Il a fini par l’obtenir, sa candidature ! Bien longtemps après la dernière saison du cocasse “Dadis show”, et le coup de jarnac du ténébreux Toumba Diakité que l’on avait cru, à tort, avoir scellé le rêve du capitaine de devenir un jour le président élu de la Guinée. A partir de la capitale du Burkina où il fait (officiellement) sa convalescence, Dadis Camara a troqué le treillis contre le manteau de leader de parti politique, avant d’afficher sa volonté d’aller à l’assaut de Sékoutouréya à l’occasion de la prochaine présidentielle.

Comme si tout cela se tenait, quelques jours auparavant un groupe de femmes avait réclamé son retour au bercail à travers une marche organisée  à N’Zérékoré en Guinée forestière (son terroir). Certains l’on dit, le pouvoir est un aphrodisiaque. D’autres soutiennent que c’est une drogue.

En ce qui concerne l’affirmation des premiers, on n’a pas grand chose à se mettre sous la dent en lorgnant dans le rétroviseur du CNDD. Sauf peut-être les accusations de Cecile Sow de Jeune Afrique, méchamment commentées par son directeur François Soudan, où il est question d’un loup pervers – même s’il n’est pas forcément grand -, habillé non pas en grand-mère mais en treillis, qui a failli réserver à cette consoeur  le sort du chaperon rouge. Dans une version plus proche du roman à l’eau de rose que d’un conte de Charles Perrault.

Pour ce qui est de la seconde affirmation, à l’image de beaucoup d’autres qui ont goûté aux délices du pouvoir et connu ses effets d’accoutumance, Dadis pourrait bien être en état de manque. Tout comme ceux qui étaient autour de la mangeoire sous Lansana Conté ou le CNDD et qui jouent aujourd’hui, au sein de l’opposition, les dealers
d’opinion avec l’espoir de se “shooter” à nouveau en puisant dans la tirelire nationale une fois de retour aux affaires.

La descente de l’ancien chef de l’Etat dans l’arène ne laisse personne indifférent. Dans les rangs de la majorité comme de l’opposition, des petits malins s’amusent à croire que ce sera au détriment de l’adversaire d’en face.
Il est vrai que malgré sa responsabilité – au moins indirecte – dans le massacre de plus de cent cinquante manifestants venus protester contre son éventuelle candidature à la présidence, au stade du 28 septembre en 2009, l’homme conserve une bonne côte de popularité. Bien au-delà de sa communauté et de sa région d’origine, la Guinée
forestière. Ce qui ferait de lui, sa candidature validée ou non par la cour constitutionnelle, un allié de taille ou un obstacle pour l’un ou l’autre camp.

Outre l’occasion qui lui est ainsi offerte par le Front des patriotes pour la démocratie et le développement – FNDD – (le parti qu’il dirige dorénavant), de jouer les trouble-fêtes lors des prochaines joutes électorales, le statut d’homme politique pourrait constituer une armure contre d’éventuels ennuis avec Dame Thémis. C’est là d’ailleurs le véritable mobile de maints engagements en politique au pays des Telliano, Baïdy Aribot et autres Mamadou Sylla.

Comme le laisse supposer certaines sources, il pourrait être de mèche avec Alpha Condé : “Sois de mon côté et ne fais rien qui puisse me gêner, et je ferai tout pour te soustraire des menaces de la justice”. Ou intégrer l’opposition avec l’espoir de voir arriver une alternance dans laquelle il aura un rôle majeur à jouer et des jours tranquilles à vivre, en dehors de la prison de Coronthie et très loin de celle de Scheveningen aux Pays-Bas.

La pire des perspectives reste pourtant, au cas où son retour sur la scène politique serait perçu comme une menace pour l’actuel hôte du palais présidentiel, une mise en branle de la machine judiciaire dans l’affaire du massacre du 28 septembre 2009. En Guinée ou à travers la Cour pénale internationale si des troubles liés au replis identitaires
en cours dans le pays étaient à craindre.

En attendant de connaitre tous les éléments de l’équation, cet engagement de l’ancien patron du CNDD a tout d’un couteau à double tranchant. Et sans manche. Jusqu’à preuve du contraire …

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