L’Humanité célèbre ce 10 décembre la journée internationale des droits de l’Homme. Je n’ai pas écouté la déclaration du ministre guinéen des droits de l’Homme, Gassama Diaby, mais je suis sûr qu’il n’a pas évoqué dans son speech la question préoccupante de l’esclavage au Foutah. Celle-ci est pourtant bien réelle, pernicieux à souhait. En effet, depuis la bataille de Talansan en 1727, des Humains, des Guinéens comme nous, sont confinés comme les indiens de jadis dans des réserves appelées ‘’Rundé’’. Leurs droits sont violés, ils sont traités comme de la marchandise, n’ont pas le droit de prier Allah aux côtés de ceux qu’ils considèrent comme leurs maîtres. Ils naissent esclaves et leurs progénitures également. C’est scandaleux mais cela se passe aujourd’hui en Guinée au vu et au su de tout le monde. Ceux parmi ces esclaves qui sont intellectuels aujourd’hui, par un lavage de cerveaux depuis leur naissance pensent qu’ils appartiennent à leurs maîtres et s’interdisent d’immoler un bélier lors de la naissance d’un enfant sous leur toit. Un de nos amis, intellectuel de son état, malgré nos protestations, a préféré immoler un bouc lors de la naissance de son premier fils, prétextant que son statut ne lui permettait pas de faire recours à un mouton. Pour ces ‘’Rundé’’, l’idée d’être la propriété d’un autre et d’être traité comme telle est normal et l’a été durant des siècles.

Kevin Bales disait: « l’esclavage est un vol –vol de la vie, vol du travail, vol de la propriété ou des produits, vol aussi des enfants qui naîtront probablement esclaves » – et cela est vrai.

Ces hommes, femmes et enfants sont prisonniers physiquement et psychologiquement. Leurs pensées ne sont pas emplies d’espoirs et de rêves, mais plutôt d’oppression et d’inquiétudes.

C’est scandaleux, choquant et incroyablement ahurissant. C’est pourquoi grande aurait été ma joie si notre tonitruant ministre des droits de l’Homme avait évoqué ce sujet lors de sa déclaration à l’occasion de cette journée des droits de l’Homme. Il aurait dû, pour ainsi dire, dénoncé avec la dernière énergie cette pratique ignominieuse et établir un programme d’émancipation de ces esclaves pour qu’ils comprennent qu’ils n’appartiennent qu’à eux seuls et non à des prétendus nobles. Noble aurait ainsi été sa mission au sein de son département et il n’aurait plus eu à y tourner ses pouces. La défense de la dignité de la personne humaine est un combat noble auquel notre ministre devrait s’inviter au lieu de s’intéresser au sort de petits bandits qui brûlent des pneus, violent des femmes et poignardent les mains gauches de paisibles citoyens. Il est vrai que la question est assez gênante à la fois pour ces ‘’nobles’’ eux-mêmes et les politiques. Mais quand on décide de se faire Zorro, c’est avec cape et épée que l’on va au combat.

Au nom de la dignité humaine, au nom du respect du genre humain, au nom de la justice et de la liberté, il est temps que le ministère guinéen en charge des droits de l’Homme, toutes les ONG de défense des droits de l’Homme et tous les hommes et femmes épris de paix et de justice agissent contre cette pratique qui bafoue l’ordre et les valeurs élémentaires du monde moderne et civilisé.

Oui, aujourd’hui, je fais un rêve : Je rêve que dans un futur proche, il n’y ait plus d’hommes asservis, il n’y ait plus d’hommes qui appartiennent à d’autres comme de la vulgaire marchandise. Je rêve enfin que Gassama Diaby entre dans l’Histoire, perçu comme celui qui a été l’élément déclencheur de la fin de l’esclavage au Foutah. Evidemment, ceci est un rêve car notre ministre a d’autres chats à fouetter du côté de Hamdallaye, Bambéto et Coza.

Karamba Diakhabi