Les télécommunications, secteur tertiaire par excellence est un pourvoyeur d’emplois non négligeable, et de fonds à notre économie. Tout ne marche cependant pas comme sur des roulettes, dans le monde des télécommunications, loin s’en faut. A titre d’exemple, il y a le cas d’Intercel, l’un des opérateurs mobiles de la place, qui a été contraint récemment,  à mettre la clé sous le paillasson, faute de résultats probants. Sans oublier Guinée Télécom, né des cendres de la défunte Sotelgui, qui attend toujours un repreneur, sans succès. Malgré l’optimisme affiché par M. Moustapha Mamy Diaby, ministre des Postes, de l’Économie numérique et des Postes qui, dans cet entretien accordé à votre semainier, dresse un état des lieux plutôt rassurant.

Bonjour Monsieur le ministre et merci de nous recevoir chez Vous. Pour commencer, vous allez nous faire un tour d’horizon sur le secteur des Postes, Télécommunications et de l’Economie numérique, portefeuille, dont vous avez la charge de gérer…

Moustapha Mamy Diaby : Je dirai que parler de l’évolution d’un secteur sous-entend de l’état dans lequel on l’a trouvé, jusque-là où il se trouve aujourd’hui.  Je m’efforcerai à résumer quelques grands acquis qui permettront d’avoir une lecture beaucoup plus éclairée du progrès que nous avons réalisé dans le secteur. Des difficultés auxquelles nous faisons face. Des choses que nous avons pu faire, parce qu’il ne s’agit pas seulement de présenter ce qu’on a fait. Il faut avoir la lucidité de dire également ce qu’on n’a pas pu faire.

En 2011, la Guinée était le dernier dans la sous-région ouest-africaine, en termes de taux de pénétration de la téléphonie, de couverture du territoire, de qualité des réseaux et de taux de pénétration de l’internet.

Peut-être que vous vous souviendrez en 2011, qu’à chaque fois que vous vouliez émettre un appel d’un réseau vers un autre, vous entendiez ceci : ‘’par suite d’encombrement, votre appel ne peut aboutir.’’ Parce qu’il était quasiment impossible d’émettre des appels d’un réseau vers un autre. C’était une sorte de jungle. On ne pouvait pas corriger ce dysfonctionnement, sans s’appuyer sur un cadre légal et règlementaire. Sinon ça peut paraître comme de l’abus.

Alors, on s’est attaqué au cadre légal et règlementaire. On a mis en place, un cadre réglementaire transparent, qu’on a partagé avec l’ensemble des acteurs. La mise en place de ce cadre réglementaire a permis d’appeler les acteurs, pour faire en sorte que le contenu de ce cadre légal et règlementaire soit respecté, y compris l’interconnexion, l’interopérabilité et la non-discrimination dans les réseaux. Ce qui nous a permis de régler le problème d’interconnexion. Nous avons signé des conventions avec les différents acteurs pour créer les conditions favorables à l’investissement. Parce que sans investissement, on ne pouvait pas améliorer la couverture, la pénétration, la qualité des réseaux. Donc, il y a eu beaucoup d’investissements du secteur privé. Parallèlement, l’Etat s’est engagé à faire des investissements sur les segments qui, au premier regard semblent ne pas être lucratifs. C’est en ce sens que l’Etat a investi pour l’atterrissement du câble sous-marin après le quel atterrissement, il a accepté d’ouvrir le capital au secteur privé. L’atterrissement de ce câble sous-marin a permis d’accroître le taux de pénétration de l’internet. On est parti d’un taux de pénétration de l’internet de 0,1% en 2011 à près de 40% aujourd’hui, malgré le fait qu’une grande partie de notre population est analphabète. Puisque l’internet, il faut savoir lire et écrire.

Nous sommes partis d’un taux de pénétration de la téléphonie autour de 30%, aujourd’hui nous sommes à plus de 100%. Ça  veut dire que nous avons beaucoup plus de cartes SIM que de populations recensées.

Nous sommes partis d’un taux de couverture du territoire de 18%, aujourd’hui, nous sommes à près de 90% des grandes agglomérations. Toutes les sous-préfectures de la Guinée aujourd’hui bénéficient d’au moins 1 réseau, et la plus grande partie de nos quartiers et districts aujourd’hui sont couverts aussi par au moins 1 réseau.

Nous avons plus de 70% des quartiers et districts couverts par au moins 1 réseau. Mais nous savons que nous avons l’obligation de faire en sorte que 100% des quartiers et districts, des villages et hameaux soient couverts. Mais c’est en cycle d’investissement. Donc, il faut que l’Etat consente, qu’il accepte d’investir pour alléger le coût de l’investissement pour le secteur privé. C’est ce qui fait que l’Etat est en train de construire le Backbone national sur près de 4 500 km, lequel sera utilisé par les opérateurs pour envoyer le trafic sur toute l’étendue du territoire. Ça va alléger leurs investissements. Pour ce qui est du transport, les différents Pylônes diffuseurs,  que vous voyez, et l’économie d’échelle que les opérateurs feront…, ces économies d’échelle permettront aux opérateurs d’étendre davantage leurs réseaux sur les espaces qui sont considérés aujourd’hui comme moins rentables ou pas rentables du tout.

Donc, il y a une conjugaison d’efforts pour l’Etat, des acteurs privés pour faire en sorte que tout l’écosystème des télécommunications et de l’économie numérique puisse se tenir au profit de l’investissement de l’économie nationale, mais surtout au profit de nos citoyens. Voici quelques repères qui permettent aujourd’hui de voir tout ce que nous avons pu faire.

On assiste de plus en plus à des plaintes de certains citoyens qui soupçonnent certains opérateurs mobiles de se livrer à de la surfacturation sur les Pass internet et les appels téléphoniques?

Il n’y a pas de situation parfaite, les citoyens ont le droit de se plaindre. Avant, les citoyens se plaignaient parce que le service n’existait pas. Aujourd’hui le service existe, les citoyens se plaignent, peut-être qu’il est cher, ou il est surfacturé. Demain, c’est sûr qu’ils se plaindront pour autre chose, c’est normal. Il nous appartient en tant que commis de l’Etat d’écouter ces plaintes, de les analyser pertinemment, et si les plaintes sont fondées, de trouver la solution à cette problématique. Nous avons une autorité de régulation sur la régularité des prix. Ils ont un outil de contrôle des prix. A partir de cet outil, ils se comportent comme un client pour la téléphonie. Ils vont acheter des Pass dehors et mettre sur des cartes SIM. Ils émettent et la machine leur montre les prix qui sont débités. Ils comparent ça avec le catalogue des prix déclarés par les opérateurs, et s’il y a une différence, surtout en plus, l’opérateur est rappelé à l’ordre. Il y a des mises en demeure. Mais s’il y a une différence en moyenne, ils laissent, parce qu’il arrive souvent que les opérateurs fassent des campagnes de bonus. On considère que ces campagnes de bonus sont en faveur de la population. Ce que nous n’acceptons pas c’est quand les tarifs effectivement appliqués sont supérieurs aux tarifs publiés.

Pour ce qui est de l’internet, oui, il arrive que les citoyens disent que quand vous achetez des Pass, ça va vite. Il faut que les citoyens comprennent, il y a plusieurs types de Pass. Il y a des Pass volumes, il y a des forfaits temps. Quand vous achetez un forfait temps, on vous dit ce forfait est valable pour un mois, il vous tiendra jusqu’à 30 jours.

Mais si vous prenez un forfait volume et vous suivez un film, en une heure le forfait est parti, parce que c’est le volume que vous avez acheté.

Et si vous achetez le volume, mais avec l’obligation que ça prenne un mois par exemple, vous ne pouvez pas suivre certains contenus, parce que ça réduit votre bande passante. Parce que ça doit vous prendre un mois.

Le plus souvent les gens ne lisent pas certaines écritures. Il faut que les citoyens aient la patience d’abord de lire les conditions particulières pour chaque produit, avant de souscrire au produit. Sinon, si vous souscrivez au produit sans connaître les conditions, vous serez surpris parfois. Et ce que nous, nous pouvons demander aux opérateurs, la seule obligation qu’ils ont, c’est d’afficher les prix et les conditions. Mais ils ne peuvent pas contraindre les citoyens à lire ces conditions avant de souscrire.

Je peux aussi vous dire que c’est vrai, il y a des difficultés. Parce qu’aujourd’hui, nous n’avons pas la fibre jusqu’à l’intérieur du pays. Donc, on a des problèmes de capacité.

Mais quand on regarde les coûts qui sont appliqués en fonction de la réalité, pour ce qui est par exemple de la téléphonie, nous avons le coût le plus faible.

Est-ce qu’on peut avoir une idée du  pourcentage du déploiement  de la fibre optique (Backbone) à ce jour sur l’étendue du territoire national?

Nous sommes à près de 90% du déploiement du réseau Backbone. Et nous sommes en train aujourd’hui de voir comment faire la mise en œuvre progressive, ne pas attendre que tout finisse, pour mettre en œuvre son utilisation. On met en exploitation les tronçons qui sont terminés. Ça  va permettre d’alléger les charges des opérateurs, les charges des consommateurs et améliorer substantiellement la qualité.

La SOTELGUI est en train de renaître de ses cendres, sous la nouvelle appellation de Guinée Télécom. Quelles sont les perspectives concernant le lancement de cette compagnie de téléphonie mobile dont l’état entend se désengager enfin?

En fait la SOTELGUI n’existe plus. C’est une entreprise qui a été dissoute. On a créé une nouvelle entité appelée Guinée Télécom. La vision de l’Etat qui est l’actionnaire unique pour le moment de Guinée Télécom, c’est de trouver un ou des partenaires, techniquement fiables et financièrement robustes.

Qu’en est-il du cas de Huawei qui était chargée de renouveler les équipements de la nouvelle société?

Huawei n’est pas intéressé par l’opération. C’est un fabricant d’équipements. Il ne fait pas d’opération. Les grands fabricants d’équipements ne sont pas intéressés par l’opération.

Donc, pour Guinée Télécom, on veut trouver des partenaires, ouvrir le capital. L’Etat restera minoritaire.

Parce que c’est un secteur hautement concurrentiel. Et ce que les gens ne comprennent pas, c’est que l’intérêt de l’Etat, c’est d’avoir des entreprises rentables qui progressent. Parce quand elles progressent, elles collectent la TVA, créent de l’emploi, payent les taxes et impôts. Donc, l’Etat a plus à gagner à avoir des entreprises robustes, qu’à être actionnaire d’une entreprise qui ne vaut absolument rien. Donc, notre vocation en tant qu’Etat, c’est de créer les conditions de création et d’épanouissement du secteur privé et c’est ce que nous allons faire.

C’est ce qui nous a motivés à ouvrir le capital de la GUILAB. L’Etat au départ était à 100%, aujourd’hui il détient 52,52%, et il va libérer 27,52% pour détenir 25% dans l’intérêt également de réduire ça, pour se retrouver peut-être avec 10%. Parce que ce qu’on cherche, c’est stimuler la concurrence. Et une fois la concurrence stimulée, les gens vont investir plus, parce que si vous n’investissez pas, vous perdez les clients. En investissant plus, vous créez beaucoup d’emplois directs et indirects. Non seulement, on a réglé le social lié à l’emploi, mais on a réglé des problèmes économiques liés à la collecte des impôts et taxes.

Est-ce que les anciens travailleurs ont bénéficié de règlements, dans le cadre de leur départ forcé?

Pour ce qui est de la SOTELGUI, tous les anciens travailleurs sont passés devant l’Inspection du travail, et ont signé le règlement. La partie sociale a été complètement réglée.

A présent, Monsieur le Ministre, dites-nous quelles sont les contraintes qui entourent l’avènement de la 4G dans notre pays ?

La 4G c’est une convention qui va lier l’Etat aux opérateurs. Il appartient aux opérateurs de venir demander la licence. Une fois cette demande est faite, l’Etat leur présente les conditions d’acquisition  de la licence, discute avec eux. Ce n’est pas de la dictature, l’Etat ne va pas leur dire forcement voici ce que vous faites. Une fois la discussion finie, il y aura la signature d’une convention, après l’opérateur déploie son infrastructure conformément à la législation relative au secteur des télécommunications.

Ce n’est pas à l’Etat de contraindre un opérateur d’installer ou de déployer son réseau 2G, 3G ou 4G. Ce n’est pas également à l’opérateur de venir prier l’Etat. Il exprime le besoin et discute avec l’Etat.

Ils s’entendent sur un document, y compris les cahiers de charges. Une fois cela est fini, il déploie son infrastructure et fait son business. Parce que c’est en faisant son business qu’il gagne, et l’Etat gagne. Sans business, il ne gagnera pas et l’Etat ne gagnera pas. Donc, il est de l’intérêt de nous acteurs publics que ceux-ci puissent travailler.

Il y a un véritable fantasme qui entoure la gestion  de l’Arpt, structure qui engrangerait d’énormes ressources financières. Qu’en est-il réellement M. le Ministre?

L’ARPT n’est pas une régie de recettes, ne collecte pas d’impôt, ni de taxes. Les impôts, les taxes sont versés directement au niveau de la direction nationale des impôts. C’est un régulateur. Les impôts et taxes ne passent même pas par les comptes de l’ARPT. Ce qui revient à l’ARPT de droit, ce sont les  redevances. Et la redevance c’est la contrepartie d’un travail fait. Parce que l’ARPT a des ingénieurs qui sont là, qui veillent si est-ce que la qualité ou ceci est respecté, et les fréquences qui sont mises à disposition. Le contrôle de l’utilisation est régi par un texte qui demande aux opérateurs de payer. Ça  revient à l’ARPT de droit. Et ça, ce ne sont pas des impôts ou des taxes, ce sont des redevances. Tout le reste est versé directement.

Quelle est la part de ressources générées  par le secteur des télécommunications pour le compte de l’Etat ?

Aujourd’hui, le secteur des télécoms est le deuxième pourvoyeur des recettes fiscales après les mines.

Si on enlève les recettes conventionnelles des mines, le secteur des télécoms est le premier.

La société de téléphonie mobile Intercel a été finalement contrainte de mettre la clé sous le paillasson. Est-ce que les choses se sont déroulées dans les règles de l’art pour le retrait de sa licence?

Effectivement, j’ai retiré la licence de Intercel, après avoir requis l’autorisation du Premier ministre et informé le gouvernement. Parce qu’Intercel ne respectait aucune disposition de son cahier de charges, aucune disposition du cadre légal et règlementaire, et n’investissait plus. Elle était devenue une entreprise qui tirait les autres vers le bas. Elle devait de l’argent à l’Etat, aux autres opérateurs. Elle ne parvenait même pas à payer le salaire des travailleurs. La situation se dégradait. Malheureusement, on est arrivé à sa fermeture. C’est dommage de fermer une entreprise.

Qu’en est-il du volet social impliquant les travailleurs de l’entreprise ? 

Tous les travailleurs de Intercel ont été désintéressés, conformément à la loi. Tous ont eu leur droit.

Nous sommes au terme de cet entretien, avez-vous  Monsieur le Ministre un message particulier à l’attention de nos lecteurs ?

Le point que je vais ajouter, c’est que les gens n’apprécient pas ou qu’ils n’arrivent pas à voir, tout ce que nous faisons. Nous sommes obligés de prendre en compte la dimension humaine. Nous consommons des produits et services. La plupart de ces produits et services sont développés ailleurs par des jeunes qui sont de la même génération que nos jeunes guinéens. Nos jeunes devraient également participer à cette dynamique de production de contenus, de production d’applications.

Mais on ne va pas s’arrêter au niveau des slogans. Qu’est-ce que nous avons imaginé ? Que nous avons fait ? Que nous continuons à faire ?

Je m’en vais vous dire que nous installons au niveau de tous les établissements d’enseignement supérieur, professionnel, pré-universitaire, des centres informatiques polyvalents avec une source d’alimentation autonome, des panneaux solaires, des batteries et des onduleurs, une connexion internet pour permettre à nos élèves et étudiants d’avoir accès à cet espace de travail, pour avoir accès à l’internet, aux contenus en ligne, aux bibliothèques virtuelles. Parce qu’aujourd’hui, il est difficile d’avoir des bibliothèques physiques, ça coûte cher à l’acquisition, à la maintenance, alors que la quasi-totalité de ces livres se trouve sur le net, et c’est un projet que nous avons commencé depuis plus de 2 ans. Qui a évolué sur le terrain.

Nous en avons aujourd’hui installé dans 156 établissements à travers la Guinée. Et nous ne nous sommes pas limités là.

Nous avons également pensé aux organisations féminines, à travers les centres d’autonomisation et de promotion des femmes, pour permettre de concevoir des centres informatiques avec des petits logiciels de gestion, permettant aux femmes de moderniser leurs sites de production. Là, nous avons installé 10 qui sont opérationnels. Nous sommes en train de finaliser 13 autres pour faire 26 à travers toute l’étendue du territoire.

Donc ça, ce sont des actions pour nous, qui impactent directement les populations, nos jeunes et qui auront des résultats sur le court et le long terme.

Interview réalisée par Dian Baldé et Sadjo (L’indépendant) 

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