Les statistiques jouent un rôle crucial dans la lutte contre la pauvreté et surtout pour bâtir une véritable politique économique crédible.

Des statistiques fiables sont le reflet de la réalité au quotidien. Elles permettent de localiser les pauvres, de connaître les raisons de leur situation et à quoi ressemble leur vie. Cette information fournit les éléments nécessaires à l’élaboration et au suivi de politiques de développement efficaces. Elle fait ressortir les domaines dans lesquels les ressources sont les plus indispensables et offre les moyens de suivre les progrès et d’évaluer l’impact des différentes politiques mises en œuvre. De bonnes statistiques améliorent également la transparence et la responsabilité en matière d’élaboration de politiques, deux conditions indispensables à une bonne gouvernance, dans la mesure où elles permettent aux électeurs de juger du succès de l’action engagée par leur gouvernement et de rendre ce dernier comptable de ses décisions. Enfin, de bonnes statistiques sont essentielles à la bonne gestion des services sociaux de base.

Mais alors qu’elles occupent une place plus importante que jamais, nombre de pays en développement n’ont toujours pas les moyens de produire, d’analyser et de faire usage de la variété de statistiques, de la qualité requise pour soutenir un développement réel.

Conséquence, l’élaboration des politiques en pâtit, les gouvernements ne peuvent être tenus comptables de leurs décisions et la pauvreté continue de sévir. Compte tenu de la pénurie de moyens observée dans les pays en développement, de bonnes statistiques s’imposent pour garantir une utilisation aussi efficace que possible des ressources disponibles affectées au développement. Les pays qui ont le plus besoin de statistiques sont également ceux pour lesquels elles sont le plus inaccessibles ; or l’investissement dans les statistiques sera plusieurs fois rentabilisé grâce à l’amélioration générale de l’affectation des ressources.

Fidèle à notre pédagogie, voici un exemple qui va mieux expliquer les conséquences d’une utilisation de mauvaises données statistiques :

Prenons par exemple la dette publique :

La dette publique est, dans le domaine des finances publiques, l’ensemble des engagements financiers pris sous formes d’emprunts par l’État, les collectivités publiques et les organismes qui en dépendent directement (certaines entreprises publiques, les organismes de sécurité sociale, etc.).

Le déficit public apparait lorsque les produits (les recettes fiscales essentiellement) sont inférieurs aux charges (dépenses budgétaires essentiellement) des administrations publiques. Cette différence entre les charges et les produits s’apprécie sur une période légale, généralement l’année civile. La dette publique augmente à chaque fois qu’un déficit public est financé par l’emprunt. La dette publique représente donc l’accumulation des besoins de financement des périodes successives de ces administrations.

La dette prend le plus souvent la forme d’emprunts d’État. La capacité de remboursement des emprunts contractés au titre de la dette publique par les États et les collectivités publiques est évaluée par les agences de notation financière.

Au sein de la dette publique, on distingue la dette publique intérieure, détenue par les agents économiques résidents de l’État émetteur et la dette publique extérieure, détenue par des prêteurs étrangers. On distingue également la dette de court terme (un an ou moins), à moyen terme (jusqu’à dix ans) et à long terme (au-delà de dix ans).

La dette publique se distingue donc, en macroéconomie, de la dette des ménages ou de la dette des entreprises.

DE LA MESURE STATISTIQUE À L’IMPORTANCE D’AVOIR DES DONNÉES FIABLES :

La dette publique de l’année est égale à la dette de l’année passée à laquelle on a soustrait le solde budgétaire. En effet, d’une année sur l’autre, la dette diminue si le solde budgétaire est en excédent : l’excédent permet de réduire la dette. Au contraire, si le solde budgétaire est en déficit, la dette augmente : le déficit budgétaire de l’année en

Cours s’ajoute à la dette publique du passée. La dette est ainsi le produit de l’accumulation des déficits budgétaires du passé.

Le solde budgétaire se décompose en deux éléments :

Le solde primaire, c’est-à-dire la différence entre les recettes de l’année et les dépenses de l’année hors paiements des intérêts de la dette. Si ce solde est négatif, on parle de déficit primaire, s’il est en excédent, l’excédent primaire.

Le paiement des intérêts dus sur la dette publique passée et que l’État doit rembourser l’année en cours.

Finalement on a donc :

Solde budgétaire = solde primaire- intérêts de la dette.

Introduisons quelques notations mathématiques, pas pour complexifier mais pour respecter le raisonnement scientifique :

En notant 〖SPT〗_t le solde primaire de l’année t, r le taux d’intérêt et D_(t-1) et D_t les dettes respectivement de l’année t-1 et l’année t :

Solde budgétaire = 〖SP〗_t-r x D_(t-1) (1)

Et

D_t= D_(t-1) – Solde budgétaire

D_t= (1+r) x D_(t-1) – 〖SP〗_t (2)

Cette équation nous permet de voir que la dette dépend :

De l’importance de la dette passée ;

Des taux d’intérêt ;

Du solde primaire.

Plus les taux d’intérêt seront élevés, et plus la dette passée sera grande, plus l’État devra dégager un important excédent de son solde primaire, s’il souhaite diminuer la dette publique. Cela signifie qu’il ne suffit pas à un État d’avoir un solde primaire en équilibre pour stabiliser sa dette : il lui faut aussi payer les intérêts sur sa dette passée, intérêts qui seront d’autant plus élevés que la dette passée est importante et que les taux d’intérêts sont forts. Pour que la dette soit stable, il faut donc que le solde primaire couvre au moins le remboursement du service de la dette (capital + intérêts). Si la dette passée est grande, ou si les taux d’intérêts sont très élevés, l’État, qui doit payer de très importants intérêts, peut ne pas y parvenir : la dette va alors croître d’année en année à la façon d’une « boule de neige » : la partie de la dette passée que l’État ne peut rembourser faute de ressources propres suffisantes le sera certainement par un nouvel emprunt, augmentant d’autant la dette passée.

Toujours dans le cadre de la mesure statistique :

Regardons ensemble la dynamique du taux d’endettement : l’écart entre taux d’intérêt et taux de croissance

Le solde budgétaire est fonction :

Du solde primaire, qui résulte directement des décisions prises par les pouvoirs publics durant l’année en cours et

Du paiement des intérêts de la dette, qui découlent des engagements financiers passés. Pour un gouvernement, il est donc pertinent de connaître quel type de solde primaire il doit dégager pour maintenir ou diminuer son taux d’endettement.

Ce solde primaire dépend de la différence entre taux d’intérêt et taux de croissance nominale (ou taux de progression du PIB en valeur, autrement dit la somme du taux de croissance réelle et du taux d’inflation).

En effet, à partir de l’équation (1) on peut montrer qu’un État qui souhaite stabiliser son taux d’endettement doit avoir un solde primaire rapporté au PIB égal à :

〖SP〗_t = D_(t-1)(r-g) (3)

Avec〖 SP〗_t, le solde primaire par rapport au PIB (égal à 〖SP〗_t/PIB) ;〖 D〗_(t-1), le taux d’endettement de l’année t-1 (égal à D_(t-1)/PIB) ; r le taux d’intérêt nominal et g le taux de croissance nominal (i.e. inflation incluse, car l’inflation a sur le poids de la dette publique le même effet que la croissance réelle).

Cette relation signifie que le solde primaire qui stabilise l’endettement dépend de la différence entre le taux d’intérêt et le taux de croissance. Plus précisément, on peut distinguer trois situations :

Si les taux d’intérêt sont égaux au taux de croissance nominale (r = g), un solde primaire en équilibre (〖SP〗_t = 0) maintient la dette publique stable.

Si les taux d’intérêts sont supérieurs au taux de croissance nominale (r> g), le solde primaire doit être en excédent (〖SP〗_t > 0) pour maintenir la dette stable. Si le solde primaire est simplement à l’équilibre, alors la dette s’accroît. C’est ce qu’on appelle l’effet « boule de neige » de l’endettement ; d’année en année, l’endettement va augmenter de plus en plus. Dans la situation où les taux d’intérêts sont supérieurs à la somme des taux de croissance réelle et d’inflation, un État qui souhaite stabiliser son taux d’endettement est donc contraint d’avoir un excédent de son solde primaire d’autant plus important que l’écart entre taux d’intérêt et taux de croissance nominale est fort.

Si les taux d’intérêt sont inférieurs au taux de croissance nominale (r < g), le solde primaire peut être en déficit (〖SP〗_t < 0), sans que la dette ne croisse. Si le solde primaire est simplement à l’équilibre, le taux d’endettement diminue même d’année en année. CONCLUSION Finalement, deux relations sont importantes dans la dynamique de l’endettement : L’endettement peut être maintenue stable avec des déficits budgétaires d’autant plus élevés que la croissance du PIB en valeur est forte (Mais, il faut avoir des statistiques fiables, un PIB correctement évalué pas biaisé). L’endettement peut être maintenue stable même si les administrations publiques maintiennent en permanence des déficits primaires, pour autant que le taux de croissance soit supérieur au taux d’intérêt (Mais, il faut être capable de spécifier un véritable dispositif de gestion monétaire adapté aux caractéristiques réelles de votre économie, qui va la financer, qui ne va pas simplement contempler l’effondrement de votre secteur réel en comptant sur l’aide budgétaire, donc en développant la servitude volontaire). Par conséquent les variations de l’endettement : s’ils sont supérieurs à la croissance nominale, ils accroissent mécaniquement la dette publique, même avec un solde primaire en équilibre. Si l’écart entre les deux est très grand, cela peut aller jusqu’à un effet « boule de neige », où l’endettement n’est plus maîtrisable, sauf à dégager de très importants excédents budgétaires. Au contraire, la croissance économique réelle et l’inflation ont un impact positif sur le taux d’endettement : si leur somme est supérieure au taux d’intérêt, cela permet de diminuer le taux d’endettement, même avec un solde primaire en déficit. La compétence d’un économiste, la crédibilité d’une politique économique, dépendent de la disponibilité et la fiabilité des statistiques de l’économie sur laquelle on applique le modèle, en somme, pour des analyses très variées, très fiables, il faut au minimum une batterie de 36 variables financières avec au moins une mémoire longue de trente années. Aux autorités des pays, nous recommandons la création de bases de données pour tous les départements dans le but de rendre la spécification de modèle plus facile. Si vous avez des données biaisées, au niveau de l’inflation, de votre PIB, vous serez dans l’incapacité de faire des prévisions fiables crédibles, c’est ce que nous appelons dopage en économie. Donc vous ne pouvez pas avec un PIB mal évalué trouver un vrai solde stabilisant, c’est impossible sauf dopage, ceci est un handicap sérieux pour les bons économistes dans les pays car ça impacte négativement sur leurs crédibilités (faute de statistiques fiables). Si l’inflation est biaisée, la politique monétaire de toute Banque centrale le sera, car l’objectif de la Banque centrale sera aussi mal spécifié à travers son modèle, la Banque centrale sera incapable de spécifier scientifiquement sa fonction de perte et la minimiser, sa politique des taux le sera aussi, car elle ne sera pas capable de spécifier un modèle crédible qui calculera correctement la vitesse de transmission de la variable taux d’intérêt qui est une des variables importante de la transmission monétaire même dans les économies marchéïser et surtout dans les économies ou l’intermédiation financière est dominante. Donc elle ne pourra pas évaluer de façon crédible son dispositif de gestion monétaire. Cela affecte et amène l’incohérence temporelle en politique monétaire dans les pays. À la décharge des Banques centrales, ce sont les systèmes statistiques des pays en question qui sont chargés de calculer et diffuser les statistiques sur l’inflation qui doivent revoir correctement leurs arsenaux en matière statistique. À cause de vos données non fiables, vous sous-estimez ou surestimez vos performances économiques à travers un mauvais diagnostic fait sur la base des informations erronées. L’ensemble de ces démonstrations se réduisent en une simple gymnastique mathématique si vos données qui servent de bases de références ne sont pas fiables, ainsi, toute votre architecture économique devient fragile et non cohérente. Vous êtes en face de multiples reports de problèmes qui vous rattrapent dans le temps. Avec les données non fiables, votre sentier optimal sur l’inflation sera également obstrué, vous ne serez pas aussi capable de faire un arbitrage correct entre l’inflation-chômage, chômage-croissance.

Nasser KEITA, PhD

Directeur du Laboratoire de Recherche Économique et Conseils