Après le passage<< difficile >>du dossier Guinéen au Conseil d’administration du Fonds Monétaire International en décembre 2015, Mamady Condé, M2Banque/Finance et études du développement  en service au Ministère du Budget  et chargé des cours d’Economie  financière, de Finances publiques et de Gestion des risques bancaires dans les universités à Conakry, il est aussi Président de la jeune Association Guinéenne des Économiste. Dans cet entretien fleuve qu’il nous a accordé, cet économiste analyse en long et en large la gouvernance en Guinée depuis l’avènement de la 3eme république. Il dresse aussi l’état réel de la situation économique et financière de la Guinée dans une période post-Ebola.

En  spécialiste des questions budgétaires et financières, il tire la sonnette d’alarme sur les risques de dérapages qui pourraient être fatales à notre pays et les perspectives qui s’ouvrent à notre économie si la gouvernance économique ne s’améliore pas. 

Tout d’abord pour commencer cet entretien, votre réaction sur le dénouement de la crise du  carburant entre le Gouvernement et les syndicats?

Mamady condé : Je vous remercie, je salue la responsabilité du gouvernement pour le résultat atteint dans les négociations avec les syndicats dont je félicite l’esprit de patriotisme. Une baisse du prix de carburant pourrait compromettre dangereusement l’atteinte des objectifs du programme avec le FMI ; car une nouvelle dégradation de la situation budgétaire allait aboutir à la perte de nombreux financements multi et bilatéraux que notre pays a besoin. Donc par conséquent la suspension de la grève déclenchée le 15 février est une décision salutaire car elle ne ferait que dégrader une situation économique et sociale déjà difficile.

Il faut préciser que les deux baisses successives des prix à la pompe en 2015 à entraîner une diminution de recettes de  1200 Milliards GNF sans qu’il n’y ait un impact significatif sur le coût des transports. Alors qu’une bonne gestion de cette ressource pourrait favoriser la hausse des dépenses d’investissements dans les secteurs porteurs de croissance, augmenter les salaires et payer les factures fournisseurs (entreprises, Universités etc.)

Les critiques syndicales sur la mauvaise gouvernance, la gestion à vue sont telles justifiées ?

La bonne Gouvernance est pour des Auteurs comme G Hyden << l’Administration et la gestion transparente des ressources humaines, financières et matérielles d’un Etat, d’une Collectivité, d’une Organisation dans le respect des principes et règlements établis >>

Pour des institutions comme  la  BM <<la  Gouvernance est une affaire de Management ou de réformes institutionnelles en matière d’administration, de choix des politiques, d’amélioration de la coordination et de fourniture des services publics efficaces >>.

Au vu de ces analyses, la problématique de la gouvernance se pose aujourd’hui en Guinée avec acuité nul ne peut l’ignorer. Cependant  la réalité économique de notre pays fut marquée essentiellement au cours des deux dernières années par l’impact de l’épidémie à virus Ebola qui a eu pour corolaire la baisse des recettes internes(près 1150 Milliards) , une diminution drastique des recettes externes suite à la baisse des cours des matières premières sur les marchés financiers et la faible concrétisation des promesses des appuis financiers des partenaires(70 à 80 Millions de dollars de concours financiers non reçus)  .

D’ou la nécessité de réussir le programme avec le fonds qui permettra nous l’espérons vivement l’afflux massifs des ressources extérieures pour accélérer la mise en œuvre de notre programme de développement et éviter de nouveau l’endettement excessif de l’Etat auprès de la BCRG (1800 Milliards en 2015). Il faut préciser également que des efforts sont encore nécessaires concernant la diminution  de la part des marchés de gré à gré ainsi que la problématique de la surfacturation.

Quel jugement faites-vous sur l’opportunité d’une hausse de la TVA sur la farine et l’huile dans la Loi de Finance 2016?

Certes nous sommes contre les subventions généralisées, mais nous ne voyons pas trop l’opportunité d’une augmentation des impôts en période de basse conjoncture sur des populations à revenus faibles. La TVA reste un impôt général sur la consommation qui frappe autant que possible tous les biens et les services .Nous pensons qu’au vu du contexte économique actuel difficile surtout pour les populations les plus vulnérables des solutions pouvaient être recherchées à travers l’élargissement de l’assiette fiscale et l’augmentation des taxes sur certains produits de luxe tels que la brasserie, la cigarette, la loterie, le transport aérien  et les NTIC  etc.…

Nous espérons que la rencontre des membres du gouvernement avec les représentants du patronat pour la non répercutions de l’impact de cette hausse sur les prix permettra d’éviter la baisse du pouvoir d’achat des personnes à revenus fixes. Une suspension de l’application de cette nouvelle mesure peut être envisagée, accompagnées des mesures visant à élargir l’espace budgétaire et les financements innovants.

La réunion du conseil d’administration du FMI est prévue mi-mars 2016, peut-on en savoir les grandes lignes de la discussion de Décembre 2015?

La discussion de décembre  a été très difficile car les dérapages budgétaires de 2015  étaient très importants (10% contre 4% en 2014)  et plusieurs administrateurs ont exprimé des réserves par rapport à la conclusion positive de la Revue. Le problème de la dette intérieure , des pertes importantes des réserves internationales ,l’utilisation abusive des avances de trésorerie(1860 Milliards GNF),la mise en œuvre par le gouvernement d’importants programmes d’investissements sans assurance de financement adéquate sont les causes de l’augmentation du déficit budgétaire  , les politiques de subventions généralisées ont créé d’énormes difficultés au système des finances publiques et gravement affaibli la performance de l’économie Guinéenne en 2015.

Il est vrai que le contexte interne (qui était caractérisé par l’épidémie Ebola à considérablement perturbé l’activité économique ) et international a aussi été assez critique sur la réponse au choc exogène(baisse des prix des matières premières qui a conduit à une diminution de la production et des exportations d’or, des recettes en devise étrangère et des recettes publiques)  et d’autres décisions de politiques économiques qui n’étaient pas liées au choc.

La conclusion positive de la sixième et septième revue concernant l’approbation par le conseil d’Administration du FMI de la demande de dérogation sur la sixième et septième, une revue dans le cadre de la facilité élargie de crédit avec effet immédiat le décaissement de 25,6 millions de dollars, est une bouffé d’oxygène qui nous nous espérons va faciliter la mobilisation d’importants financements extérieurs et intérieurs. Ce résultat, le pays en avait sérieusement besoin en cette période difficile marquée par des crises internes et externes.

Quelles appréciations faites-vous de la dette intérieure et des dérapages budgétaires constatés en 2015?

Le service de la dette intérieure au titre de l’exercice 2016 est estimé à près de 663 Milliards GNF, constitué essentiellement par les intérêts sur découvert exceptionnels(BCRG), les intérêts sur les bons du trésor (237,5 Milliards GNF en 2014) et les remboursements des crédits fournisseurs (285 Milliards GNF 2014) est  un problème majeur pour les finances Guinéennes.

Les dérapages budgétaires (-10% en 2015) ont eu un effet négatif sur la crédibilité de la Guinée. Mais, finalement c’est grâce aussi aux engagements que le gouvernement a pris pour résoudre les problèmes de finances publiques que la revue a pu passer. Mais il est clair que le programme économique ne pourra pas résister à de nouveaux dérapages. Pour résoudre le problème, comme vous le savez bien, les accords de prêt bi et multilatéraux seront nécessaires.

La qualité de la Gouvernance budgétaire ne se mesure pas à l’importance de la réduction du déficit budgétaire  d’un pays mais à la capacité de ce dernier d’éviter le déficit budgétaire. 

Le ministère  des finances a aussi fait  une opération de mobilisation de bons du Trésor de 400 milliards GNF. Le FMI  a aussi décaissé 18,36 Millions de DTS (environs 25,6 Millions de dollars US). Soit beaucoup de ressources encaissées par le Trésor public et devant être utilisées, pour régler le problème de la dette intérieure (près de 663 Milliards GNF en 2016). Je n’ai pas encore d’informations récentes sur les dépenses budgétaires pour voir qu’est ce qui a été fait. Je sais cependant  que les autorités Guinéennes y travaillent pour  présenter les tableaux exhaustifs.

Nous espérons que la prochaine  mission du FMI va finir par  analyser tous ça. Certes, c’est bien d’avoir mobilisé des ressources mais, il faut  mieux maîtriser les dépenses. Ne pas laisser entrer  trop de nouvelles dépenses sinon le problème ne sera pas réglé. L’assurance des partenaires économiques et financiers et les acteurs locaux serait renforcés si des mesures concrètes d’économie de dépenses sont prises.  Au-delà de la politique d’élimination des subventions. Il  faut un travail plus rapproché pour identifier d’autres niches de gaspillages.

Il est clair qu’aujourd’hui, un des plus grands problèmes pour  l’efficacité de l’Etat en Guinée, c’est la fragmentation institutionnelle. IL y a trop  de pressions de dépenses sur le budget.

Il y a beaucoup dans l’administration. Comme niches de perte de ressources il ya la prolifération des agences et des ministères mais il est clair qu’aujourd’hui, un des plus grands problèmes pour l’efficacité de l’Etat en Guinée, c’est la fragmentation institutionnelle.

Il y a trop de pressions de dépense sur le budget. Ce qui ne permet pas à l’Etat de faire un bon travail de planification des projets, de suivi et d’évaluation. Aujourd’hui, un chantier, qui me semble crucial, serait la réorganisation administrative de l’Etat pour consolider les structures afin de faire des économies et en même temps augmenter l’efficacité de l’action publique.

La création de l’office national des pétroles (ONAP) par le décret D/2015/165/PRG/SGG en remplacement de la direction nationale des produits pétroliers et dérivés (DNPPD) du Ministère du commerce, de l’office Guinéen de la recherche et de la promotion pétrolière (OGRPP) du Ministère des Mines et la direction nationale des hydrocarbures(DNH) Ministère des Mines est une mesure de politique publique à encourager.

Il y a la  dette intérieure dont le montant pose problème?

Pour la dette intérieure, il faut comprendre que c’est une dette flottante. Ça dépend de ce que le trésor a payé un jour donné ou une semaine. Le montant arrêté par les Autorités en  2014 était de 718,9 milliards GNF dans la chaîne régulière des dépenses. Il y a eu un audit externe pour voir qu’est ce qui s’est passé. Qui a fait quoi? Quel est le niveau d’engagement ? Donc, la prudence est de mise sur cette question qui a aussi été un problème très grave. Mais globalement , je peux vous dire que si ce problème de la dette intérieure n’est pas réglé définitivement, la Guinée  ne pourra plus continuer à bénéficier de FEC ( facilité élargie de crédit), parce que les notions d’arriérés, de dette intérieure ou de factures impayées, sont incompatibles avec  un programme signé avec le FMI pour les pays qui ont démontré une certaine maturité de gouvernance macroéconomique. Ce qui a été le cas de  la Guinée entre 2011 et 2013. Deuxièmement, il faut un suivi à temps  réel de l’exécution du budget.

La Guinée n’a pas  un système informatique  qui permet de faire ce suivi. Il faut analyser, de façon continue, si l’Etat peut financer ses dépenses à un moment donné et ne pas faire de nouvelles dépenses sans tenir compte de la situation de la trésorerie. Finalement, il faut plus de transparence. Le problème de la dette intérieure s’est aggravé parce que la carte de la transparence n’a pas toujours été au rendez vous.

La dette intérieure ne remet-elle pas en cause la capacité d’absorption de l’Etat?

D’une manière générale; le problème na pas été principalement du côté de la capacité d’absorption de mobilisation des ressources; mais plutôt de leur utilisation. A ce jour; on parle de plus de 600 milliards de GNF de dette intérieure. Cela a beaucoup fragilisé le secteur privé qui a engagé et effectué des travaux et na pas été payé. Ce qui a entraîné une sorte de manque d’oxygène financier. Au cours des derniers mois, un travail interne a été engagé avec les Ministre des finances, au niveau technique avec beaucoup de décisions; Le FMI qui assure les questions macroéconomiques participe activement à quantifier le problème et discuter sur les solutions à apporter.

Maintenant pour payer ces arriérés, il faut de l’argent. Plusieurs partenaires techniques et financiers sont prêts à payer pour le Gouvernement par le biais de prêts, de dons et certainement de conseils. La conclusion heureuse de la prochaine revue du FMI prévue au cours de ce mois sera un signal fort à l’attention des autres bailleurs de fonds qui vont s’aligner de manière collective, derrière le FMI. La France, L’UE et d’autres pays amis ont déjà fait un geste très important dans le cadre de l’appui budgétaire. Ceci devrait permettre à la Guinée d’assainir les finances publiques avec le paiement des arriérés. Au moins cela va permettre de sortir de ce problème crucial de dette intérieure et d’asphyxie partielle de notre l’économie et passer l’année 2016 sur une meilleure trajectoire.

N’est ce pas alors un problème de gouvernance économique?

C’est clair que ça pose un problème de gestion économique, bien entendu. Lorsqu’un système n’est pas capable de faire face à ses engagements envers le secteur privé, mais continue à faire des nouvelles requêtes pour des biens et services qui ne sont pas payés; et que l’économie nationale en souffre avec une forte baisse de la croissance. Certes, il y a les effets de  baisse des prix des matières premières, celui des  recettes intérieures qu’il ne faut occulter.

Les autorités ont-elles proposé un plan fiable de relance économique?

Certes il y a eu un plan d’actions d’assainissement des finances publiques. La relance économique c’est autre chose… Le plan d’assainissement inclut des mesures d’économie des dépenses ainsi que la recherche de nouveaux financements pour payer la dette intérieure. Ce sont essentiellement des propositions de prêts avec des  avec des taux d’intérêt concessionnels. Le programme de désendettement de 566 Milliards GNF auprès de la BCRG permettra une baisse du taux d’inflation de 9 à 7% selon les autorités va favoriser une amélioration du pouvoir d’achat.

Et les 400 Milliards de bons du trésor dans tout ça? 

Il peut être déterminant pour boucler le plan de règlement de la dette intérieure qui est si importante qu’elle a des effets négatifs sur l’activité économique, la santé des banques, les recettes fiscales, et  la croissance.

Au vue de tous ces dérapages Le FMI aurait pu négocier un programme d’ajustement budgétaire beaucoup plus fort, mais ça aurait été un ajustement de grande ampleur et insupportable et avec un effet très négatif sur les dépenses publiques, y compris sur les secteurs sociaux. Ce  qui fut évité par l’institution dans ses négociations avec les autorités  aujourd’hui en protégeant les dépenses sociales. Mais finalement,  sans les prêts des bailleurs bi et multilatéraux , la revue probablement n’aurait pas pu être concluante, car il y aurait eu un important gap de financement pour les opérations budgétaires de 2015.

Quel est l’état des taux d’intérêt de l’Etat?

L’essentiel des emprunts de l’Etat est à taux concessionnel. Il est vrai que les 6% de taux sur les bons du trésor à haut de 400 Milliards gérer par la Bicigui n’est pas concessionnel. Evidemment, dans ces cas, il faut une dérogation du conseil d’administration du FMI. Ce qui a été certainement le cas après que la Guinée l’ait demandée. Les Experts du FMI, ont soutenu ce prêt  parce qu’après analyse de la situation, il y avait trois alternatives. Soit un ajustement budgétaire de grande ampleur  avec les impacts négatifs sur les secteurs sociaux; cela, on n’en voulait pas. Soit mobiliser des ressources sur les places financières mais à un coût trop cher. Ou enfin, ne rien faire et la dette intérieure ne serait pas réglée, avec un effet catastrophique sur l’activité économique…Il fallait évaluer tout cela.

A propos de dépenses sociales, le FMI pousse à la suppression de certaines subventions. N’est ce pas contradictoire avec la politique de lutte contre la pauvreté?

Je ne le pense pas parce qu’il faut d’abord connaître les effets des subventions, une Etude doit être  faite  sur le bien fondé des subventions  dans notre pays .

Quand l’Etat  dépense en moyenne entre 1500 et 2000 milliards au cours des quatre(4) dernières années avec des subventions généralisées mais largement inefficaces, il faut se poser la question: Qui a bénéficié de ces ressources?

La plupart des subventions ne profitaient pas aux populations démunies. Même sur le plan des subventions versées aux institutions d’enseignement supérieur privées   où il ya une perception populaire que ça aide les ménages les plus pauvres, ce n’est pas toujours le cas .ça peut aider  un peu mais les plus grandes subventions, surtout en matière énergétique, sont captées par les couches  les plus aisées. De l’autre coté, les subventions de produits alimentaires, qui ont été introduites à travers un système de suspensions des taxes, ont  eu peu  d’impacts.

Alors, qui a profité de ces subventions?

Nos analyses montrent que la plus grande part des subventions a été captée par les couches les plus aisées. Vous savez combien d’écoles, de poste de santé, de vaccins, de repas pour les enfants dans les écoles primaires, de matériel scolaire, etc.., On aurait pu acheter  avec ces fonds? Finalement, il n’y a pas eu beaucoup d’impacts positifs et l’Etat perd  d’importantes  recettes. Donc, il faut trouver des alternatives.

Cela passe par la nécessité d’évaluer comment l’Etat pourra faire face à cette problématique.

Là, certaines propositions  concrètes sont possibles. Comme l’élargissement massif des cantines scolaires ou la possibilité de subventionner le transport public. Par contre, subventionner  les prix à la pompe comme se fut le cas durant ces dernières années, ce sont les couches aisées  qui ont des voitures qui en bénéficient. Ensuite, Il y a nécessité  de maintenir une tranche sociale dans l’électricité  et l’eau. Il faut préciser également la nécessité pour les autorités d’introduire un programme de transfert de l’argent direct aux ménages les plus pauvres. Cette politique fut appliquée en Amérique latine. ça a été fait en Amérique latine où l’Etat identifie les ménages les plus pauvres et leur transfère  de l’argent directement avec certaines conditions Comme amener les enfants à l’école, avoir un carnet de vaccination à jour, etc. Et  ça a eu des effets positifs. Nous disons que les subventions, nous n’y croyons pas mais si l’Etat est capable de faire des économies ailleurs, ça peut aller. Mais lorsque l’Etat introduit de nouvelles dépenses et qu’aucune autre n’est coupée, ça pose problème…

Et si l’Etat envisageait  une politique de privatisation pour faire face à ses problèmes de liquidités?

Certaines privatisations nous semblent difficiles à éviter dans le contexte actuel. L’Etat a besoin de liquidités pour financer son budget 2016 et les problèmes de trésorerie n’ont pas encore été réglés .Mais toute privatisation  devrait être exécutée en toute transparence (appel d’offres international, etc.)et pour financer, en principe, des dépenses déjà inscrites au budget .Je ne crois pas que l’Etat devrait privatiser des actifs  pour créer de nouvelles dépenses. Il faut au moins attendre le règlement définitif du problème de la dette intérieure et voir si le budget 2016  peut être financé comme initialement prévu.

La Guinée est-elle réellement menacée par les effets de la crise financière et économique internationale?

Bien entendu, aucun pays n’est à l’abri des aspects négatifs  de la crise financière internationale. La Guinée  sera touchée clairement par cette crise et on  connaît très bien les mécanismes de transmission de la crise.

Il y a d’abord la possible baisse de l’aide au développement .ça ne devrait pas être le cas, mais lorsque les budgets des pays développes sont sollicités  pour soutenir leur système bancaire, etc, il ya un risque de réduction  des budgets  alloués aux pays en développement .ça peut avoir un impact sur la Guinée et les pays de la CEDEAO.

Il ya aussi l’effet de la possible baisse des transferts d’argent des Guinéens à l’étranger, une diaspora très forte .Lorsqu’il ya une crise dans les pays développés où ils travaillent, ça peut avoir des effets sur le pouvoir d’achat des ménages qui dépendent de ces transferts et sur l’activité de certains secteurs comme l’immobilier. L’autre problème, c’est la baisse du niveau des exportations (Bauxites, Diamant, L’or).

Quand l’économie des pays développés commence à se ralentir, la demande des exportations  peut baisser  pour les pays exportateurs. Comme la Guinée pour ses exportations en produits des mines. Il peut aussi y avoir un effet sur les prix qui peuvent baisser et sur les quantités.

Il est indéniable que la Guinée a ressenti le contexte international des prix alimentaires, des matières premières et des prix de pétrole puisqu’elle est un grand importateur à la fois de riz et de pétrole. Et il faut en plus compter avec un élément de transmission du pétrole sur les produits guinéens qui sont un peu différents. Le pétrole rentre dans la production d’EDG et y sort comme électricité qui coûte cher.

EDG devait la vendre plus cher, mais la décision politique a été de ne pas ajuster les prix rapidement à hauteur des coûts. Il ya des raisons peut être politiques et compréhensibles, mais la conséquence a été l’aggravation de la situation financière des sociétés qui ont même des difficultés de fonctionner sans la subvention publique.

Avec en remontée une implication dans le budget de l’Etat puisque l’EDG vendant l’électricité à un prix en deçà de ses coûts, il faut bien que quelqu’un paie la différence.   Dans le passé, il ya quelques années, ça se cumulait sur plusieurs années et le budget arrivait à prendre en charge la subvention sans difficulté majeure. Cette même démarche a été reconduite pour atténuer la hausse des prix des denrées de base. Et c’est encore le budget national qui a été actionné pour empêcher que la population achète le Kg de riz au prix du marché international. L’Etat essaye toujours d’amortir ce choc en réduisant la taxation.

Alors en 2016; quels sont les secteurs de l’Economie Guinéenne qui seront sérieusement touchés par la crise ?

Il faut chercher les canaux de transmission de la crise  vers l’Economie Guinéenne. On pense d’abord aux exportations; car la Guinée va vendre sur des marchés en récession.

Il y aura certainement un impact sur les envois de fonds des immigrés avec d’éventuels pertes d’emplois dans leurs pays d’accueil, les revenus qui se tassent ou les craintes de perdre leur emploi dans une économie morose. Donc, autant de facteurs qui peuvent forcer les gens à réduire les envois. La Guinée bénéficie beaucoup de ces fonds, estimés à des centaines de millions d’euros. Dans la réalité, un grand nombre de personnes dépend beaucoup de cet argent reçu, fréquemment.

Un troisième canal de transmission de la crise possible, ce sont les grands projets d’investissement privé ou de partenariat public privé. Il ya un problème d’incertitude qui se pose avec la crise financière. On espère que pour les grands projets, comme Souapiti ne vont pas être affectés par les problèmes de financement. C’est une éventualité et je pense sincèrement qu’il vaut mieux attendre avant de s’engager, car on ne sait pas ce qui va réellement se passer.

Dans les pays industrialisés, on se dit que l’économie va ralentir, mais fondamentalement, que va-t-il se passer?

On peut avoir des scénarii si vous partez d’une projection. Ça pourrait être pire qu’on ne le pensait avant. Les investissements privés étrangers pourraient être affectés, dans le montant ou le timing.

On a un autre canal, mais avec l’inverse de ce qui s’est passé, il ya exactement plusieurs mois avec le prix du baril qui a fortement chuté. Espérons que cela se répercute dans l’Economie, mais il faut que les décisions soient fortement rationnelles. Il ne faut pas qu’elles aillent au-delà du raisonnable.

Y a-t-il un risque immédiat qui  pèse sur l’économie Guinéenne?

A ce stade, il n’y a pas beaucoup de choses en jeu, parce que ces canaux, qui peuvent toucher la Guinée, ne vont pas se manifester d’une manière brutale. Peut être que ça viendra lentement et le phénomène peut être plus graduel. Actuellement, on n’a pas de signes très visibles comme l’année passée avec la présence du Virus Ebola (même si la prudence est nécessaire sur ce plan).

Entre le choc des deux dernières années et ceux à prévoir dans le futur, il ya un contexte propre à la Guinée avec la gestion des finances publiques. Je vous ai parlé des chocs mondiaux qui étaient réels et très sévères et pour lesquels la fiscalisation a été la solution pratiquée par la plupart des pays à travers le monde. L’idée était d’essayer d’amortir le choc sur l’économie nationale, mais cela a  absorbé plein de ressources fiscales. L’Etat s’est retrouvé à exécuter ces dépenses au-delà de ces capacités de financement.

Quels impacts sur les grands travaux,  les gros investissements …? Lorsqu’il ya beaucoup de projets et des grands travaux qui sont exécutés par des compagnies étrangères, financés par des banques parfois étrangères, avec la crise financière internationale, ces entreprises pourraient avoir des difficultés pour mobiliser ces financements. Qui pourraient se traduire, pour la Guinée, par des investissements étrangers directs sur lesquels on peut observer des effets négatifs. Si c’est le cas, ça peut conduire au ralentissement dans l’exécution de certains travaux…

Est-ce que la Guinée est toujours un bon élève du FMI?

Il faut éviter le mot << élève>> parce que c’est comme si c’était une relation paternaliste et, le  FMI  le professeur .Je peux dire qu’entre 2011 et 2014, la Guinée  a été un modèle de gestion macroéconomique: déficit très  faible, bonne maîtrise de l’inflation, croissance économique moyenne de 3%, etc. A partir de 2014, les choses ont changé. 2015 a été une année de crise avec le déficit budgétaire qui a doublé (près de 10%). 2015 a aussi été mauvaise avec  la dette intérieure et extérieure qui a commencée à s’aggraver (1.7 Milliard US). Quant à 2016, c’était  une année difficile en matière budgétaire. Il est clair aujourd’hui que la Guinée devra encore faire beaucoup d’efforts pour  regagner sa place. Mais la facilité élargie de crédit (FEC) peut lui offrir cette opportunité  si le programme est appliqué de façon rigoureuse. S’il y a encore des dérapages, pour la prochaine revue, la FEC  ne pourra plus supporter cela.

Les deux Ministres nouvellement nommé à l’économie et au budget sont-ils en même de défendre cette politique et la mener à bon terme?

Les cursus et les expériences des deux Ministres inspirent confiance. Ils se sont engagés au nom du Gouvernement, pour mettre en œuvre ce programme de réformes. Finalement, s’il y a des dérapages, ce ne serais pas bien, mais regardons la feuille de route de la Guinée pour assainir  les finances publiques>> La Ministre des finances s’est engagée au nom de la Guinée à respecter  les engagements qui vont  permettre de convaincre le conseil du FMI  pour passer la revue. Mais maintenant, le conseil s’attend à une performance presque parfaite par rapports aux engagements. Nous espérons qu’il pourra les faire respecter même  si la question de notre souveraineté financière se pose.

Alors, quels enseignements en tirer?

La leçon à retenir, c’est qu’à court terme l’Etat doit continuer à assainir les finances publiques et se mettre sur une trajectoire rationnelle. On a vu que l’option prise en subventionnant les prix des denrées de base n’a pas permis de régler les choses. Ceci a transformé pendant plusieurs années un problème externe en un problème interne. Une démarche qui a montré ses limites.

Pour nous, il faut bien comprendre les canaux externes sur l’économie. Mais, il faut aller plus loin pour essayer de comprendre comment cela affecte différents groupes de régulation aussi bien géographiquement que sociologiquement pour essayer d’avoir des réponses appropriées à ce genre de problèmes.

Il faut comprendre l’importance de l’investissement directe étranger et les transferts de fonds.  Quand une baisse de ces flux se produit, il faut essayer de comprendre, qui sont les personnes les plus touchées et essayer de déployer des programmes qui les ciblent pour résoudre le problème et éviter de le généraliser au niveau des finances publiques.

L’Etat doit jouer un rôle d’assurance et d’absorbeur de chocs spécifiques plutôt que de chocs locaux. Il faut des outils administratifs et institutionnels, une réflexion et des débats pour le faire et s’assurer que l’argent ne sort pas par la fenêtre.

C’est comprendre, prioriser et mettre en œuvre d’une manière plus rationnelle pour voir comment, potentiellement, aider nombre de groupes socioéconomiques à absorber cette crise tout en restant dans la capacité de l’enveloppe des finances publiques. Pour convaincre les partenaires techniques et financiers il faut bien gérer les finances publiques.

Comment vous voyez la Guinée à l’horizon 2018?

Une question difficile! Vous savez, la Guinée a beaucoup de potentialités Un pays qui a des atouts géographiques remarquables, au niveau des ressources Agricoles, Minières et humaines, même s’il y a beaucoup à faire pour améliorer l’environnement des affaires et attirer davantage d’investisseurs. En même temps, il ya encore des risques qui nous laissent encore modérés dans nos analyses. Le problème, c’est que la Guinée est encore vulnérable aux chocs exogènes. Parfois, les réponses apportées aggravent les chocs. Donc, il faut faire très attention aux politiques économiques et toujours garder un cadre macroéconomique sain, avec  une politique budgétaire équilibrée; mais aussi continuer à améliorer  l’environnement des affaires , développer les infrastructures  et rationaliser les structures administratives de l’Etat avec une véritable culture de la performance… Si ces conditions sont réunies, la Guinée peut alors réaliser des taux de croissance élevés. Mais , dans le même  temps, il y a toujours ces risques de répétitions des dérapages qui ne nous permet pas d’être encore optimistes, alors que pour convaincre les bailleurs il faut bien gérer les finances publiques.

Peut-on améliorer la transparence dans la gestion des ressources en 2016?

L’opacité financière a été considérée comme un facteur aggravant  des crises économiques et financières. Des institutions comme le FMI ont établi des éléments de transparence en matière de gestion financière publique qui s’articulent autour de quatre principes essentiels qui sont:

  • D’opérer une distinction claire entre secteur public et privé et au sein secteur public entre autorité budgétaire, monétaire et administrative;
  • De permettre l’accès facile du public à une information exhaustive et sincère, publiée à des intervalles réguliers;
  • De favoriser la mise en œuvre des procédures de présentation, d’élaboration et d’exécution des budgets de façon comptable normalisée et certifiées et;
  • De favoriser un examen contradictoire et indépendant de l’information budgétaire.

Le respect de ces principes dans la gestion de nos ressources par les autorités financières permettra de favoriser l’instauration de la transparence et l’efficience dans la gestion publique.

L’augmentation de la population, les besoins qui en découlent mais aussi la sortie d’années d’austérité et l’embolie conjoncturelle passagère ont conduit à adopter un rythme annuel d’augmentation des dépenses qu’il n’est pas raisonnable de maintenir dans la durée.

D’autres éléments incitent à la rigueur et à la prudence, à commencer par la situation financière de l’Etat qui menace plus que jamais, de conduire à des transferts de charges sur l’étranger qui pourraient peser lourds sur nos finances.

Ces mesures viendront compléter les efforts entrepris déjà dans les domaines suivants:

  • extension de la gestion centralisée des liquidités avec à la clé des économies d’échelles;
  • études et réalisation des possibilités de transferts d’actifs dans les domaines qui permettent à des entités publiques ou parapubliques de financer elles mêmes leurs investissements;
  • introduction de la comptabilité financière intégrée au sein de tous les départements avec à la clé une meilleure maîtrise des dépenses
  • mies en place d’un système de contrôle interne qui facilite la gestion centralisée tout en constituant un système d’information et de pilotage pour le Gouvernement et les départements;
  • adoption d’un concept de mandat de prestations modulables en fonction des charges déléguées par l’Etat à diverses institutions subventionnées;
  • poursuite des mesures de rationalisation et d’efficacité dans la perception des recettes fiscales;
  • la mise en œuvre effective cadre budgétaire à moyen terme pour plus de transparence et d’efficacité dans la gestion des dépenses publiques;
  • nous nous devons de tout entreprendre pour éviter la progression de la dette. nous nous devons de tout faire pour retrouver la voie de la voie de comptes équilibrés dans la durée comme la loi d’ailleurs, doit nous imposer.
  • Favoriser le respect des normes dans la passation des marchés publics pour plus de transparence et l’amélioration de la qualité de la dépense.

Quelles perspectives pour 2016 ?

Pour la période 2016 et celles à venir, plusieurs éléments vont interagir, mais l’un des plus essentiels, c’est de savoir ce qu’il en sera pour la politique économique.

La Gouvernance économique de notre pays sera forte lorsque  le Gouvernement peut donner à la politique budgétaire et Monétaire un caractère durable et lorsque les engagements de fonds publics non seulement se conforment aux limites macroéconomiques mais aussi lorsqu’ils sont affectés de manière efficace à la fourniture de biens et services publics.

Le règlement de la dette intérieure sera un plus déterminant ainsi que la baisse du prix de pétrole. Mais il faut bien suivre ce qui va se passer surtout avec les canaux de transmission de la crise internationale sur l’économie Guinéenne. Quand on met tout ça dans la balance, on peut se retrouver en fin 2016 avec des résultats positifs. Il faut des choix politiques judicieux qui l’amplifient.

Comment vous voyez la Guinée à l’horizon 2018 ?

Une question difficile! Vous savez, la Guinée a beaucoup de potentialités Un pays qui a des atouts géographiques remarquables, au niveau des ressources Agricoles, Minières et humaines, même s’il y a beaucoup à faire pour améliorer l’environnement des affaires et attire davantage d’investisseurs.

Pour les perspectives de 2017,il faudra suivre les événements, mais aussi s’assurer que les choix sont bien faits. Il ne faut pas penser qu’on peut atteindre des objectifs avec certitude surtout dans un contexte d’incertitude très profonde et de volatilité.

En même temps, il ya encore des risques qui nous laissent encore modérés dans nos analyses. Le problème, c’est que la Guinée est encore vulnérable aux chocs exogènes. Parfois, les réponses apportées aggravent les chocs. Donc, il faut faire très attention aux politiques économiques et toujours garder un cadre macroéconomique sain, avec  une politique budgétaire équilibrée; mais aussi continuer à améliorer  l’environnement des affaires , développer les infrastructures  et rationaliser les structures administratives de l’Etat avec une véritable culture de la performance… Si ces conditions sont réunies, la Guinée peut alors réaliser des taux de croissance élevés. Mais, dans le même  temps, il y a toujours des risques de répétitions des dérapages qui  nous imposent un optimiste mesuré, alors que pour convaincre les bailleurs il faut bien gérer les finances publiques.

Propos recueillis par Vincent pinot 

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