Le regard des autres sur nous peut nous amener à nous regarder en face, à toucher du doigt nos tares et partant à les corriger, ceci est vrai des individus comme des sociétés. C’est déjà un pas de voir en face nos faiblesses, l’autre pas plus décisif est de s’amender, des fois cela suit, des fois aussi cela ne suit pas. Pour ce qui est de notre société, beaucoup d’entre nous sont conscients que le Guinéen ne travaille pas, mais quand cela nous est lancé à la figure en des termes plus au moins sarcastiques, ça ne manque pas de nous marquer. Ainsi je me rappelle toujours la remarque pertinente faite par un expatrié, alors Conseiller technique principal
au Ministère de la Fonction publique et de la réforme administrative dans les années 90. C’était à l’occasion d’une conférence portant sur les ressources d’un développement intégral et durable, dans les débats qui ont suivi l’expatrié est intervenu pour mettre en exergue les grands leviers du développement que sont les ressources humaines et le capital financier.  Il a enchaîné en disant que si cela est nécessaire il est insuffisant ; il faut aussi des dispositions pour un travail régulier et rémunérateur, or en Guinée le travail n’est pas à l’honneur.

C’est alors qu’il a énuméré quelques constats. En Guinée le temps du travail officiel est de 8h 30 par  jour, la moitié à peine de ce temps est exécutée. Les travailleurs ne viennent pas à l’heure, ils ne vont pas à l’heure ; les uns et les autres s’absentent régulièrement pour diverses raisons : mariages, baptêmes, décès, visites à des parents ou amis rentrant de pèlerinage sans compter les permissions ou congés prolongés sans motifs valables. Sans doute le social est important surtout en milieu africain mais le temps qui y est consacré est souvent exagéré. L’expatrié n’a pas occulté les effets de la corruption endémique sur les conditions de vie et de travail, il à néanmoins insisté sur le poids néfaste des traditions qui ne portent pas à un travail normal.

A l’opposé de notre mode de vie il a évoqué celui des Japonais. Voilà un peuple qui, au sortir de la seconde guerre mondiale il y a
soixante-dix ans, habitait un pays sous-développé et en plus dévasté par la guerre. Mais voilà que ce peuple se place aujourd’hui parmi les grandes puissances, parmi les pays industriels les plus avancés. Cette percée extraordinaire s’explique aisément par la passion qu’ont les Japonais pour le travail. C’est des gens qui travaillent sans relâche au bureau, à l’atelier ou à la maison. Le temps de repos, c’est juste de manger et faire dodo. En définitive les Japonais vivent par le travail et pour le travail.

L’expert a conclu son intervention par cette boutade : « Les Guinéens sont une société de fête, les Japonais, une société de travail.»
Autrement dit on ne crée pas le développement par la fête, seulement par le travail, rien que le travail.

                                                                                                                 In Le Démocrate, partenaire de guinee7.com