Lors d’une interview qu’il nous a accordée, ce mercredi 9 décembre, à Kaloum, le président du Conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG), Dr Dansa Kourouma, a donné son point de vue sur la plainte portée contre des journalistes par la ministre de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle, Zenab Nabaya Dramé.

Lorsque vous vous acharnez contre les médias, c’est que vous étouffez la volonté du peuple à s’indigner contre la corruption

 « D’abord, je condamne l’acharnement contre la presse. L’acharnement contre la presse est une contradiction avec la volonté des autorités à gouverner autrement. Parce que les lanceurs d’alertes sont un maillon essentiel dans l’arsenal de lutte contre la corruption. Par conséquent, lorsque vous vous acharnez contre les médias, c’est que vous étouffez la volonté du peuple à s’indigner contre la corruption. C’est totalement en porte-à-faux. Je demande au président de mettre fin à cette recréation. A faire cesser toute forme d’hostilité contre la presse ».

A la presse, Il faut avoir les arguments avant de dénoncer

« En revanche, je demande à la presse, quand on parle de corruption, c’est un dossier compliqué, c’est coriace, c’est difficile. Il faut avoir les arguments avant de dénoncer. Être professionnel. Et mettre mains sur les éléments de preuves, avant d’alerter. Vous avez  entendu parler de WikiLeaks et Panama-Papers. C’est la presse. C’est elle qui a révélé tous les grands dossiers de scandale à travers le monde. Mais ils avaient des éléments. Quand les politiques ont nié, ils ont inondé la toile par les éléments de preuves. Finalement chacun s’est cherché. Il y a des démissions ; il y a même des conflits dans certains pays. Ça changé les résultats des élections… »

Alpha Condé a déjà fait 10 ans. Les gens sont pressés de voir ce qu’il va faire la première année de son nouveau mandat

« Lutter efficacement contre la corruption. Ça renforce la démocratie, ça renforce la prospérité. Donc moi je pense que les lanceurs d’alertes sont protégés par la convention des Nations-Unies de lutte contre la corruption et pratiques assimilées. La loi anticorruption elle-même, la loi 041 du 17 juillet 2017, portant prévention, détection et répression de la corruption, promeut les lanceurs d’alertes et les protège. Je demande au chef de l’Etat, c’est lui seul qui a le droit de grâce, c’est lui seul qui peut mettre le droit des journalistes au premier plan. Je lui demande de coopérer avec la presse, la société civile et des intellectuels anonymes, pour que tous les cas de corruption lui soient révélés. C’est la meilleure manière de réussir son nouveau mandat qu’il a eu dans des conditions difficiles. La population guinéenne n’a plus de temps pour attendre qu’Alpha réussisse ou pas. Parce qu’en réalité, il a déjà fait 10 ans. Les gens sont pressés de voir ce qu’il va faire la première année. Alors s’il réussit à sécuriser les recettes de l’Etat, à engranger suffisamment de ressources pour transformer qualitativement les conditions de vie de la population, la population ne sera pas désemparée. Mais s’il trébuche et laisse la corruption s’installer et miner la société, les conséquences politiques seront immédiates ».

Abdou Lory Sylla pour guinee7.com