On peut dire que la prostitution, “le plus vieux métier au monde”, se développe dans la cité de Labé. En effet, elles sont nombreuses, ces filles dont l’âge varie entre 16 et 25 ans, à se livrer à cette pratique devenue un phénomène aujourd’hui.

Le commerce de sexe féminin prend une proportion inquiétante dans cette ville. Les prostituées pullulent de partout. Il suffit juste de faire un tour sur l’axe Ndiolou-Safatou, pour constater cette réalité. A cet endroit, dans les différents maquis, ces filles se pointent dès 20 heures. Aujourd’hui, le plus grand lieu de rencontre reste le bar “Marifaala”, situé en bordure de route, sur la nationale Labé-Conakry. Là, nous avons rencontré quelques unes qui se sont prêté à nos questions.

« Moi, j’ai 17 ans, j’ai commencé ce travail, il y a deux ans. Je suis originaire de la préfecture de Mali ; je suis venu à Labé à la fin de l’année 2015. Quand j’étais nouvellement venue, je faisais le ménage pour les gens dans les foyers. Je gagnais entre 30 à 60 mille francs guinéens par jour. J’ai rencontré une fille ici qui venait du même village que moi. C’est elle qui m’a fait comprendre que la prostitution rapporte mieux que ces travaux ménagers que j’effectue. Elle m’a dit qu’elle peut se faire une recette variant entre 200.000 et 300.000 FG par nuit, comparativement à moi qui arrivais à peine de faire 100.000 FG par jour, avec un travail aussi pénible : faire la lessive, nettoyer la maison, puiser de l’eau. Ainsi, le premier jour, je suis rentré à la maison avec une somme de 370.000 FG ; et depuis, je vis de ça », nous a confié mademoiselle MD. Elle ajoute que pendant le weekend, elle peut coucher avec cinq hommes la même nuit.

Chaque prostituée a un “copain fixe” ; les autres ne couchent jamais avec celui-ci, quel que soit l’argent qu’il proposera

Au-delà de se livrer aux hommes, ces filles de nuit ont toujours un concubin, avec lequel elles terminent le reste de la nuit. Ainsi, pour l’harmonie entre elles, un principe a été adopté. « Dans la nuit, quand tu tournes, à partir de 4h au plus tard, il faut tout arrêter pour se consacrer à son copain fixe ; c’est avec lui qu’on termine le reste de la nuit. Maintenant, pour éviter les problèmes entre nous, on a dit que personne ne doit coucher avec le copain fixe de l’autre, quelle que soit la somme d’argent qu’il proposera ; et cela est de rigueur », a relaté FDD.

Les prostituées sont elles victimes d’abus sexuels ?  

Dans l’entretien que les vendeuses de sexe nous ont accordé, elles disent souvent être victimes d’abus. « Si tu conclues avec un homme, il doit te payer 60 à 70.000 après l’acte sexuel. Après avoir fini de coucher avec lui, s’il refuse de te payer, c’est un abus. Souvent cela nous est arrivé ; c’est pourquoi, maintenant, après avoir conclu, on demande d’être payé avant d’aller à l’hôtel », nous a confié l’une d’elles.

Les vendeuses de sexe sont elles en sécurité ?     

C’est l’autre question que nous avons aussi abordée avec ces filles. Et leur réponse est sans équivoque. « Monsieur le journaliste, même vous, dans l’exercice de votre métier, vous n’êtes pas en sécurité. Personne n’est en sécurité en Guinée. Nous sommes conscientes que nous pouvons nous rendre avec un inconnu dans une chambre et qu’il nous fasse du mal ; surtout si ce n’est pas dans une chambre d’hôtel. Mais c’est aussi ça le risque de ce que nous faisons », témoigne  MD.

Parlant de cette même sécurité, FDB, l’une d’elle, nous a informe qu’elle a été violée : « C’est un militaire qui est en service au camp Elhadj Oumar Tall de Labé, qui est le copain d’une de mes amies, qui à chaque fois que sa copine est absente, tente de m’amener pour coucher avec lui, chose que je refuse toujours, pour ne pas enfreindre à notre principe. Sauf qu’un jour, il m’a prise par la force, avec un de ses amis qui était habillé aussi en tenue militaire ; ils sont partis me violer à l’aéroport. Ils m’avaient copieusement frappée avant de me violer. Quand je suis allée me plaindre à la gendarmerie, les gendarmes m’ont demandé si une prostituée comme moi peut prétendre être violée. J’ai répondu que même si je suis prostituée, si je ne suis consentante, c’est un viol. Le militaire en question est en prison au camp. C’est vrai que nous, nous vivons dans les bars et motels, mais il y a aussi des filles de Labé qui quittent ici pour aller à Conakry, pour faire des weekends avec des hommes. Si tu couches avec un homme moyennant de l’argent ou un objet de valeur, c’est aussi ça la prostitution. Parfois, certaines même sont logées là-bas, et le plus souvent, ces filles contractent les maladies plus que nous qui sommes dans les bars et motels. Parce qu’elles peuvent coucher avec un homme sans se protéger ».

Entretien réalisé par Mohamed Samoura pour Guinee7.com

1 COMMENTAIRE

  1. Suis vraiment stupéfaite. Une fille de 17 ans qui a du mal à se contenter de 100.000fg par jour n’ayant pas des charges familiales. Imaginez avec une recette de 100.000FG/jour à la fin du mois à combien elle se retrouve ? C’est vraiment pitoyable. Quelque soit le salaire minable reçu avec un travail digne et mieux que tout ce qu’elles sont entrain de vivre oubliant que tout sa ne dure peu. Suis sans mot.

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