Le secteur économique, notamment le marché de change, commence à prendre un coup. Traditionnellement, c’est à la période du pèlerinage que l’activité tourne bien, cette année du côté de Labé les cambistes s’en plaignent,

La ligne ‘’Devise’’, habituellement qui fait le plein, présente un climat morose ce matin, aucun client n’est visible sur les lieux.

Pour des raisons de sécurité, les cambistes qui ont accepté de témoigner l’ont fait dans l’anonymat. Ce jeune est âgé d’une trentaine d’années : « Monsieur le journaliste, comme vous le voyez, tout est désert ici, notre activité est bloquée, on ne sait plus sur quoi s’accrocher. D’habitude, c’est la période où on travaille bien, avec les pèlerins qui viennent chercher des devises étrangères ; et cette fois c’est officiel, il n’y a pas de pèlerinage, donc, nous ne voyons personne. Ensuite, la fermeture des frontières joue sur notre activité. Avant, les commerçants qui voyageaient pour le Sénégal venaient faire la monnaie du FCFA en Francs guinéens et vice versa. Aujourd’hui, on peut rester jusqu’à midi sans voir le moindre client. C’est difficile.

Ousmane Sylla, qui exerce la même profession, travaille beaucoup avec les agences de transfert d’argent. Chez lui, tout tourne au ralenti. « Actuellement, c’est la catastrophe, moi je travaille beaucoup avec les agences de transfert qui amènent la devise étrangère pour la transformer en FG, pour satisfaire leur clientèle. Mais avec le blocage des frontières, les fonds ne circulent pas, mes partenaires disent que la survie de leur activité est liée au mouvement d’argent. Vous savez, c’est le secteur informel qui attire les clients chez nous, parce qu’il n’y a presque pas de retard, sinon les transferts d’argent dans les banques allaient continuer sans problème, mais les gens viennent dans les succursales. »

Un autre cambiste, qui semble plus aguerri, donne sa version : « Aujourd’hui, tous ces problèmes sont mis sur le dos de la fièvre Ebola et des restrictions de voyage qui en ont découlé, alors que l’OMS et certaines puissances ont rassuré que rien ne peut arriver à travers les voyages, parce que les contrôles sont stricts au niveau des aéroports. Nous souhaitons que les interdictions de voyage soit levées, parce que ce n’est pas ce qui cause la propagation d’Ebola. Par exemple, dans un pays comme le Sénégal qui a fermé ses frontières, un premier cas est enregistré, alors qu’au Mali qui a fait montre de sérénité sans fermer ses frontières avec les pays touchés, aucun cas n’y a été enregistré. »

Dans les rues de Labé, le Sénégal ne fait plus bonne presse. Une femme rencontrée pour la circonstance tire à boulets rouges sur le pays de la Téranga et en veut même aux autorités guinéennes : « les organisations sous-régionales et africaines doivent taper sur la table pour se faire entendre de ces pays qui ferment les frontières comme bon leur semble. Je suis navrée, quand j’entends ce pays désertique nous adresser certains propos ; un pays qui dépend de nous en matière de denrées ne doit pas nous dicter ses lois. Parfois aussi j’en veux aux autorités guinéennes, sinon lorsque Sénégal a fermé ses frontières pour la première fois, au moment où il annonçait la réouverture, la Guinée devait en retour fermer sa frontière avec le Sénégal. Je vois que notre président Alpha Condé a eu trop d’états d’âme, mais je pense que cette fois, la Guinée va montrer à Macky Sall de quel bois on se chauffe, après cette épidémie. »

Avant que les autorités guinéennes ne réagissent par rapport à cette situation, du côté de Labé, les populations ont déjà déclaré la guerre au Sénégal.

                                                                                      AOB depuis Labé

 

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