Ibrahima Sanoh

Ibrahima Sano, écrivain, activiste, est l’auteur du livre « Pour une réconciliation nationale en République de Guinée », mais aussi de plusieurs articles sur l’économie et la politique. Président du Mouvement « Patriotes Pour l’Alternance et le Salut », il a accepté de répondre à quelques questions que nous lui avons posées via le mail.  

Alpha Condé ne doit trahir ses combats d’hier et ne doit  pas se  permettre ce qu’il a défendu aux autres

Guinee7.com : Vous avez une approche de lutte pour l’alternance différente de celle du FNDC, pourquoi ?

Nous pensons que l’alternance répond à  plusieurs obligations dont celles morale et politique. Alpha Condé ne doit trahir ses combats d’hier et ne doit  pas se  permettre ce qu’il a défendu aux autres : l’accaparement du pouvoir.  Sa gestion politique du pays  n’a pas permis d’améliorer le niveau de vie des Guinéens qui n’ont pas connu le mieux-être.  

Mais si pour ces raisons, il faut l’alternance, il ne faut pas la vouloir pour elle-même. Elle n’est pas gage du progrès qualitatif et de la démocratie même si elle en constitue une condition. Ceux qui refusent les contrepouvoirs dans leurs partis et au sein de leurs organisations de la société civile, ceux  qui nomment leurs collaborateurs en se fondant sur  la servilité et l’allégeance,  doivent-ils défendre les valeurs qu’ils ne portent pas ?  Ceux qui s’opposent  à l’alternance dans leurs partis ne devraient pas en bonne conscience la prêcher. Il n’y a aucune raison de croire qu’ils seront différents d’Alpha Condé une fois élus pour diriger nos destinées.  C’est pour cela qu’on ne s’est pas associé à eux, sauf  à  ceux qui ne sont compromis à rien doivent la prêcher. Nos actions sont pacifiques, désintéressées et apolitiques. Nous n’avons pas la prétention d’imposer un  dirigeant aux Guinéens en substituant à Alpha un autre  sans questionner ses valeurs  morales, sa compétence et  sa vision pour la Guinée.

Nous ne sommes pas en combat contre le pouvoir, mais contre un ensemble de pratiques négatives et les forces de la servilité

Vous êtes pacifiques « trop pacifiques », estiment certains de vos détracteurs. Pensez-vous gagner votre combat  face au pouvoir qui détient de l’argent et les armes ?

La violence est une faiblesse qu’elle soit symbolique ou physique, institutionnelle ou répressible ou même de contestation.  Ses fruits sont toujours amers et ses résultats contrastés.  Son usage appelle à elle-même. Le mal qu’elle produit est permanent.  Ce sont ceux qui usent de la violence de contestation qui doivent  répugner les armes du régime.  Nous ne sommes pas en combat contre le pouvoir, mais contre un ensemble de pratiques négatives et les forces de la servilité. Celles-là ne sont pas que le propre de ce régime.  Aucun changement vrai ne peut intervenir en Guinée en  s’inscrivant dans la courte durée.  Seuls l’amour, la vérité et aussi la sincérité et les combats désintéressés permettront de redresser ce pays. Mais est-il qu’on s’inscrive dans la durée. C’est ce que nous faisons.  Nous ne cherchons pas à jouir du pays par tous les moyens.

Le bilan (du FNDC) est un fiasco. Au-delà de la confrontation des objectifs aux résultats, il faut s’intéresser à sa stratégie.

Quel bilan faites-vous des actions du FNDC ?

Je ne voudrais  jamais en parler, mais  je me refuse à la démagogie.  Cette coalition s’était assignée la mission de défendre la constitution du 7 mai 2010 en empêchant la tenue du référendum qui devait l’abroger. Plus tard, elle s’est investie de la mission d’empêcher la tenue de la législative du 22 mars 2020. N’est-ce pas elle qui disait qu’il n’y aurait ni élection, ni référendum, ni nouvelle constitution ? Le référendum auquel elle s’est opposée à eu lieu, à présent elle le qualifie de parodie  et la constitution qui en est issue a été reconnue par le Cour Constitutionnelle.  Une nouvelle Assemblée Nationale est instituée. Le FNDC dit ne pas reconnaître ces institutions. Si elle avait réussi ses objectifs, pourquoi devrait-elle poser la condition de leur annulation comme préalable au dialogue auquel appelle le président de la République ?   Son bilan est un fiasco. Au-delà de la confrontation des objectifs aux résultats, il faut s’intéresser à sa stratégie.  Elle a utilisé des armes de la non-violence qui sont : la dénonciation directe des  présumés soutiens à la nouvelle constitution,  la non collaboration à la consultation dirigée par le premier ministre,  l’information de l’opinion internationale, les marches dites pacifiques sur fond d’indiscipline, etc. Après elle n’a pas pu s’abstenir de recourir à la force et aux actions subversives : infiltration des médias pour manipuler l’opinion et s’attirer ses faveurs, promotion de la culture du mépris et des invectives, destruction des urnes et matériels électoraux, entrave à l’exercice des libertés individuelles, etc. Tout cela n’est pas sans conséquences. 

Les partis politiques qui composent (le FNDC) doivent espérer battre Alpha Condé dans les urnes

Selon vous ce mouvement a encore sa raison d’exister ?

S’il existe encore, c’est parce que ses  acteurs sont incohérents et  veulent défendre la face qu’ils ont perdue. Ils ont fait des questions nationales leurs affaires personnelles  et ont lancé des défis qu’ils n’ont pas relevé.  Une stratégie qui n’a pas donné les résultats escomptés doit être repensée.   A présent, ils doivent dissoudre leur alliance incestueuse et inféconde. Les partis politiques qui la composent  doivent espérer battre Alpha Condé dans les urnes. Voilà la seule révolution qui est possible : celle des urnes, celle citoyenne.  S’ils sont démocrates, comme ils le disent,  ils ne doivent pas avoir peur d’y perdre mais doivent exiger des garanties  pour la tenue d’un scrutin sincère. Ils ont échoué  à travers leurs objectifs, mais doivent se refuser de se perdre.

Interview réalisée par Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com