Les parieurs ne se bousculent pas devant des kiosques des jeux de hasard pendant ce mois saint de Ramadan. C’est le constat fait par notre reporter.

A Lambanyi, un quartier de la commune de Ratoma, à quelques mètres seulement de la route principale (Tronçon Enco5-Grand carrefour de lambanyi), dans le principal guichet de paie de la place, l’ambiance est morose ce lundi matin. Alors qu’il est 11 heures, les nombreux bancs aménagés pour accueillir d’éventuels heureux gagnants sont quasi vides. Dans ce décor du moins indésirable, kerfala Fofana, responsable de zone (enco5) d’une loterie nous parle de la baisse des recettes pendant ce Ramadan.

‘’ Notre chiffre d’affaire a baissé considérablement. Ça ne va pas du tout. Nos agents qui sont dans les kiosques de proximité ne font plus de recettes. Parce que nos meilleurs parieurs s’abstiennent ’’, lâche t-il.

Certes, le Ramadan est la cause principale de cette situation mais pas seulement. ‘’ Les championnats européens de football sont aux arrêts. Nous attendons les parieurs à l’ouverture de la saison prochaine. C’est notre seul espoir ’’, indique M. Fofana. Reconnaissant quand même une belle moisson à l’occasion du mondial 2014 qui s‘est achevé dimanche dernier au Brésil.

Un peu plus loin, dans le même quartier, notre attention est attirée par une gérante qui somnole accrochée à son kiosque de vente de tickets. On la réveille.

‘’ Pourquoi ne pas s’offrir une sieste matinale ?  ’’, Ironise t-elle. En cause, ‘’Depuis le début du mois de Ramadan, les clients se font rares. Seuls, quelques fidèles viennent parier. D’habitude on ferme le kiosque à 16h 30mn mais compte tenu de la situation nous le fermons parfois à 15h ‘’, explique t-elle.

La laissant presque ivre de sommeil, nous partons au grand carrefour d’Enco5. Ici, trois kiosques de loteries s’avoisinent. A. Bangoura, à peine 30 ans, gérant rencontré dans l’un d’eux dit avoir vécu un véritable cauchemar. Du jamais vu depuis qu’il est employé de son entreprise, il y a deux ans.

‘’ La recette que je fais actuellement est surprenante.  Des deux millions que je recouvrais par jour, je suis passé à deux cent mille francs guinéens‘’, se plaint-il, amer, mettant en cause le mois saint.

A quelques pas de là, la gérante d’une société de loto, lancée il y a seulement sept mois dit traverser son plus dur moment d’apprentissage sur le terrain. Car, confrontée, elle aussi aux mêmes réalités.

‘’ C’est notre première expérience. Pendant ce mois de Ramadan, les clients ne viennent pas pensant que ces jeux sont interdits par la religion musulmane. Donc, c’est ce qui explique cette situation que nous espérons passagère’’, lance-t-elle.

Sur les lieux, les rares clients, majoritairement des jeunes, que nous rencontrons, confient ne plus pouvoir se passer de la loterie. Et même le mois de Ramadan n’a pu rien changer à leurs ardeurs. C’est le cas d’Emmanuel Traoré qui nous trouve devant un kiosque. Aussitôt venu, le jeune homme réclame au guichetier le calendrier de la journée avant de se plonger dans son petit calcul fébrile.

‘’ Ce n’est pas à tue-tête qu’on peut gagner, c’est plutôt par des calculs. Il y a la chance certes mais c’est à la base d’efforts ces jeux sont devenus sources de revenus pour les jeunes ’’, explique t-il.

Mamadou Lamarana Diallo, amateur de football, embouche la même trompette.  ‘’ Nous les jeunes jouons au loto, parce qu’on a rien à faire. Ça nous fait gagner un peu d’argent. Je perds rarement, on me rembourse plus souvent’’, a-t-il confié.

-Et le mois de Ramadan ?

-Bah ! Ça ne gâte rien. Le jeûne, c’est d’abord la croyance en Dieu. C’est tout !

Cet autre parieur, mordu des jeux déclare simplement ceci : ‘’ On ne joue pas pour jouer.  C’est hyper compliqué pour moi de me passer des services de ce jeu. La dernière fois, j’ai pu gagner cent cinquante mille francs alors que j’ai misé deux mille francs seulement’’. 

Moussa Diawara

 

 

 

 

 

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