètement. Il y a un glissement, c’est vrai ; un constat a été fait, qu’on ne peut pas tenir les élections législatives à date, mais si tous se passe bien, les élections-là auront lieu cette année, et on pourra poursuivre le déroulé du calendrier républicain en Guinée.

Est-il envisageable de coupler les législatives et la présidentielle ?

Je ne suis pas membre de la CENI et le gouvernement non plus n’est pas membre de la CENI, mais c’est la CENI qui propose le calendrier électoral dans notre pays. La bonne volonté du gouvernement est vraiment assez claire et chaque fois que la CENI va demander au gouvernement de disposer des moyens budgétaires nécessaires pour l’organisation des élections, le gouvernement sera au rendez-vous, et de ce côté, les choses sont excessivement claires.

Le Président Alpha Condé veut-il se représenter pour un troisième mandat ou pas ?

La Président a tellement à faire. Le taux de prévalence du paludisme dans notre pays vient de passer de 45% à 15%. Le Président est dans le concret, il est auprès des populations, il est auprès des paysans, il est auprès des jeunes et des femmes, pour réaliser le projet  de développement national et aider chacun et chaque catégorie à participer à ce plan national de développement économique et social. Cela le préoccupe énormément, je crois qu’il a assez à faire et le mandat est totalement ouvert pour lui. Je ne sais pas pourquoi nous allons basculer artificiellement dans une discussion concernant le Président de la République.

C’est vrai que le pouvoir maintient l’ambiguïté ; vous le reconnaissez tout de même…

Est-ce que vous connaissez l’équivalent en Europe, d’un chef d’Etat qui discutera avant la fin de son mandat de la fin de son mandat. Et je ne sais pas pourquoi nous allons toujours être traités de façon un peu particulière, Excusez-moi, Madame, je ne suis pas susceptible, mais c’est important de signaler cela quand même. C’est curieux qu’en 2019, au lieu de s’occuper des législatives et du développement, au lieu de travailler sur cela, nous sommes encore en train de discuter d’un programme qui n’existe pas ; pour l’instant, le président est à la tache, au milieu des populations, pour faire avancer notre pays

Mais pourquoi ne se prononce-t-il pas clairement ?

Madame, la constitution guinéenne ne prévoit nullement que le Président dût répondre à cette question en cette date. Il y a une mission qui est confiée au chef de l’Etat ; pour l’instant, il estime qu’il doit mettre toute son énergie dans l’accomplissement de cette mission.

Et vous, vous souhaitez qu’il puisse rester, afin de continuer le travail  entamé ?

J’entends beaucoup de Guinéens le dire, j’entends d’autres Guinéens qui ont d’autres opinions, c’est cela la démocratie ; il faut que nous acceptions que le débat soit le maitre mot de la démocratie. Il ne s’agit pas seulement de rester dans l’observation statique des institutions. Il faut laisser le débat permettre aux opinions de s’exprimer.

Donc, vous reconnaissez qu’il y a un débat ? 

Il y a un débat en Guinée actuellement sur la constitution, sur les institutions, sur l’organisation de l’Etat au niveau de territoire ; est-ce qu’il faut plus de décentralisation ou moins de décentralisation ? Il y a un débat très intéressant actuellement sur la codification très forte sur les questions environnementales, la place des femmes dans la vie politique, parce qu’il y a des femmes qui se posent la question si l’égalité doit être formelle ou si des contraintes de quotas doivent assurer pleinement leur expression. Ce débat-là existe et tous ces débats-là trouvent leur achèvement à un moment donné dans le texte fondamental du pays.

Une nouvelle république permettra au chef de l’Etat de se représenter ?

Madame, est-ce que vous êtes d’accord avec moi, que le souverain premier, c’est le peuple ?  Si le peuple décide un jour, qu’il y ait une nouvelle république, on en parlera. Ni moi, ni vous, ni  Elhdj Cellou Dalein Diallo, ni le Présidant de la République ne peuvent décider à la place du peuple de Guinée.

Selon certaines informations, un texte de réforme de la constitution serait déjà prêt, c’est faux selon vous ?

Si certains sont plus forts que des volontaires, des citoyens éclairés qui débattent actuellement pour la réforme de la constitution guinéenne, c’est leur affaire, c’est leur constitution aussi ; je n’ai jamais entendu parler de cela, Madame.

Une réforme pourrait entrainer des violences ?

Nous sommes tous derrière le Président de la République sur le chantier du développement, de la démocratie et de l’unité nationale ; ce qui est important justement pour éviter le pire, c’est de continuer tous à jouir et surtout à observer les devoirs que l’Etat de droit nous impose. La CENI est en place, il faut que nous nous engagions tous, à ce que cette CENI rapidement propose  un chronogramme électoral au pays. Il y a du travail concret à faire pour préparer les élections législatives à venir. Il faut que les partis politiques, la société civile, les citoyens guinéens s’engagent tous dans ce processus-là.

Une synthèse de Abdou Lory Sylla pour Guinee7.com

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