Les Non-dits de la réforme constitutionnelle (Par Alexandre Naïny Bérété)

La question de doter ou non la Guinée d’une nouvelle constitution « adaptée à ses réalités » semble être un sparadrap qui colle à l’ensemble de la classe politique mais également à tous les guinéens. Partout, deux expressions inondent le quotidien du guinéen : Alanmanè ou Amoulanfé.

Pour les analystes politiques, si on peut se réjouir d’un tel engouement des citoyens pour la vie publique, cela ne va pas sans conséquence dommageable pour le pays, les violences du début de la semaine qui s’achève sont là pour nous le rappeler.

Si le principal concerné n’a pas encore montré de positions claires, nonobstant les prétentions de son camp, intéressons-nous aux non-dits qui entourent cette question somme toute existentielle pour la Guinée.

Nouvelle constitution, héritage politique ou tremplin de la continuité ?

Il faut dire que les propos des partisans de la nouvelle constitution ne font rien allant dans le sens de donner une cohérence à leurs discours. D’un côté, c’est la nouvelle constitution comme héritage politique que le parti au pouvoir souhaite mettre en balance pour son bilan en 2020, ce qui peut s’entendre. De l’autre côté, les communicants du parti et même certains responsables ne jurent que par un 3e penalty pour le président actuel. L’un dans l’autre brouille absolument les pistes et rend, le discours de ceux et celles qui souhaitent laisser un héritage politique à travers une nouvelle loi fondamentale, totalement inaudible.

Même le président de la république en personne n’aide pas à cette clarification lors de ses différentes sorties. Forcément ça crée des suspicions et éveillent le courroux de ceux qui pensent que le président Alpha Condé est leur seul obstacle pour enfin avoir les clés du palais Sékhoutoureya.

La nouvelle constitution comme glaive d’une disqualification dans la course pour 2020 ?

Les opposants actuels ne jurent que par un éventuel 3e mandat pour le président au terme de son second mandat constitutionnel. En apparence, ils disent rejeter toute participation d’Alpha Condé à la compétition électorale en 2020, les règles étant claires à ce sujet, ce qui est tout à fait vrai.

Mais en réalité, ce que les opposants refusent de dire à leurs militants, ce dont ils n’ont pas encore le courage d’admettre aux guinéens, c’est la crainte d’une disqualification par les nouvelles règles du jeu issues d’une nouvelle constitution lors de la présidentielle de 2020. En clair, Alpha Condé à défaut d’être candidat en 2020 souhaite élaborer une constitution qui introduirait le critère de la limite d’âge pour être candidat. C’est l’introduction d’un âge plancher_30 ans et d’un âge plafond_65 ans, chose qui mettra tous les ténors de la classe politique actuelle hors course.

Voilà le non-dit des opposants sur cette nouvelle constitution.  Ainsi, Cellou Dalein Diallo 67 ans, Sidya Touré 74 ans, Lansana Kouyaté 69 ans, vous l’auriez remarqué, seront tous par conséquent éliminés. C’est pourquoi, pour eux, nouvelle constitution rime avec 3e mandat. C’est le seul discours qui fait pour l’instant recette auprès de leurs militants et des guinéens qui peuvent être tentés par l’idée d’une nouvelle constitution mais pas un 3e mandat pour Alpha Condé.

Cependant, il faut également souligner que cette règle de limitation des mandats, si elle est introduite fera également des victimes dans le giron présidentiel. C’est le cas de l’actuel ministre de la défense, Dr. Mohamed Diané âgé de 68 ans, du Premier ministre Kassory Fofana qui est lui âgé de 65 ans, 66 avant la présidentielle de 2020. Ces deux têtes fortes de la majorité qui peuvent être candidats au compte du parti au pouvoir, seront également exclus de la course si une telle limitation est avalisée.

Ce qui revient à dire que les enjeux autour de cette éventuelle constitution sont énormes. Avec cette hésitation dont fait montre le chef de l’Etat, on peut penser qu’au-delà de la guerre que ses opposants lui ont déclarée pour des raisons évoquées, il doit également faire l’objet de réticence dans son propre camp pour les mêmes raisons.

Une chose reste certaine, dès lors que le président de la république prononcera officiellement sa non-candidature en 2020, même en introduisant la limite d’âge, son projet sera plébiscité surtout par la composante majoritaire de notre pays : les jeunes et les femmes qui n’ont qu’une envie, que cette classe politique soit mise à la retraite.

Et le combat ne serait pas dans ce cas entre le président et ses opposants mais les élites contre le peuple.

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