Moussa Diabaté

La représentation nationale vient de prendre une résolution visant les coordinations régionales et d’autres organisations similaires leur interdisant par exemple de ne pas se mêler de la vie politique (…), et alors que depuis des années, le paysage politique guinéen vit et s’alimente aux desiderata des notabilités du pays, qui guideraient nombreux citoyens à voter pour Paul ou Pierre. En Guinée, le multipartisme a fait générer ce phénomène. Nombreux sont des politiciens en mal d’inspiration et de projets de société qui cherchent des ancrages électoraux au sein des communautés ethniques. Pour une définition du fait électoral, la position de l’Assemblée nationale relève délibérément d’une censure politique inédite contre des entités coutumières pour leur interdire de ne pas imprimer la voix participative dans l’évolution politique du pays. L’acte du parlement peut s’inscrire comme un spectacle désolant d’étouffer la vitalité d’une entité sociale traditionnelle à rester mécanique continuellement – et de ne pas s’accommoder à l’évolution naturelle de la société.

Pierre Bourdieu, le sociologue français, a développé des concepts qui peuvent, en quelque sorte, ressembler au cas guinéen. Il a parlé du concept habitus, du champ et de la violence symbolique. Aucune entité sociale n’est restée à l’état primaire sans élargir son champ d’action et sa domination que Pierre Bourdier appelle « la violence symbolique ». Leur évolution fonctionne par rapport aux habitus internes propres à elle, mais aussi elle s’éveille par des faits exotiques. Les coordinations régionales sont le creuset de la morale de notre société, elles sont par excellence la référence de nos modes de vie. À ce titre, elles doivent être institutionnalisées en vue de garantir la représentation sociale propre à chaque groupe ethnique du pays.  

L’Assemblée nationale a déplacé le débat

Au lieu de prendre une résolution visant les coordinations régionales et organisations similaires, l’Assemblée nationale devait résolument s’engager à prendre des résolutions pour rappeler les partis politiques de ressaisir le code de bonne conduite ; de ne pas prendre comme « bras armé » officiellement les coordinations régionales du pays. Démocratiquement, aucune entité sociale ne doit être exclue du débat politique pour la marche inexorable de la nation. Les coordinations régionales ont des voix et des choix qu’il faut respecter. En ce sens, elles peuvent faire la politique ; elles peuvent choisir qui elles veulent. Le devoir moral revient librement à chaque parti politique d’éduquer ses militants, de définir ses modes d’action en vue de l’unité nationale pour la sauvegarde de la République.

Moussa Diabaté, journaliste